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Le 7 octobre 2007, SAP lançait une OPA sur l'un des fleurons du logiciel français, Business Objects. Un an plus tard, 01 Informatique donne la parole aux utilisateurs pour interroger John Schwarz, son directeur général.
Le marché de l'informatique décisionnelle (ou Business Intelligence) a connu, en 2007, une phase de concentration sans précédent. Après Hyperion acquis par Oracle, le rachat de Business Objects par SAP a devancé de quelques semaines celui de Cognos par IBM. Par cette transaction, SAP se rapprochait des opérationnels tout en profitant d'un secteur en forte croissance. D'autres transactions pourraient encore survenir, prévient John Schwarz, directeur général de Business Objects : “ Nous n'avons procédé à aucune acquisition dans le monde de la BI depuis les six derniers mois car nous étions trop occupés par la fusion, mais maintenant que l'intégration est achevée, je pense que nous allons être bientôt de retour sur le marché. ” Outre une possible croissance externe auprès des multiples start up technologiques du secteur, SAP/Business Objects prospère déjà sur sa base installée : “ En France, BO bénéficie d'une longue tradition et nous sommes en position d'aider SAP dans les administrations et le secteur financier. En Allemagne, où nous n'avions qu'une faible présence, SAP, qui joue à domicile, nous apporte son aide, tout comme en Russie où nous connaissons maintenant de fortes ventes. ” Business Objects se porterait donc à merveille, et sa base de prospects aurait doublé cette année, selon John Schwarz qui estime que cette croissance va se poursuivre : “ Le marché de la Business Intelligence croît de 10 % par an, ce n'est pas un marché mature. Si la plupart de nos clients disposent de plusieurs plates-formes de BI, il miseront sur celle qui est la plus complète. ”
Interrogé sur la crise financière, le dirigeant déplore : “ Ce n'est pas bon. Nous vendons des technologies qui permettent aux clients d'améliorer leurs opérations. Nous continuerons donc à être attractifs vis-à-vis d'entreprises qui, par ces temps difficiles, cherchent à être plus efficaces. ” Si SAP/BO a publié les feuilles de route pour les développements des solutions décisionnelles d'origine SAP et des gammes Business Objects, les utilisateurs de BO se posent encore de nombreuses questions. 01 Informatique leur donne la parole.
Alors qu'on pouvait redouter de voir Business Objects mis exclusivement au service de SAP et de ses seuls progiciels, le Français bénéficie encore d'une large autonomie. Si des synergies commerciales ont eu lieu et semblent déjà payantes, la fusion a eu peu d'impact sur les équipes de développement des deux éditeurs.
Comment les clients Business Objects ont-ils perçu le rapprochement avec SAP ?
Christophe Machinet,
architecte, Arcelormittal, président de la commission BI de l'USF
John Schwarz : Depuis l'acquisition, j'ai dû faire, disons, 200 entretiens avec nos clients et pas un, je dis bien pas un, n'avait un problème vis-à-vis de cette acquisition. Tous mes interlocuteurs avaient des questions, bien sûr, mais à la fin de la journée, ils avaient trouvé les réponses. Avant la fusion, SAP et BO avaient environ 45 000 clients chacun dont environ 5 000 en commun. Ces derniers figurent parmi nos plus gros clients, et représentent environ le tiers de notre chiffre d'affaires. Il reste donc 40 000 clients SAP qui ne sont pas clients BO. C'est une énorme opportunité pour nous.
Où en êtes-vous dans l'intégration des équipes de recherche et développement ?
Christophe Machinet,
Arcelormittal et commission BI de l'USF
JS : Nous n'avons pas vraiment eu à faire beaucoup d'intégration dans notre organisation pour le développement, car nous avons peu de cas de chevauchements. La mission de l'équipe française n'a pas changé, celle de notre équipe canadienne installée à Vancouver non plus. Pour ce qui est de la gestion de la performance, nous avions un petit recouvrement concernant les groupes de développeurs travaillant sur le planning, la consolidation financière et la gestion des marges. Notre équipe de Portland, en Oregon, celle de Stanford, issue d'Outlooksoft, et une partie de l'équipe française de Cartesis sont en cours de rapprochement. Mais finalement cela n'a un impact que sur une petite partie de nos développeurs.
Business Objects continuera-t-il à développer une offre indépendante de SAP ?
Olivier Cahuzac,
responsable de la BI Corporate Finance, Airbus
JS : La réponse est clairement oui. L'offre de Business Objects restera indépendante sur tous les plans. SAP et BO gardent des objectifs distincts et les équipes qui construisent ces solutions vont continuer à prendre en charge toutes les plates-formes. Celles de SAP aussi bien que les autres applications et environnements.
Largement complémentaires, les gammes produits SAP et Business Objects connaissaient quelques zones de recouvrement. C'était le cas des solutions d'intégration et des logiciels de gestion de la performance des entreprises. SAP a tranché : les briques d'intégration convergent vers le MDM d'origine SAP. Par contre, en gestion de la performance, SAP donne sa préférence à l'offre Business Objects… à quelques exceptions près (lire 01 Informatique n 1945)
Comment évoluera l'intégration des outils de Master Data Management et des logiciels décisionnels ?
Christophe Machinet,
architecte, Arcelormittal, président de la Commission BI de l'USF
JS : Dans le domaine de l'intégration, Business Objects propose de nombreuses solutions, soit Data Integrator, Metadata Manager, Data Quality et Data Federator. Actuellement, tous ces outils sont délivrés ensemble dans une suite.
En terme de pilotage stratégique, pensez-vous proposer, dans un avenir plus ou moins proche, une offre unique et pérenne qui comprendrait aussi bien les rapports d'activité que des outils d'analyse de la performance et de prospective ?
Colette Couture-Neulat,
ingénieur chargé de mission au conseil général du Val d'Oise, administratrice du club des utilisateurs Business Objects
JS : Outlooksoft, Cartesis et ALG constituent aujourd'hui le portefeuille Business Objects dans le domaine du planning, de la consolidation et de la gestion des profits. Ils représenteront notre offre Premium mais l'offre SAP SEM (Strategic Enterprise Management) et les solutions de planification resteront disponibles aux utilisateurs qui l'exploitent en parallèle à SAP et souhaitent continuer à le faire.
La fréquence des sorties des versions s'accélère. Va-t-on vers davantage de stabilisation des produits ?
Colette Couture-Neulat,
conseil général du Val-d'Oise et club des utilisateurs BO
JS : Pas question ! En fait, tout va plus vite aujourd'hui. L'intégration de Business Objects et de SAP ne nous a pas vraiment coûté grand-chose en termes de redéveloppement ou de réorganisation de nos produits. Nous avons conservé une autonomie technique pour nous appuyer sur notre propre technologie et nos propres standards et ainsi continuer à satisfaire notre marché. SAP ne nous impose pas d'adopter quoi que ce soit, ce qui est particulièrement précieux.
Quel avenir pour BO Finance SAP Business Planning and Consolidation (BPC) ?
Olivier Cahuzac,
responsable de la BI Corporate Finance, Airbus
JS. : Il y a des produits tels que les outils de planification du portefeuille SAP qui seront conservés et dont nous assurerons la maintenance pendant une longue période. Les clients qui ont fait l'acquisition de ces solutions dépendent étroitement de celles-ci dans leur activité. Nous allons porter nos développements futurs et nos investissements sur le portefeuille Business Objects et au bout d'un certain temps aider les utilisateurs SAP à adopter celui de BO.
Le nouvel outil Pioneer apparaît comme la solution Olap de SAP/BO. S'agit-il d'un serveur Olap ou d'un outil de navigation sur les cubes Olap du marché ?
Thierry Adenis,
DSI, Pierre Fabre
J. S. : Ce sera notre outil de manipulation des cubes et le seul. Pioneer (fusion de Bex Analyzer et Voyager -– NDLR) est important car il relie l'outil de gestion des cubes analytiques de SAP et celui de Business Objects. Ces cubes seront ceux de l'environnement SAP mis à disposition par BIA (Business Intelligence Accelerator) mais aussi les cubes d'autres origines, y compris ceux de Teradata, par exemple. BIA, par essence, stocke les cubes en mémoire et joue le rôle de serveur. Pioneer sera son frontal tout en pouvant se connecter à d'autres types de cubes.
Alors que SAP a augmenté les tarifs de maintenance de ses solutions dans le courant de l'été, la base installée Business Objects s'inquiète de voir les tarifs de ce dernier suivre la même inflation.
A quand une licence commune SAP/BO ?
Thierry Adenis,
DSI, Pierre Fabre
C'est fait ! Nous avons des conditions et des termes communs, des licences et des maintenances communes.
Le prix actuellement élevé de Crystal Report est un frein à son utilisation au sein des entreprises. Quelle va être la stratégie commerciale de SAP sur ce logiciel ?
Damien Poulain,
responsable système de pilotage gestion centrale, CEA, administrateur du club des utilisateurs Business Objects
JS : Pour Crystal Report, notre modèle tarifaire est calculé soit au nombre d'utilisateurs soit au CPU. Nous avons 15 millions d'utilisateurs, y compris dans de très grandes compagnies. La façon dont Crystal Report est vendu fait que l'entreprise ne paie que lorsqu'un rapport est créé. La publication du rapport est-elle gratuite : vous pouvez le diffuser où que ce soit. Or la création de rapports concerne beaucoup moins de personnes dans l'entreprise que leur publication.
SAP ayant augmenté le coût de sa maintenance, cela ne va-t-il affecter les opportunités de Business Objects auprès des clients SAP ?
Jean-Michel Franco,
directeur des solutions, Business & Decision
JS : Business Objects s'est lancé dans une stratégie d'amélioration de la qualité de la maintenance voici plus de deux ans maintenant. Il faut voir dans cet accroissement de la qualité un moyen de réaliser des économies. C'est vrai que les clients nous paient pour ce support mais c'est en définitive moins cher que s'il était réalisé en interne. Avoir une offre riche en termes de maintenance permet au final d'abaisser le TCO d'une application.
















