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Jean qui rit et Jean qui pleure quand Eric parle. On pourrait résumer ainsi les réactions de l'Afdel et de l'April à la présentation, le 12 octobre, de France Numérique 2012. D'un côté, on se félicite que le secrétaire d'Etat ait lancé une impulsion. “ Il n'est jamais arrivé que l'on mette autant d'emphase pour présenter l'économie numérique ”, avance Patrick Bertrand, président de l'Afdel, l'Association française des éditeurs de logiciels.
De l'autre, on se plaint que le logiciel libre est oublié, même si ce plan “ a le mérite d'inclure un constat sur le potentiel que représente le logiciel libre pour la compétitivité de la France dans le domaines des technologies de l'information et de la communication ”, pour l'April, l'Association pour la promotion et la recherche en informatique libre.
Mais aucune mesure concrète n'est prise dans le plan pour profiter de ce potentiel. La pilule a donc du mal à passer. “ Le potentiel industriel du logiciel libre est reconnu par des études de la commission européenne,explique Alix Cazenave, chargée de mission à l'April. La moitié des compétences associées aux logiciels libres se situe en Europe, et notamment en France et en Allemagne, des rapports parlementaires prônent des politiques industrielles pour exploiter ce potentiel. Mais le plan ne suggère rien, cela ressemble à un recul. Ne pas parler du logiciel libre revient à se mettre des œillères. ”
Pour Patrick Bertrand, ne pas en parler semble évident. “ Pour faire un parallèle avec la laïcité, en matière de technologies numériques, le gouvernement se doit d'être agnostique, de ne pas privilégier une technologie par rapport à une autre. Il est normal qu'il trace des lignes directrices, sans pour autant décider comment l'on doit penser. ”
L'April n'est, bien sûr, pas de cet avis. “ Si on a une terre pour cultiver les betteraves, et qu'on décide d'y cultiver du maïs, c'est un choix. Qui ne nous semble pas judicieux. Si nous n'agissons pas, ce potentiel qui ne demande qu'à s'exprimer pourrait être exploité par d'autres, notamment par les Etats-unis, qui maîtrisent déjà l'industrie du logiciel propriétaire. ” Et Alix Cazenave d'agiter ainsi le spectre de la fuite des cerveaux.
Fuite qui n'inquiète pas Patrick Bertrand : “ La formation est abordée dans le plan, des choses vont être mises en place pour l'adapter aux métiers des logiciels. ” Et quand on lui signifie qu'un brouillard épais entoure les moyens mis en œuvre pour réaliser les 154 actions du plan, il se gausse. “ Le but du plan est de donner une impulsion, d'apporter une réflexion, pas de mettre des moyens à disposition. L'Etat est régulateur. Les acteurs privés doivent ensuite se fondre dans le décor tracé. ”
Si un bémol est à apporter au plan, c'est “ sur sa lisibilité, il aurait été judicieux de le construire sur trois grands axes : infrastructure, édition et formation ”, estime l'Afdel. Reste maintenant, selon Patrick Bertrand, à guetter “ comment ces orientations seront inscrites dans les budgets des différents ministères concernés ”, Guettons donc !
















