SSII : l'usine à stress
Après la période faste des cinq premières années en SSII, l'angoisse de l'intercontrat monte pour les salariés. Une période où la machine à stress se met en route.
01net.
le 13/11/2008 à 12h20
“ La SSII ? C’est le laboratoire du gâchis des ressources humaines, le symbole des ressources interchangeables ! ” Thomas Zuber, auteur de “ L’open space m’a tuer ”, qui travaille lui-même en SSII, ne mâche pas ses mots.
Mais il n’est pas le seul. Quand les langues se délient, certains témoignages font froid dans le dos. “ Chez nous, il y a une liste d’émargement : tous les jours, les intercontrats doivent venir la signer. Soit. Mais le système est allé encore plus loin : toute personne qui n’est pas facturée, qui travaille par exemple sur des projets internes à l’entreprise, doit aussi la signer. C’est un peu la liste de la honte ”, explique une déléguée syndicale mise au placard depuis plusieurs années. “ Si tu es bien vendu, que tu rapportes de l’argent, tout va bien. Mais on est lié à la santé du client ”, confie Michael, embauché par un autre leader du marché.
Un système déréglé
Dans les SSII et les cabinets de conseil, il existe un facteur biaisé : une relation directe entre la rémunération et le prix de vente d’une mission. La valeur ajoutée des hommes semble avoir été balayée. Michele Havelka, vice-présidente de l'Association nationale des informaticiens de France (Anif), constate aussi le phénomène. “ J’ai rencontré récemment un ingénieur commercial qui, selon ses termes, devait gérer un cheptel d’une quarantaine de têtes, en fonction de tel chiffre d’affaires et de telle rentabilité. En fin d’année, il s’est retrouvé avec une marge négative et sa société lui a retiré de l’argent sur sa fiche de paye. ”
Que se passe-t-il en SSII ? Le système semble déréglé, et les informaticiens, les managers et les commerciaux, pris au piège. Les témoignages concernant les entretiens annuels d’évaluation sont ubuesques : ils sont menés par des managers qui ne suivent pas le travail des ingénieurs ou par des commerciaux qui regardent leurs lignes de coûts.
Le salarié de SSII ne semble pouvoir être heureux qu’en mission chez son client, s’il est dans une équipe sympathique. Car le summum de l’angoisse, c’est l’intercontrat, soit le moment où le salarié est dans son entreprise ! Le paroxysme du stress. “ C’est une période de grande fragilité, où les pressions vont commencer. Seuls les jeunes encore en période de grâce peuvent se payer le luxe de choisir. On impose parfois au salarié une oisiveté délétère, sans lui attribuer de bureau par exemple. Ou on l’envoie sur des missions impossibles, avec une mobilité géographique non voulue, ou qui exigent des compétences qu’il n’a pas. Ou bien, encore, on lui demande de trouver lui-même sa future mission ”, explique Sabine Reynosa, de la Fédération des sociétés d’études.
Une autre manière de faire
Le temps de l’intercontrat pourrait servir à former les salariés. Mais certaines SSII n’ont parfois même pas de DRH attitré, et les budgets de formation sont réservés aux jeunes recrues. Pourtant, une autre manière de faire est possible. Patrick Robaglia a fondé en 1999 son cabinet de conseil, Cité.
“ A l’époque, j’étais en rupture avec les comportements des SSII, qui sont dans un mode d’infantilisation de leurs ressources. Chez nous, tout est fondé sur le respect du consultant. Et on embauche au projet, pas à la mission : même si nous n’avons pas de mission en cours, nous embauchons une personne intéressante ! ” Dans cette entreprise d’une trentaine de personnes, chaque salarié a un coach qui lui fixe ses objectifs de développement personnel. C’est un rôle de manager, d’accompagnant et non de commercial. Quant à la rémunération, son évolution est directement gérée par les dirigeants de l’entreprise.