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Bienvenue dans le monde de l’informatique, un monde de passionnés… et de stressés ! Voici les quatre principales sources de stress :
1. L’urgence. Les délais ne sont pas négociables. Quelle que soit l'entreprise, l’informatique est souvent stratégique et touche nécessairement au fonctionnement de la société. Il faut obligatoirement boucler en temps et en heure. Le sentiment d’urgence est encore plus flagrant dans les SSII, quand la mission est liée à des impératifs de délais et de résultats promis au client.
2. La culture managériale. Elle est particulièrement peu développée. Le milieu regorge de super-techniciens très diplômés mais pas forcément de bons managers. “ Quand on sort d’une école d’ingénieurs, on dispose de deux ou trois registres comportementaux, c'est-à-dire de capacités à ressentir une émotion à un moment donné. On vous apprend la rigueur, le cartésianisme, la manière de résoudre des problèmes à partir de données et d’hypothèses. Cela donne aujourd’hui des managers coupés de leurs émotions, désaxés et manquant d’équilibre émotionnel ”, explique Michèle Havelka, vice-présidente de l’Association des informaticiens de France (Anif), ex-directrice générale adjointe d’Unilog. Face à ce type de manager, le salarié souffre de manque de reconnaissance et de repères.
3. Le mode projet. Cette organisation est devenue la norme. Les équipes, transversales, se composent de consultants multiples sans liens hiérarchiques et sont dirigées parfois à distance, parfois par un pool de managers. De quoi rendre les relations et les interdépendances complexes à gérer.
4. L’âge. Considéré comme trop âgés dès 35 ans dans les SSII, les informaticiens se retrouvent vite victimes de la culture du jeunisme. “ Mon entreprise a organisé un plan de sauvegarde de l’emploi. Comment ont-ils choisi les candidats au départ ? C’est extrêmement simple ! Ils ont tracé une médiane des salaires, tous ceux qui étaient au-dessus se voyaient proposer des “solutions de départ” ”, relate Michael, 50 ans, qui travaille dans une grande société de services. J’ai beau avoir des compétences et ne jamais avoir été en intercontrat… J’ai compris à quel point j’étais un pion ! ”
Dans leur livre L'open space m'a tuer, Thomas Zuber et Alexandre des Isnards relatent sur le ton de l’humour les témoignages de dizaines de cadres, stressés, horripilés par l’open space, drogués au BlackBerry ou broyés par un système managérial inadapté.
01net. : Vous parlez de barbarie douce pour évoquer les méthodes de management. C'est-à-dire ?
Thomas Zuber : En fonctionnant en mode projet et de plus en plus dans l’urgence, on ne travaille plus pour un chef mais pour un client. Il n’y a plus de consignes, plus d’ordres, car dans les équipes transversales, on est dépendant du travail des autres sans aucun moyen de pression hiérarchique. Que se passe-t-il alors ? On invoque le client et on tente de manager par l’affectif, puisque c’est le seul levier dont on dispose.
Les informaticiens parlent-ils de leurs difficultés ?
Non, et c’est d’ailleurs très propre au milieu informatique. On ne s’exprime pas, et la souffrance est intériorisée. Il faut toujours jouer la comédie du bonheur. Car celui qui parle est considéré comme un faible.
Les conditions de travail en open space arrangent-elles les choses ?
Pas du tout ! Chacun doit vivre à visage et à écran découverts. Tout le monde surveille tout le monde. Tout le monde s’entend et s’épie. Et le soir, c’est le bal des contorsionnistes pour savoir qui osera partir le premier.
















