Les PME de la high-tech en quête de fonds

La raréfaction des crédits et le report des projets des donneurs d'ordres fragilisent les entreprises. Les mesures gouvernementales devraient atténuer leurs maux. Le capital investissement, lui, reste florissant.
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Les faits

Le 23 octobre dernier, Nicolas Sarkozy a annoncé une série de mesures pour soutenir les entreprises face à la crise. Elles complètent les 22 milliards d'euros accordés récemment aux banques pour assurer les demandes de crédit des PME.

L'analyse

Coincées entre le marteau et l'enclume, les PME high-tech sont touchées de plein fouet par les effets de la crise financière. D'un côté, de grands comptes reportent leurs projets de développements informatiques. De l'autre, des banques refusent de leur accorder de nouveaux crédits, arguant du manque de visibilité des carnets de commandes. Selon un sondage commandé au début du mois d'octobre par le comité Richelieu (l'association française des PME de haute technologie), 74 % de ces petites et moyennes entreprises interrogées disent entretenir des “ relations fragilisées voire très fragilisées ” avec leur banque. Embarquée dans ce cycle infernal, l'entreprise innovante, qui subit intrinsèquement un manque de trésorerie, voit donc ses perspectives s'assombrir. Un constat qui s'applique a fortiori aux jeunes pousses.

Des mesures qui en appellent d'autres

Conscient de ce phénomène, le gouvernement n'a pas tardé à réagir. Début octobre, il accordait 22 milliards d'euros aux banques pour renforcer leurs crédits aux PME, dont 5 milliards réservés au fonds de garantie Oséo Innovation. Accordés également le raccourcissement du délai de paiement du crédit impôt recherche, mesure sollicitée par les entreprises high-tech, ainsi que la nomination d'un médiateur de crédit pour aider les entreprises dans leur recherche de prêts.

Mais les acteurs de l'innovation attendent des mesures supplémentaires. “ Il est important notamment que le gouvernement favorise l'accès des PME innovantes au secteur public. Actuellement, seuls 12 % de ce marché de 1 500 milliards d'euros au niveau européen leur sont attribués ”, insiste Emmanuel Leprince, directeur général du comité Richelieu. L'association milite également pour le développement du programme passerelle d'Oséo grâce auquel une grande entreprise peut tester à moindre coût un produit ou un nouveau service acheté auprès d'une PME.

Parmi les autres pistes évoquées, on parle de l'évolution même du statut d'Oséo qui, s'il devenait une banque à part entière, pourrait accorder des crédits à une entreprise innovante en situation d'échec auprès des banques.

Les fonds d'investissement à la rescousse

Fort heureusement, l'aide directe des banques n'est pas la seule source de financement. Malgré une baisse sensible au premier semestre 2008, l'activité de capital investissement s'avère florissante. Les FCPI (Fonds communs de placement pour l'innovation) et les FIP (Fonds d'investissement de proximité), destinés en priorité aux PME, ont levé une quantité importante de liquidités avant la crise, qu'il leur faudra écouler dans les mois à venir : 535 millions d'euros au premier semestre selon un audit réalisé par le cabinet Grant Thornton auprès des membres de l'Afic (Association française des investisseurs en capital). Ces fonds d'investissement pourraient bien être la bouée de sauvetage des entreprises de technologie pour résister à la tempête qui s'annonce.

Les opérations financières qui reposent sur la contraction d'une dette, notamment les LBO (Leverage Buy-out) vont en revanche se tarir. Idem pour la levée de liquidités en Bourse (Alternext), déprime des marchés oblige. Exemple récent : la société d'ingénierie et de conseil en technologie Alyotech qui voulait initialement se tourner vers la Bourse, a préféré lancer un nouveau tour de table auprès d'investisseurs.

2 questions à… : Laurent Foata, directeur des fonds d'innovation chez Axa Private Equity

Spécialiste des opérations de financement de sociétés de nouvelles technologies non cotées.

Quel est l'état d'esprit des investisseurs ?

“ Le financement sera ralenti par rapport aux trimestres passés mais il y a aujourd'hui une manne d'argent disponible, levée par les FCPI en particulier, qui a vocation à être investie. Nous sommes plus que jamais actifs dans le financement du secteur des technologies de l'information. Mais ce secteur a aujourd'hui une spécificité : il se prête difficilement au financement sous forme d'effet de levier (LBO) car il est très volatil. Le financement en pur capital est le mode de financement clairement privilégié. En clair, les FCPI seront la bouée de sauvetage du financement des sociétés de technologie dans les deux ans à venir. ”

La high-tech est-elle à l'abri ?

“ Non, elle sera elle aussi touchée. Mais les entrepreneurs qui ont vécu la crise de 2001 sont aguerris. Au sein du secteur des technologies de l'information, des segments vont mieux se défendre que d'autres. Le logiciel tirera son épingle du jeu, la récurrence des revenus en maintenance ou en extension de licences assurant aux éditeurs une source de profit en bas de cycle. ”

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