Quand le logiciel nous interdit de changer... de logiciel
Imaginons une entreprise qui utilise un logiciel ?" propriétaire, par opposition à open source ?" pour lequel elle a une licence site. Elle a des besoins...
01net.
le 24/11/08 à 16h35
Imaginons une entreprise qui utilise un logiciel (propriétaire, par opposition à open source) pour lequel elle a une licence site. Elle a des besoins qui ne sont pas couverts par le logiciel en question, elle décide
donc de développer en interne un logiciel plus performant, plus adapté et plus moderne. Pour pouvoir améliorer le logiciel avec l'aide d'autres organisations comparables, elle utilise une licence libre et le distribue gratuitement. Evidemment, comme
dans presque tout projet informatique, le plus difficile vient de la reprise de l'existant, car il faut pouvoir importer les données stockées dans le format propriétaire et non documenté de l'application utilisée précédemment. Mais il n'y a rien
d'impossible pour une poignée d'hommes décidés, et un module d'importation est écrit.
L'histoire pourrait s'arrêter là et décrire le quotidien de bien des projets informatiques d'aujourd'hui, avec un logiciel qui devient obsolète et une solution plus moderne, ouverte à plus de formats. Mais cette histoire vraie est celle
de l'université George Mason (GMU), aux Etats-unis, à propos d'un logiciel de gestion de bibliographies. Et là où les choses se gâtent, c'est que l'éditeur propriétaire qui se voit évincer traîne son client en justice en l'accusant d'avoir fait de
la rétro-ingénierie sur le format de données, chose interdite par son contrat de licence. La société en question, Thomson-Reuters, éditeur d'EndNote, demande donc
10 millions de dollars par an à la GMU tant que cette dernière distribue son logiciel appelé
Zotero.
Aux dernières nouvelles, l'université a décidé de ne pas renouveler sa licence site pour le logiciel propriétaire EndNote et de continuer le développement de son propre logiciel libre
Zotero. Il faut dire que Zotero a beaucoup de succès, avec 1 million de téléchargements en 2 ans et des versions en 30 langues.
Une question me taraude tout de même. Est-il normal que je ne puisse plus accéder aux données que j'ai saisies moi-même pour les stocker dans un format propriétaire ? Suis-je condamné à faire une croix sur mes données passées de
peur de me faire attaquer en justice ? Est-ce que dans l'expression ' logiciel propriétaire ', on doit comprendre que l'éditeur est propriétaire de vos données ? Dans cette optique, l'expression
' logiciel libre ' prend alors tout son sens : c'est surtout l'utilisateur qui est libre !
Quoi qu'il en soit, l'industrie du logiciel devrait s'inspirer de l'industrie musicale, qui a pu démontrer ces dernières années que traîner en justice ses propres clients honnêtes est le signe que c'est le début de la fin !
Tristan Nitot
Tristan Nitot est une personnalité emblématique du monde de l'open source. Il est le fondateur et actuel président de
Mozilla Europe, connu pour son navigateur Internet Firefox. Il est également l'un des initiateurs d'Openweb.eu.org, un projet de documentation libre qui vise à promouvoir les standards
du Web et l'accessibilité en vue de rendre le Net utilisable par tous. Tristan Nitot, qui a mené une partie de sa carrière chez Netscape, est également blogueur sur
Standblog.org depuis 2002.