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“ Il faudra repenser la façon d'administrer les données ”

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Après la généralisation des disques SSD, de la virtualisation ou de la déduplication, quelle sera la prochaine évolution technologique en matière de stockage ?

Guy Chesnot : Les protocoles vont devenir plus rapides. Toutes les recherches convergent vers des accès parallélisés à haute performance. En l'occurrence, il va s'agir de mettre en œuvre pNFS (Parallel NFS), inclus dans le prochain protocole NFS 4.1 en cours de ratification par l'IETF. Avec pNFS, le chemin de la requête est séparé de celui de la donnée, ce qui résout le problème du goulet d'étranglement que pose le serveur NAS. Un client du réseau demande à un serveur pNFS où se trouve une donnée et va ensuite la chercher tout seul via une autre liaison réseau, soit directement sur la baie indiquée par le serveur, soit par le biais d'un NAS subordonné. Netapp, Panasas, le projet libre Lustre et IBM travaillent tous à développer des serveurs pNFS qui pointeront vers des fichiers stockés sur les baies, tandis qu'EMC préfère le mode bloc. Des solutions fonctionnelles seront proposées dès l'année prochaine, mais je pense que nous n'aurons rien de mature avant 2010.

Cela impliquera-t-il des changements dans la nature du réseau ?

GC : Le principe étant d'améliorer la bande passante en multipliant les entrées-sorties, il faudra au moins disposer de NAS subordonnés puissants, c'est-à-dire capables de supporter plusieurs dizaines de gigaoctets par seconde entre leur mémoire, leurs processeurs et leurs entrées-sorties. Je suis persuadé que ce sont les machines servant aujourd'hui à fabriquer des supercalculateurs qui seront utilisées demain en guise de NAS. Il faudra aussi améliorer le débit du réseau lui-même. On nous chante les louanges de FCoE. Mais ce protocole, qui ne sera pas prêt avant deux ans, nécessite des liaisons Ethernet 10 Gbit/s et pose donc les mêmes problèmes qu'en son temps l'iSCSI sur Gigabit Ethernet : il monopolise un processeur complet par machine pour fonctionner. Je crois plutôt à la démocratisation d'Infiniband, le réseau haut débit utilisé dans les supercalculateurs. Celui-ci consomme peu de ressources et on est sûr de sa maturité. Cette technologie pourrait arriver dans les entreprises dès l'année prochaine.

Faut-il également repenser les systèmes de fichiers ?

GC : Je crois effectivement qu'il faut repenser la manière dont on accède aux données. Les métadonnées présentées par un serveur pNFS ouvrent la voie à l'indexation des informations par contenu et non plus par fichier. Il ne va plus s'agir de ranger des documents dans un répertoire figé, mais de générer dynamiquement des listes de fichiers (texte, vidéo ou autres) qui correspondent à une requête. Par exemple, nous avons des clients qui ont 100 millions de fichiers ; ils veulent taper “ Zidane ” pour connaître tous les textes, vidéos et autres documents qui contiennent ce terme. En pratique, les prochains systèmes de fichiers intégreront une base de données en plus ou à la place de leur habituel index des répertoires. Certains systèmes de fichiers, comme XFS, appliquent déjà ce principe, mais de manière rudimentaire. Pour que cela devienne exploitable, il convient d'abord de définir des commandes d'accès standard. La SNIA y travaille et nous devrions voir les premières mises en œuvre d'ici à 2011.

Pensez-vous que les administrateurs sont prêts à tous ces changements ?

GC : Il va falloir faire évoluer les bonnes pratiques, organiser les supports de stockage selon les types de données qu'ils contiennent et non pas selon les applications, penser en termes de contenu et non plus de fichiers. C'est là que les disques SSD (Solid State Drive) vont devenir vraiment utiles pour le stockage des textes exclusivement. C'est aussi lorsqu'on déploiera des stratégies de contenu que l'on prendra la mesure des économies d'énergie réalisables avec des baies Maid (Massive Array of Idle Disks).

Attendez-vous d'autres évolutions ?

GC : Oui, je pense que l'un des progrès les plus significatifs sera de mettre la logique directement dans les disques plutôt que dans les contrôleurs. Cela présentera l'intérêt d'avoir des baies plus économiques, dotées des mêmes fonctions quel que soit leur constructeur. Les fabricants sont déjà en train d'y réfléchir. Notamment LSI et Seagate, qui mettent en œuvre la technologie Maid directement dans leurs disques. La sauvegarde, surtout, peut en tirer partie. Il existe à ce sujet un prototype de disque intelligent qui offre 5 To “ à vie ”. Il s'agit en fait d'un boîtier qui contient 50 To et dans laquelle les disques se relaient au fur et à mesure qu'ils faiblissent.

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