La gestion de contenu interagit enfin avec le SI
Traditionnellement isolées dans le système d'information, les plates-formes de gestion de contenu se rapprochent des PGI via des interfaces plus normalisées. L'un des enjeux de cette ouverture consiste à rapprocher les documents des données structurées qui leur sont associées dans les applications.
01 Informatique
le 10/12/2008 à 07h00
Un monde fermé. Ainsi se présentait le domaine de la gestion de contenu (ou ECM pour Enterprise Content Management) il y a encore quelques années. Souvenez-vous : les référentiels documentaires avaient vocation à stocker tous les contenus de l'entreprise, quel que soit leur type ou leur spécificité. Et ignoraient donc les documents extérieurs. Par ailleurs, ces plates-formes s'adressaient exclusivement à des professionnels de la manipulation de documents via des interfaces spécialisées. Quant à leur ouverture vers le système d'information, elle restait limitée. Pour qu'un progiciel de gestion intégré (PGI) accède directement à leur contenu, l'interface ne pouvait être développée sans maîtriser toute la logique du référentiel. Chez Documentum par exemple, cette interface passe par la manipulation de DFC (Documentum Foundation Classes), une bibliothèque de fonctions Java bâtie sur la logique des SBO (Service-based Business Object), le modèle objet de l'éditeur. Bref, une histoire de spécialiste. En comparaison, l'accès normalisé aux bases de données relationnelles avec le langage de requête SQL (Structured Query Language), s'avère un jeu d'enfant.
Visualiser les contenus hébergés dans d'autres référentiels
Aujourd'hui, les choses ont bien changé. Les éditeurs reconnaissent que leur référentiel ne peut être unique ; autrement dit que les contenus au sein de l'entreprise continueront à être disséminés à l'échelle départementale ou du groupe de travail, sur des systèmes de fichiers ou autres solutions de GED (gestion électronique de documents) spécialisées. Partant de ce constat (d'échec ?), ils ont donc développé ou racheté des outils de fédération virtuelle de contenu : à défaut de tout stocker, leurs plates-formes visualisent désormais de façon normalisée, des contenus hébergés dans d'autres référentiels.
Les fournisseurs s'entendent sur une norme d'interopérabilité
Autre facette de l'ouverture de la gestion de contenu : la capacité de ces plates-formes à exposer le plus simplement possible leur contenu. Depuis deux ans environ, les éditeurs cherchent à exposer, sous forme de services, certaines fonctions primaires de la GED : authentification de l'utilisateur, mise à jour des objets (lecture-écriture, création de dossier, gestion des métadonnées, etc.), recherche, ou encore gestion de versions. Ces services basiques ne remplaceront jamais la richesse des API (interface de programmation d'application), mais répondent correctement aux simples besoins de consultation.
Tout récemment, un pas supplémentaire a été fait avec les spécifications CMIS (Content Management Interoperability Services). Menée par Documentum, IBM et Microsoft, cette initiative vise à normaliser ces différents services. CMIS succède à d'autres spécifications qui ont échoué, tel JCR (Java Content Repository, qui regroupe JSR 170 et JSR 283). Si l'on en croit John Newton, PDG d'Alfresco, CMIS serait déjà une réalité : “ Tous les acteurs associés à ces spécifications disposent d'ores et déjà d'une version opérationnelle. Leurs frontaux savent donc dialoguer avec leur back office grâce à CMIS. ”
Aujourd'hui, les plates-formes d'ECM explorent un troisième type d'ouverture en devenant de véritables socles de développement applicatifs. La dernière version de P8, la solution de gestion de contenu d'IBM (d'origine Filenet), s'est ainsi enrichie d'un framework de composition d'application qui s'appuie sur Lotus Mashup Server. En théorie, un utilisateur avancé bâtit lui-même son propre environnement, dans lequel interagissent les contenus de P8, exposés sous forme de mashup, et des composants externes. Documentum s'intéresse également à cette composition d'application, mais dans un cadre d'exécution de processus via Taskspace, son framework de composition. Cette ouverture progressive devrait transformer la gestion de contenu en véritable élément d'infrastructure, mettant ainsi fin à son isolement du système d'information.