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De la soirée poker au challenge sportif, en passant par le clip vidéo en play-back relayé sur les sites communautaires, les SSII multiplient les initiatives afin de se démarquer. Et de s'octroyer ainsi leur part de candidats fraîchement diplômés. Pour faire face à l'assèchement des compétences sur le marché, elles ont, de surcroît, été contraintes de revoir leurs critères d'embauche.
Certains recruteurs proposent encore et toujours une reconversion à de jeunes diplômés sans emploi, de profil scientifique ou non. Des éditeurs, tels HP Software ou Microsoft, accompagnent aussi leurs partenaires dans la “ réingénierie ” des compétences informatiques. Avec des programmes d'intégration visant, entre autres, des demandeurs d'emploi. Mais d'autres employeurs investissent désormais tout le champ de la diversité, avec des motivations qui vont bien au-delà de l'atteinte des objectifs de recrutement à court terme. “ C'est aussi une question d'image, de performance des équipes, de responsabilité sociale…Une politique de diversité solide doit se nourrir de l'ensemble de ces enjeux ”, expose Alain Gavand, fondateur du cabinet spécialisé en ressources humaines qui porte son nom.
Pour Soumia Malinbaum, directrice des ressources humaines de Keyrus, la priorité est de “ développer la cohésion et le sentiment d'appartenance au groupe. C'est compliqué en SSII, admet-elle. Nous travaillons donc sur des sujets fédérateurs. Notre engagement en faveur de la diversité en fait partie ”. Signataire de la Charte de la diversité en entreprise (1) en 2007, le spécialiste du décisionnel explore ainsi de nouveaux viviers de candidats, depuis les jeunes diplômés de filières courtes (DUT, licence) jusqu'aux doctorants. Keyrus cible aussi les candidats issus des quartiers sensibles ou des minorités visibles, notamment par le biais du forum Emploi & Diversité organisé par l'association IMS-Entreprendre pour la Cité. En avril dernier, la SSII était aussi, avec Sogeti, l'une des rares entreprises présentes sur le premier forum consacré aux seniors mis sur pied par L'Oréal et Alain Gavand Consultants.
Plutôt que de diversité, souvent assimilée à une non-discrimination à l'embauche, le directeur des ressources humaines de Help-Line (service desk et infogérance) préfère parler de “ différence ”. “ Nous l'acceptons sous toutes ses formes, assure Romain Mandry, pour qui les employeurs doivent aujourd'hui s'adapter à la réalité du marché de l'emploi et sortir du clonage. Soit nous débauchons chez nos concurrents ces profils standards, soit nous acceptons de prendre un risque, mesuré, en expliquant la démarche à nos managers et à nos clients ”, déclare-t-il. La SSII a, entre autres, adopté le recrutement sans CV. La procédure s'appuie sur une méthode développée par l'ANPE qui permet d'évaluer les aptitudes des candidats en faisant abstraction de leur formation et de leur expérience. “ Depuis 2007, nous avons embauché par ce biais près de 80 personnes, dont certaines n'auraient jamais spontanément postulé chez nous. ”
Une chose est certaine : cultiver la différence ne se décrète pas. C'est en favorisant l'accession des femmes à des postes de responsabilité qu'Accenture France s'est lancé sur cette voie dès 2000. Avant de s'atteler, en 2004-2005, au développement de la diversité sociale. Dans le cadre du plan Espoir Banlieues, la société de conseil s'est aujourd'hui engagée à recruter, dans les quartiers, 450 collaborateurs – 10 % de ses effectifs – en trois ans. “ Mais le chemin est long de la parole à l'action. Il faut parfois lever des craintes, vaincre des résistances ”, estime Samira Cadasse, responsable diversité d'Accenture France. Les entreprises doivent également apprendre à gérer cette diversité au quotidien. “ Un vrai sujet de management ”, conclut la directrice des ressources humaines de Keyrus, également présidente de l'Association française des managers de la diversité (AFMD).
Que pensez-vous de cette ouverture à la diversité ?
Il est surprenant qu'elles s'y soient prises si tardivement. Auparavant, elles recrutaient des clones. Aujourd'hui, elles font de la diversité. Les besoins ont été tellement importants ces dernières années qu'elles ont fini par se rendre compte qu'universités et zones défavorisées, notamment, étaient des terreaux fertiles en talents.
La démarche a-t-elle eu un impact sur leur image d'employeur ?
Cette diversité draine aujourd'hui un volume important de candidatures. Mais une étude que nous avons menée récemment auprès de cadres montre que les entreprises du secteur de l'audit, du conseil et des services souffrent encore d'un réel manque de crédibilité lorsqu'elles s'expriment sur la thématique de la solidarité et de la diversité. Ce secteur est également le plus mal noté sur la question de la création et de la sauvegarde de l'emploi.
















