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Acte 1. Mardi 16 décembre au soir. Après la clôture de la Bourse de Bombay, Satyam fait une annonce stratégique majeure. Le groupe, qui est la quatrième SSII d’Inde, derrière Tata Consulting Services, Wipro et Infosys, et qui emploie 52 000 personnes, annonce qu’il va investir la bagatelle de 1,6 milliard de dollars dans deux sociétés spécialisées dans le BTP et les infrastructures, Maytas Infra et Maytas Properties.
Coïncidence amusante : Maytas, c’est Satyam à l’envers… Sauf que ce n’est pas une coïncidence du tout : les deux sociétés ont été créées par la famille de Ramalinga Raju, fondateur du groupe informatique, ses deux fils font partie des principaux dirigeants, et la famille est actionnaire de référence des trois entités (Satyam et les deux Maytas). Mais, affirme M. Raju, ces liens n’ont rien à voir avec l’opération financière : Satyam a de l’argent disponible, le moment est mal choisi pour investir dans l’informatique, vu la crise, et un investissement dans le BTP est tout à fait judicieux pour diversifier les risques auxquels est exposée la SSII.
Acte 2. Mardi soir, un peu plus tard. Les dirigeants de Satyam expliquent l’opération par téléphone aux investisseurs et aux analystes, incrédules. Les critiques fusent : initiative aberrante alors que les autres groupes informatiques gardent leur cash pour tenir bon pendant le passage difficile ou pour faire des opérations de croissance externe dans leur secteur ; opération scandaleuse destinée à faire entrer la trésorerie de Satyam dans les poches de la famille Raju ; décision qui n’aurait jamais dû être prise lors d'une simple réunion du conseil d’administration et sans consulter les actionnaires, etc.
Acte 3. Mardi dans la nuit. A la Bourse de New York, où l’action Satyam est cotée, c’est l’effondrement. Le titre perd 55 % de sa valeur. “ Les investisseurs ont perdu toute confiance dans la direction du groupe ”, commente un analyste.
Acte 4. Mercredi 17 décembre au matin. Les dirigeants de Satyam se réveillent avec la gueule de bois – à supposer qu’ils aient dormi – et entreprennent de limiter les dégâts. De la manière la plus simple : ils annoncent que le rachat des deux sociétés Maytas est annulé. La diversification stratégique aura duré moins de douze heures… Ramalinga Raju répète que c’était quand même une très bonne idée, affirme qu’il a été “ étonné par la réaction des marchés ” mais qu’il en tire les conséquences.
Acte 5. Mercredi dans la journée. La Bourse de Bombay ouvre ses portes pour la première fois depuis l’annonce de l’opération – et celle de son annulation. Cette ahurissante histoire ne fait pas du tout rire les investisseurs. En milieu de séance, l’action Satyam a perdu 30 % de sa valeur… Il ne reste plus qu’à faire l’inventaire des dégâts : pour les analystes, unanimes, la crédibilité du groupe, de son management et de son conseil d’administration est en miettes et demandera beaucoup de temps pour être rétablie.
Après avoir expliqué que le meilleur investissement possible pour une SSII était dans le BTP, le groupe n’a plus aucune stratégie. La dégradation vertigineuse de son image pourrait compromettre la signature de nouveaux contrats. Et certains se demandent même si un effet de contagion ne va pas affecter également les autres SSII indiennes dans leurs rapports avec les investisseurs internationaux.
















