“ Les ingénieurs ne sont pas austères, ils sont artistes ”
01 Informatique
le 07/01/2009 à 07h00
“ Christophe de Dinechin, l'inventeur de l'hyperviseur, ne tient-il pas plus d'un Franquin que d'un austère technicien ? ”
Yann Serra, grand reporter à 01 Informatique
La scène se passe après la présentation par Red Hat et Ingres d'une solution commune. En privé, Steve Shine, le sémillant vice-président qui dirige les ventes et les services chez Ingres, ne sait plus quoi inventer pour que je comprenne de quoi il s'agit. Il botte en touche pour me séduire coûte que coûte : “ Et vous ? Comment en êtes-vous arrivé à faire ce métier ? ” Je lui révèle que j'ai commencé ma carrière en tant qu'illustrateur, il y a vingt ans. Il explose en rigolade : “ Mais ça n'a rien à voir ! L'informatique est un métier d'ingénieurs, pas de créatifs ! Comment diable avez-vous pu vous retrouver empêtré là-dedans ? ” A l'évidence, il ne se moquait pas. Il cherchait désespérément à nouer une complicité sur le dos des ingénieurs, lesquels sont des gens beaucoup plus ennuyeux que nous. Je lui rétorque que je vois plein de points communs entre les ingénieurs et les artistes. Les deux ont à cœur de soigner leur travail, ils pensent qualité et pas rendement. Prenez Christophe de Dinechin, le super-ingénieur de HP qui inventa l'hyperviseur Integrity Virtual Machine, dont s'est plus ou moins inspiré VMware, et qui écrivit le premier jeu vidéo en vraie 3D. Ne tient-il pas plus d'un Franquin que d'un austère technicien ? Et même s'ils ont beaucoup moins de notoriété, peut-on décemment ignorer la créativité de ces programmeurs qui écrivent des poèmes en langage Perl ? Le problème tient au fait que les équipes dirigeantes des fournisseurs informatiques (dont certaines mettent leurs techniciens en compétition comme s'ils étaient en régie publicitaire) sont vraisemblablement moins sensibles aujourd'hui au talent de leurs ingénieurs qu'à l'époque où tout était à inventer. Typiquement, si les éditeurs et les constructeurs valorisaient plus les profils créatifs, on aurait déjà moins de problèmes d'intuitivité avec l'administration système. Pour revenir à Ingres, j'ai répondu à mon interlocuteur que si l'on peinait autant à identifier sa nouvelle offre, c'est peut-être parce qu'elle manquait de personnalité. Ils auraient déjà dû commencer par lui donner un nom.
y.serra@01informatique.presse.fr