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Quand le cloud devient système d'exploitation des applications

Le cloud computing sait désormais héberger des outils d'intégration mais aussi des applications spécifiques. Les grands éditeurs proposent des offres de Paas encore trop hétérogènes, trahissant l'immaturité technique de ce marché.
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Après les applications métier prêtes à l'emploi proposes par les fournisseurs de Saas (Software as a service), il était logique que le besoin de développer et de déployer des applications spécifiques au cloud computing se fasse sentir. Le Paas (Platform as a Service) cherche donc à reproduire l'architecture d'une plate-forme d'application classique : un système d'exploitation, un environnement d'exécution, des services d'infrastructure (stockage, intégration, authentification…) et éventuellement applicatifs (recherche, cartographie, CRM…). Mais ce qui frappe en détaillant les offres Paas, c'est leur disparité. Avec EC2 (Elastic Compute Cloud), Amazon fournit des images virtuelles de systèmes d'exploitation complets. L'utilisateur est libre d'installer un Oracle 11g sous Linux ou un Windows Server 2003 par-dessus. A côté de cette offre, on trouve des services d'infrastructure cloud : base de données (Simple DB), stockage illimité (Simple Storage Service, S3), système de messagerie interapplicative (SimpleQueue Service, SQS) et, tout dernièrement, Cloudfront, un système de diffusion de contenu de type CDN (Content Delivery Network).

Salesforce.com, lui, présente une approche orientée RAD (développement rapide d'applications) avec son propre langage de développement, Apex. Les applications s'exécutent ensuite sur la plate-forme en ligne Force.com. “ Cette approche autorise la mise en place très rapidement des applications qui auront le “ look & feel ” Salesforce.com et, en ce sens, Apex est une incontestable réussite ”, complète Guillaume Plouin, de SQLI, qui ajoute : “ Leur approche RAD est surtout adaptée à des applications simples. ”

Une grande disparité entre les plates-formes

Avec App Engine, Google a choisi de fournir une plate-forme pour développer simplement et rapidement la logique de l'application et faire face ensuite à une éventuelle montée en charge. Cette solution n'exécute que du code Python, un langage populaire sur le web, largement utilisé par Google, mais que l'on trouve beaucoup moins en entreprise. Selon la feuille de route officielle, un second langage, non précisé pour le moment, devrait être également proposé au printemps 2009. Le kit de développement logiciel fourni par Google exécute l'application dans un environnement local offrant les mêmes API (interfaces de programmation) que le service en ligne. Une fois l'application au point, il suffit de la transférer dans le cloud.

Le positionnement résolument web d'App Engine soulève des réserves chez beaucoup de professionnels du secteur. “ La très grande majorité des services sur le web n'aura pas besoin de l'évolutivité offerte par des services tels qu'EC2 et App Engine, souligne Jean-Baptiste Boisseau, fondateur d'Eutech, une SSII qui intervient dans les projets web. A mon avis, le principal intérêt de ces architectures réside dans l'hébergement de certains services web gourmands en ressources. Ainsi vous gardez le contrôle sur l'essentiel tout en assurant les éventuels pics de charge. ” Les hébergeurs mettent également en avant les tarifs pratiqués. Si, pour l'instant, App Engine reste gratuit, l'utilisation de l'EC2 d'Amazon est facturée à l'heure. Ce qui rend ce service peu compétitif pour des sites web à faible et moyenne audience, comparé à un hébergement classique.

Autre inconvénient : l'absence de toute portabilité d'une plate-forme à une autre. Une application développée en Apex sur Force.com devra être entièrement réécrite pour fonctionner sur une autre plate-forme. Même les données installées dans le cloud ne sont pas stockées dans des bases relationnelles standards, étant donné l'architecture massivement distribuée de ces services. Il faut développer une application pour transférer les données.

De l'intégration d'application à l'orchestration de processus

Depuis le 23 octobre 2008, Amazon s'engage sur des accords de niveau de service (SLA) pour son service EC2, avec un taux de disponibilité minimal de 99,95 % sur l'année et des pénalités à la clé s'il n'y parvient pas. Toutefois le crédit – 10 % de la facture – accordé pour la période de panne risque d'apparaître bien dérisoire à la société qui aura placé un site web stratégique sur EC2. Alors qu'il ironisait sur le buzz créé autour du terme cloud computing, Larry Ellison, le PDG d'Oracle, a tout de même misé sur Amazon pour ne pas rester absent du mouvement. Son entreprise a mis en ligne des images de ses produits mais reste positionné sur le Saas avec Oracle on Demand, notamment avec les offres GRC hébergées issues de Siebel. Quant à IBM, il a dévoilé en 2007 Bluecloud, destiné aux centres de données. Big Blue reste donc absent pour le moment de ce marché du Paas.

Parallèlement, une offre d'intégration d'application hébergée commence à se développer. Amazon dispose bien d'un service de messagerie interapplicative SQS, mais celui-ci reste un outil au service des applications hébergées sur sa plate-forme cloud. Il n'expose pour l'instant qu'une interface Soap pour son exploitation et n'offre pas de connecteurs spécifiques pour les progiciels du marché, encore moins d'outils d'orchestration. D'autres acteurs se placent pour répondre à ce type de besoin. Informatica, éditeur traditionnel issu du marché de l'extraction de donnés (ETL, Extract, Transform, Load) offre toute une gamme de services d'intégration à la demande sur le chargement, la synchronisation, la réplication et la qualité de données. Une voie suivie par Talend qui propose sa plate-forme d'intégration en mode hébergé et développe des connecteurs pour les principales applications Saas du marché.

De là à proposer de l'orchestration de processus en mode hébergé, il n'y avait qu'un pas. Celui-ci a été franchi voici un an par une start up française, Runmy process. La jeune pousse a développé un moteur BPM (Business Process Management) en ligne, piloté par une interface innovante développée en Adobe Flex. On constate trois types d'utilisation de cette plate-forme : des start up qui peuvent mettre en ligne leur site en quelques semaines, des grands comptes qui développent des applications en périphérie de leur PGI et des entreprises moyennes qui l'utilisent pour intégrer leurs applications et des services cloud. Pour atteindre cette dernière cible, Runmy-process travaille sur le développement de connecteurs vers les principales applications du marché (il en revendique 350 à ce jour). D'autres éditeurs, tel Intalio, tentent aussi de se placer sur un modèle hébergé ressemblant beaucoup à la mise à disposition d'outils sur des serveurs dédiés.

Parmi les acteurs traditionnels du monde du BPM, certains se montrent très réservés en face du cloud computing. Ainsi Pegasystems, qui vient pourtant d'annoncer un produit baptisé BPM Paas, se refuse à proposer celui-ci sous forme hébergée. L'éditeur fournit des solutions d'automatisation des processus aux secteurs de la banque et de l'assurance, secteurs qui ne sont pas prêts de voir leurs données et leurs processus hébergés par des tiers.

Microsoft se repositionne

Dans ce marché naissant, la surprise pourrait bien venir du numéro un du logiciel. Jusqu'alors, soucieux de préserver un modèle économique lucratif, Microsoft est resté prudent. Après des lancements assez modestes dans la GRC, puis avec Exchange en mode hébergé, l'éditeur dévoilait au début de l'année SQL Server Data Services (SQSD), une offre de stockage de données, prémices de la stratégie Software + Services élaborée par les services marketing de l'éditeur. Ce n'est qu'en octobre 2008 que le géant du logiciel a dévoilé ses ambitions avec Windows Azure. Une stratégie choc, car Microsoft disposera à terme d'une offre couvrant quasiment tous les aspects du Paas : stockage (Azure Storage et Sharepoint Online Libraries), workflow et intégration (.Net Services Workflow/S…ervices Bus), gestion des identités (Windows Live ID et .Net Services Access Control), services applicatifs (Live Search, Virtual Earth, CRM Online). Windows Azure bénéficie d'un modèle de programmation (.Net), d'outils bien implantés et d'une communauté de développeurs active. La feuille de route de Windows Azure s'échelonne de 2009 à 2011. Ce qui laisse du répit à la concurrence pour réagir. Mais l'offre de Microsoft pourrait se révéler comme la plus consistante.

Ils ont choisi comme langage…

EC2 : pour générer des services web, Amazon fait appel à plusieurs langages, de C++ et C# à Java, de Perl à Python, sans oublier Ruby…
App Engine : la plate-forme de Google exécute le seul code Python. Un second langage est annoncé pour le printemps 2009. Mais lequel ?
Force.com : Salesforce utilise Apex, qui présente une syntaxe et une sémantique proche de Java
Azure : la nouvelle offre de Windows se décline en C#, Visual Basic .Net, Cobol .Net.

Un système en développement

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Les offres d'éditeurs se placent de façon très disparate. Seul Amazon fournit actuellement un véritable système d'exploitation virtualisé. Microsoft, lui, promet une offre complète, mais une partie d'entre elle n'est pas encore disponible.

2 questions à… : Guillaume Plouin, responsable de la veille technologique chez SQLI

Pensez-vous que les entreprises soient prêtes à franchir l'étape du Paas ?

“ Que la défiance envers les applications Saas s'atténue est important. Car en termes d'adoption, ce modèle est une étape préalable à l'adoption du Paas. Si on fait le parallèle avec l'informatique traditionnelle, le Paas est aux applications spécifiques ce que le Saas est aux progiciels classiques. ”

Les plates-formes Paas actuelles sont-elles exploitables pour des applications d'entreprise ?

“ Aujourd'hui, des solutions comme EC2 d'Amazon, Force.com de Salesforce.com ou App Engine de Google peuvent être considérées comme pleinement opérationnelles. On a utilisé EC2 à plusieurs reprises afin de monter une plate-forme de tests de montée en charge avec des images virtuelles ou pour constituer rapidement des “ proof of concept ” dans le cadre des projets Alfresco ou Liferay, par exemple. ”

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