La quatrième SSII indienne s'effondre dans une atmosphère de scandale
Satyam a basculé dans l'inconnu ce matin après la démission de son patron fondateur, qui a avoué des fraudes comptables considérables.
01net.
le 07/01/09 à 14h05
Ramalinga Raju a donc démissionné de la présidence de Satyam, le quatrième exportateur indien de services informatiques. Dans une lettre adressée aux autorités boursières ce matin, il explique que les comptes de son groupe sont faux
depuis plusieurs années. Une proportion considérable du cash apparaissant dans les comptes est en fait ' inexistante '. Et la marge opérationnelle de 24 % du chiffre d'affaires annoncée pour
le troisième trimestre 2008 serait en réalité de... 3 % ! Le chiffre d'affaires lui-même, annoncé comme s'élevant à 414 millions d'euros, s'établissait en fait, selon les aveux du président, à
323 millions seulement.
Complètement inattendues, ces révélations font suite à plusieurs semaines très agitées pour le groupe. Le mois dernier, Satyam avait annoncé, à la stupéfaction générale,
un projet de diversification massive dans le BTP impliquant le rachat d'entreprises de la famille du fondateur.
L'initiative avait été interprétée par les actionnaires et les analystes comme une tentative de faire racheter à bon compte par la société cotée Satyam les entreprises privées de la famille Raju. L'opération avait immédiatement suscité
un effondrement du cours de Bourse, amenant le groupe à renoncer quelques heures plus tard à son projet.
Satyam, fleuron de l'informatique indienne
Depuis, les choses sont allées de mal en pis pour le groupe, considéré comme un fleuron de l'informatique indienne, à côté de Tata Consulting Services, d'Infosys et de Wipro. Fin décembre, la Banque mondiale a mis le groupe à
l'index de ses fournisseurs, faisant état de pratiques anormales, et plusieurs des administrateurs de Satyam ont préféré démissionner.
Affirmant être prêt à répondre de ses actes devant la justice, le patron de Satyam a suggéré que la banque d'affaires américaine Merrill Lynch soit chargée de trouver une ' possibilité de
fusion ' pour le groupe. De fait, l'avenir de ce dernier est aujourd'hui totalement incertain. Sa véritable situation financière est inconnue, et la confiance de ses clients ?" de grands groupes
internationaux comme General Electric ou Nestlé, qui lui confient la réalisation de logiciels ou des opérations de back-office ?" ne peut que s'évaporer.
Dès lors, toutes les hypothèses sont envisageables, du rachat à bon compte par un concurrent jusqu'à l'effondrement pur et simple si personne n'ose s'engager dans une situation aussi incontrôlable. Une incertitude
qui avait fait perdre à l'action jusqu'à 70 % de sa valeur en début d'après-midi, ce mercredi.
Un discrédit qui pourrait affecter tout le secteur
Pour les chefs d'entreprise de la high-tech indienne, la crainte est aujourd'hui de voir l'affaire jeter le discrédit sur l'ensemble du secteur. L'un des dirigeants d'Infosys, concurrent direct
de Satyam, s'est efforcé de présenter le scandale comme une ' aberration ' sans lien avec le reste de l'industrie, tout en reconnaissant que les clients seront certainement beaucoup plus
difficiles à convaincre à l'avenir.