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En direct de New Delhi, de Pékin et de San Francisco, nos chroniqueurs livrent chaque semaine leur regard amusé, admiratif ou critique sur la high-tech saveur locale.
Vivement 2010 ! Il y a des années, comme ça, où l’on ferait mieux de ne pas sortir de son lit : c’est ce que se disent nombre de salariés indiens du secteur high-tech en ce début 2009. Le scandale Satyam est vécu comme un cataclysme dans une profession où les mauvaises nouvelles s’accumulent par ailleurs…
La nouvelle année ne commençait déjà pas de façon folichonne, avec l’impact de la crise mondiale sur l’activité et les employeurs qui en profitaient joyeusement pour sabrer promotions et augmentations. Mais l’effondrement de Satyam vient transformer un moment difficile en Berezina. Voilà la quatrième SSII indienne, encensée jusqu’à il y a encore quelques semaines pour ses performances, qui se révèle avoir été l'objet d’une gigantesque fraude, avec comptes truqués et trésorerie inexistante ! Tous les salariés du secteur sont sous le choc, et ceux de Satyam sont totalement déboussolés.
Harcelés par les médias dès qu’ils franchissent les grilles des différents campus du groupe informatique, à Hyderabad, au sud du pays, les “ associés ” de Satyam (ah oui ! très progressiste, le groupe n’a que des “ associés ”, rien d’aussi vulgaire que des “ salariés ” ou des “ employés ”) optent en général pour un mutisme catastrophé. Mais les rumeurs vont bon train : à la veille du week-end, il n’était question que de la décision de la direction provisoire du groupe de ne payer aucun salaire pendant les deux mois à venir… Une “ information ” très vite démentie, mais qui donne une idée de l’ambiance.
Dans ce climat, certains salariés tentent de jouer la carte du patriotisme d’entreprise et lancent de vibrants plaidoyers sur le thème : “ Travaillons plus dur que jamais, c’est la seule façon de sauver Satyam ! ” Quelques-uns vont même, paraît-il, jusqu’à proposer des réductions volontaires de salaire. Mais le cœur n’y est quand même pas beaucoup. Et le meilleur indicateur de l’état d’esprit ambiant, c’est l’avalanche de CV de salariés de Satyam mis en ligne en fin de semaine dernière sur les sites de recrutement spécialisés dans la high-tech…
Décidément, quand tout va mal, tout va mal. Infosys, l’une des trois autres principales SSII du pays, a fait savoir qu’elle ne voulait engager personne de Satyam pour le moment. Histoire de ne pas être accusée de contribuer à couler un concurrent en difficulté, peut-être. Ou bien, aux yeux des plus déprimés des salariés de la firme en déconfiture, parce que l’étiquette “ Satyam ” est devenue infamante ?
Et ce n’est pas forcément mieux ailleurs pour les salariés, qui ressassent en boucle des informations pas toujours vérifiées : la SSII HCL aurait décidé de repousser de plusieurs mois la date d’entrée de ses recrues récentes. Une grande firme américaine en Inde voudrait ne plus payer ses salariés que sur la base du temps effectivement passé à travailler pour des clients, et pas quand ils ne sont pas en mission… Enfin, plus que onze mois et demi à tirer avant la fin de l’année, que l’on passe à autre chose !
















