Simon Phipps (Sun) : ' Plus vous donnez un logiciel et plus on est prêt à vous l'acheter '
Le patron de la stratégie open source de Sun Microsystems était de passage à Paris cette semaine. Nous l'avons interrogé sur la réussite de l'éditeur dans ce domaine.
01net.
le 15/01/09 à 17h40
<i>01net. : :</i> Voilà maintenant plusieurs années que Sun est très volontariste en matière d'open source.
Pouvez-vous dresser un bilan
de l'implication de Sun dans l'open source aujourd'hui ?
Simon Phipps : C'est simple, aujourd'hui, la quasi-totalité de nos logiciels sont en open source, à quelques exceptions près car, pour différentes raisons, certains d'entre eux ne peuvent pas l'être.
Et, à l'avenir, cette mise en open source de nos produits sera systématique.
Aujourd'hui, cela représente une trentaine de solutions majeures, dont Java, OpenSolaris, GlassFish, OpenSSO, etc. Nous sommes impliqués dans plus de 750 projets open source et, surtout, nous venons de faire
deux acquisitions, qui structurent complètement cette activité : celle de
MySQL et celle de
Virtualbox.
Cette stratégie est-elle vraiment fructueuse ? Avez-vous des indicateurs pertinents pour le prouver ?
Je ne peux pas donner de chiffres, mais je peux vous donner un exemple. Depuis que Solaris est librement accessible en téléchargement, c'est-à-dire depuis trois ans environ, nous avons fait plus de ' business '
avec ce logiciel que pendant les dix années précédentes, pendant lesquelles il était uniquement sous licence propriétaire. Plus vous donnez un logiciel, et plus on est prêt à vous l'acheter. C'est paradoxal mais c'est ainsi. Nous rencontrons le même
succès avec GlassFish.
Et pourtant, fin 2008, vous avez annoncé un plan de licenciement important, de l'ordre de 15 % des effectifs, n'est-ce pas un symptôme d'échec de cette stratégie ?
Nous estimons que l'adoption de l'open source dans les entreprises n'en est qu'à une première phase, celle-ci devrait s'intensifier considérablement. Ce que nous sommes en train de faire ne correspond pas à une simple
réduction des coûts de manière uniforme sur l'ensemble de nos divisions. Nous sommes en train de réorganiser la société, pour qu'elle soit prête à récolter les fruits de sa stratégie, le jour où l'explosion de l'open source aura
lieu.
D'ailleurs, nous sommes très confiants pour 2009 car, après avoir réduit leurs coûts sur le matériel, les entreprises vont chercher à réduire leurs coûts sur la partie logicielle. Et l'open source peut les y aider,
dans un ordre de grandeur qui peut atteindre 70 %. La division logicielle devrait être réorganisée en trois pôles : ' Application Platform Software ', ' Systems Platform ' et
' Cloud Computing and Developer Platforms '. Sur ce dernier pôle, je peux vous assurer qu'il y a des postes à pourvoir.
Justement, vous venez d'annoncer le rachat d'une société spécialisée dans le cloud computing. Le cloud computing n'est-il pas en contradiction profonde avec les valeurs de l'open source,
comme le disent certains ?
C'est une question très philosophique, qui ne m'étonne pas de la part d'un Français [rire]. Vous les Français, vous êtes très forts en philosophie. On ne peut pas répondre de manière catégorique, tout comme on ne peut pas répondre de
manière catégorique à la question ' Si on utilise du logiciel libre, doit-on impérativement mettre le code que l'on développe à la disposition de la communauté ? '. Certains vous diront oui, d'autres non. Pour le cloud
computing, c'est pareil.
Nous pensons que le plus important dans le mouvement
open source n'est pas tant la gratuité des logiciels, que la liberté de leur utilisation. Si demain, les plates-formes de cloud computing ne donnent pas aux
utilisateurs les outils adéquats pour interfacer leurs applications avec l'extérieur du nuage ou pour migrer des données facilement entre le nuage et des systèmes propres à l'entreprise, alors oui, dans ce cas, le cloud computing sera une régression
pour l'informatique. Mais chez Sun, lorsque nous ferons des annonces autour du cloud computing, nous soignerons particulièrement la liberté d'utilisation.
Il y a eu beaucoup de remous
autour de la sortie de la version 5.1 de MySQL...
L'intégration de MySQL est-elle derrière vous maintenant ?
MySQL est une très belle acquisition pour nous. Je pense que les équipes de MySQL travaillent mieux chez Sun que lorsqu'elles ne faisaient pas partie de la société. Si vous faites référence à Michael Widenius, il travaille désormais avec
ses équipes au sein de nos laboratoires de R&D pour préparer l'avenir de nos produits.
Cet éloignement entre les équipes des laboratoires et ceux qui gèrent opérationnellement la sortie des produits est beaucoup plus saine que lorsque tout le monde était réuni au même endroit. Dans l'ensemble, les salariés de MySQL sont
contents d'être chez nous. Il y a eu très peu de départs, c'est un signe qui ne trompe pas.