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Dect résistera-t-il à la voix sur Wi-Fi ?

Bien que techniquement supérieure, la norme Dect a du mal à conquérir le marché de la téléphonie mobile en entreprise. La voix sur Wi-Fi, poussée par l'industrie de l'IP, l'emportera sûrement.
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A ma droite, Dect (Digital Enhanced Cordless Telephone), une technologie numérique de transport de la voix sans fil, définie par l'ETSI (European Telecommunications Standard Institute) à la fin des années 1980. A ma gauche, VoWLAN (Voice over Wireless LAN ou voix sur Wi-Fi), s'appuyant sur la technologie 802.11 de transport des données sans fil, normalisée par l'IEEE (Institute Of Electrical and Electronic Engineers) à la fin des années 1990.

Ces deux champions s'affrontent pour la conquête du marché de la communication vocale mobile dans l'entreprise. Le match paraît ouvert. Pourtant, on connaît déjà l'issue de l'affrontement. Poussée par la formidable machine industrielle américaine qui compte dans ses rangs des poids lourds comme Cisco, la voix sur Wi-Fi l'emportera. Les Européens – Siemens, Sagem ou NEC-Philips – font de la résistance. Mais le combat est inégal.

Taillé pour la voix, Dect possède pourtant de solides atouts. D'abord, un coût du terminal deux à cinq fois inférieur à celui en Wi-Fi. Ensuite, une qualité sonore inégalée et une portée de 300 mètres en champ libre (sans obstacle), contre 100 mètres en Wi-Fi. Destinée à des terminaux mobiles, la technologie Dect est peu gourmande en énergie. D'où l'autonomie importante des terminaux. Autre atout, la qualité de service est inhérente au système, puisque cette norme fonctionne en mode circuit, la “ vieille technique ” des réseaux téléphoniques d'avant l'ère de l'IP. De plus, cette technologie dispose d'une bande de fréquences qui lui est propre : celle des 1 900 MHz.

Toujours au titre des atouts, la sécurité est incluse dans la norme : un terminal ne peut se connecter que s'il a été déclaré dans le système. Enfin, il dispose d'un solide avantage : le roaming (passage d'une borne à l'autre sans coupure de session), introduit dans cette norme dès l'origine. Dans le système Dect, les bornes communiquent en permanence entre elles par radio. Ainsi, lorsque le terminal est sur le point de quitter la zone de couverture de l'une d'elles, la borne suivante est prête à prendre le relais.

L'un transporte aussi les données, l'autre pas

Au chapitre de ses faiblesses, un débit limité à 32 kbit/s – il est possible de monter à 64 kbit/s en utilisant deux slots temporels –, qui l'exclut des applications de données, hormis le transport de messages textes courts. Par exemple, pour relayer les alertes gérées dans un hôpital par une centrale d'alarmes. Dans les années 1990, Olivetti tenta de lancer une version Dect destinée au réseau local pour les données, sans grand succès. Cette technologie reste donc cantonnée à la voix.

Face à cet adversaire bien armé, Wi-Fi, conçu au départ pour les réseaux de données, accusait plusieurs handicaps dans le transport de la voix. Côté qualité sonore, d'abord. Au fil du temps, la voix sur Wi-Fi a fait des progrès, mais elle n'a pas atteint celle du Dect. Elle est cependant supérieure à la qualité du GSM, affirment ses défenseurs. Sous-entendu : puisque celle du GSM est acceptée, pourquoi pas celle de Wi-Fi ? Autre amélioration : celle de l'autonomie des terminaux, grâce aux progrès de la microélectronique. Là aussi, le pari était ardu. Wi-Fi est principalement destiné aux micro-ordinateurs, dotés de batteries plus grosses que celles des mobiles et qui fonctionnent souvent connectés à la prise électrique. Il fallait réduire l'appétit des composants Wi-Fi pour que les terminaux aient une autonomie acceptable. En pratique, elle reste toutefois trois à cinq fois plus faible que celle d'un terminal Dect.

En outre, Wi-Fi fonctionne dans la bande des 2,4 MHz, qu'il doit partager avec d'autres technologies, dont Bluetooth, et de nombreux appareils électriques, sources de perturbations. Des pépins qui sont épargnés au Dect. Ni la qualité de service ni la sécurité n'étaient, non plus, au rendez-vous. Les réseaux Wi-Fi fonctionnent en mode paquets, selon le principe du “ best effort ”, qu'on peut en fait traduire par “ foire d'empoigne ”… En effet, aucune priorité n'est définie dans le réseau et les paquets sont choisis au petit bonheur. Situation tolérable pour des utilisations comme la navigation web ou la messagerie, mais difficilement acceptable pour des applications plus pointilleuses sur les temps de réponse. Elle se révèle notamment incompatible avec la plus chatouilleuse d'entre toutes : la voix. L'IEEE a donc planché sur la qualité de service et édicté la norme 802.11e, qui définit quatre classes de service et octroie la priorité aux paquets de voix. C'est le WMM (Wi-Fi Multimedia).

La qualité de la voix sous contrôle

Mais à l'intérieur de la classe voix, les différents téléphones “ accrochés ” au même point d'accès sont en concurrence, ce qui limite leur nombre et oblige à augmenter le nombre de points d'accès si le trafic vocal est important. De plus, avec WMM, la moitié seulement du problème est résolue. Pour garantir une bonne qualité de service, il faut en plus s'assurer que le réseau présente les caractéristiques de latence (temps de traversée du réseau), de gigue (variation de la latence), de taux de perte de paquets compatibles avec les exigences de la communication vocale : c'est le Call Admission Control, comme disent les spécialistes. Cette partie de la norme est désormais achevée sur le papier, mais les tests d'interopérabilité, menés par Wi-Fi Alliance, ne sont pas terminés. Les solutions propriétaires dominent encore. Quant à la sécurité, elle est réglée par la norme 802.11i, au terme de longues années de tâtonnement (WPA puis WPA2).

Une concurrence qui pousse aux progrès

Restait un dernier handicap : le roaming. Celui-ci ne figurait pas dans la norme Wi-Fi d'origine. Et pour cause : s'il est courant de téléphoner en marchant, il est rare de travailler sur un PC en se déplaçant. On quitte un bureau avec sa machine allumée sous le bras et on l'ouvre, par exemple, dans la salle de réunion, desservie par un autre point d'accès. A l'ère des premiers réseaux Wi-Fi, arrivé à sa destination, l'utilisateur devait se reconnecter. Par la suite, des solutions propriétaires ont permis d'introduire le roaming, notamment grâce aux architectures centralisées autour d'un contrôleur, véritable tour de contrôle du réseau Wi-Fi. La déconnexion du point d'accès que l'on quitte et la connexion à la suivante s'en trouvent facilitées.

Cependant, le temps de convergence (celui s'écoulant avant la connexion au point d'accès suivant), compatible avec la plupart des applications informatiques, dépassait les 50 millisecondes, maximum toléré par les communications vocales. Pour rivaliser avec Dect, Wi-Fi est passé au Fast Roaming, défini par la norme 802.11r, elle aussi toute nouvelle.

Avec les normes 802.11e et 802.11r, la voix sur Wi-Fi s'est peu à peu hissée au niveau de son concurrent, Dect. Sans toutefois l'égaler sur plusieurs points (qualité sonore, autonomie, prix des terminaux…). Pourtant, cette technologie va se tailler la part du lion, car elle est portée par la vague de la communication unifiée. Cette dernière offre une palette de services nouveaux (accès aux annuaires, gestion de présence, messagerie unifiée, etc.) qui entrent peu à peu dans les entreprises.

Le clan Dect a réagi : il existe désormais le Dect-IP. Les bornes ne sont plus connectées à un réseau spécifique, mais se raccordent à un commutateur téléphonique de type IPBX via le réseau IP de l'entreprise, qui transporte les données. Les communications entre la borne et le terminal s'effectuent toujours en Dect. Cette solution convient aux entreprises qui ne veulent pas de réseau sans fil pour les données, mais désirent de la mobilité pour le vocal. Un marché restreint. A partir du moment où elle cherche la convergence fixe-mobile pour la voix et la donnée, le Wi-Fi s'impose.

Enfin, le clan voix sur Wi-Fi pousse un nouveau pion : le terminal GSM/Wi-Fi (bi-mode), emblème de cette fameuse convergence fixe-mobile, un thème fort à la mode. Des géants come Nokia, Samsung ou Motorola en sont les champions. Il n'en existe aucun combinant GSM et Dect. Techniquement, ce n'est pas impossible. Chez Sagem, on indique que “ ce type de produit pourrait se développer dans le futur, mais qu'il n'est pas d'actualité pour l'instant ”. C'est toute la différence.

D'origine américaine, Wi-Fi est porté par l'IP

Est poussé par toute l'industrie de l'IP.
Offre les mêmes services qu'un poste IP fixe.
Propose la convergence fixe-mobile (terminaux bimodes GSM/Wi-Fi).
Ne nécessite pas d'infrastructure spécifique.

Ses terminaux, encore coûteux, possèdent moins d'autonomie et une moins bonne qualité audio.
La portée est limitée à 100 mètres.
Ni la qualité de service ni la sécurité ne sont incluses dans la norme d'origine. 802.11e et 802.11r devraient corriger ces problèmes, mais les solutions restent surtout propriétaires.

Poussé par l'Europe, Dect a vingt ans d'expérience

Sa qualité de service (mode TDMA) et la sécurité inhérente à la norme.
Des terminaux deux à cinq fois moins chers, une portée de 300 m et une bande de fréquences propre (1 900 MHz).
Une meilleure qualité audio et une autonomie cinq fois plus grande.
Le roaming intégré à la norme.
Son évolution vers l'IP (Dect-IP).

Un débit limité (32 ou 64 kbit/s)
Un service uniquement voix (et alertes). Dect ne s'intègre pas aux architectures de communication unifiée.
Pas de terminaux bimodes GSM/Dect.

Le Femtocell 3G pas encore assez mûr

La solution Femtocell consiste à placer à l'intérieur d'une habitation ou d'une entreprise une ministation de base 3G gérée par un opérateur. Celle-ci peut être intégrée au modem ADSL. Elle dessert une très petite cellule (d'où le préfixe Femto, 10 puissance – 15), aux dimensions du logement ou de l'entreprise. Le téléphone mobile se connecte alors en GSM : à l'extérieur au réseau public, à l'intérieur au réseau privé (Femto). Elle se place en concurrence avec le Wi-Fi/GSM. Voilà pour la théorie. Dans la pratique, il reste à normaliser l'intégration de ces cellules “ privées ” dans les réseaux des opérateurs : c'est l'une des dernières initiatives du Femto Forum. Si le marché paraît ouvert côté particuliers, il se révèle moins certain côté entreprises. Cette technologie pourrait séduire celles qui possèdent un grand nombre d'agences, où la mobilité est nécessaire. Il n'y aurait alors plus besoin de déployer un réseau Dect ou Wi-Fi dans chacune d'elles. En fait, l'avenir du Femtocell dépend des opérateurs : quels tarifs pratiqueront-ils et quels services fourniront-ils ?

Il a opté pour Dect : Charles-Yves Tonneau (hôpital d'Annecy) : “ Dect règne en maître dans notre hôpital ”

“ L'hôpital d'Annecy s'est équipé de 120 bornes qui concentrent le trafic de 800 terminaux mobiles affectés aux médecins, au personnel soignant, aux services techniques, aux encadrants. A l'époque de l'appel d'offres, mi-2006, la voix sur Wi-Fi n'était pas vraiment au point, comparée à la solution Dect. Aujourd'hui, elle a fait des progrès, mais si c'était à refaire, nous opterions de nouveau pour la norme Dect. Il est vrai que, parallèlement, nous avons fait le choix de ne pas déployer de réseau Wi-Fi. Donc le problème du double réseau voix et données ne se pose pas. Notre infrastructure offre de nombreux services, tels que l'appel du malade, la gestion des portes et des interphones, la gestion technique du bâtiment, etc. Les alertes sont envoyées sur le réseau local, vers le serveur de New Voice qui abrite l'application Mobicall. Celle-ci analyse l'information et déclenche la procédure correspondante : par exemple, face à une demande de malade, faire sonner deux téléphones Dect parmi les infirmières, avec message d'alerte, et afficher un message sur le PC dans la salle des soignantes. ”

Il a opté pour Wi-Fi : Jean-Yves Batailler (Hôpitaux des Portes-de-Camargue) : “ la voix sur Wi-Fi, un choix naturel ”

“ Lorsque les quatre hôpitaux de Beaucaire (Gard) et de Tarascon (Bouches-du-Rhône) ont fusionné pour former un établissement unique, les Hôpitaux des Portes-de-Camargue, les ressources informatiques ont été mutualisées. Un réseau privé à base de trois faisceaux hertziens et d'une liaison laser relie les quatre sites, sur lesquels ont été déployés la téléphonie sur IP et des réseaux Wi-Fi pour le transport des données médicales et administratives. Comme le personnel souhaitait avoir des téléphones mobiles, il était tout naturel de passer à la voix sur Wi-Fi. Environ 140 points d'accès desservent 70 téléphones Wi-Fi, affectés aux médecins, aux cadres, aux personnels techniques et aux infirmières, ces dernières recevant en outre les alertes des malades. Qu'ils soient sur un site ou un autre, les personnes équipées de terminaux sont immédiatement joignables. Si le retour sur investissement a été évalué sur trois ans, le gain en efficacité a été immédiat. Le réseau étant Cisco, les questions de qualité de service et de roaming sont réglées par des solutions propriétaires. ”

2 questions à… : Christian Mégard, responsable offre applications unifiées chez Spie Communications

Entre Dect-IP et voix sur Wi-Fi, que choisissent les entreprises ?
“ Beaucoup d'entre elles optent pour le Dect-IP, même lorsqu'elles possèdent déjà un réseau Wi-Fi pour les données, estimant que la voix sur Wi-Fi n'est pas assez mûre. Ne font ce dernier choix que celles qui ont des projets de convergence fixe-mobile, combinant Wi-Fi dans l'entreprise et GSM à l'extérieur. C'était la situation il y a encore deux ou trois mois. Mais depuis, on remarque la croissance des appels d'offres en voix sur Wi-Fi. ”

Cela signifie-t-il que c'est le début de la fin pour le Dect ?
“ A long terme, je pense que cette technologie sera supplantée. Mais elle a encore de beaux jours devant elle, car elle reste moins chère que sa rivale et techniquement supérieure en termes de qualité, comme de sécurité. Par exemple, on ne perd pas de communication en Dect, ce qui arrive en Wi-Fi. En fait, dans cette confrontation, l'atout principal de la voix sur Wi-Fi s'affirme dans le couplage avec les applications informatiques via XML et la communication unifiée. ”

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