











01net. : On évoque régulièrement les
problèmes de l'industrie de la musique face au piratage.
Quel est l'état du marché de la vidéo en France ?
Jean-Yves Mirski, délégué général du SEVN (1) : Nous venons de publier quelques chiffres [voir encadré, NDLR] pour l'année qui vient de s'écouler. Le marché de détail se situe à 1,38 milliard d'euros, alors qu'il tutoyait les 2 milliards en 2004. Nous faisons le constat d'une baisse ininterrompue pour la quatrième année consécutive. Nous n'en sommes pas au point où en est le secteur de la musique, mais il y a un vrai danger.
Apparemment, les ventes de Blu-ray seraient plutôt satisfaisantes.
Les premiers chiffres sont assez encourageants, oui. Les ventes ont été multipliées par quatre sur l'année 2008. C'est plus que ce qu'a connu le DVD dans ses premières années. De plus en plus de gens s'équipent en écrans haute définition, alors forcément, au bout d'un moment, ils ont envie d'avoir l'image qui suit. Le Blu-ray est une chance pour le secteur.
En revanche, le “ hors film ” est en baisse. A une époque, le marché de la vidéo était tiré par ce segment, c'est-à-dire essentiellement les séries télévisées. Or, depuis deux ans, ces dernières sont très téléchargées et les ventes de DVD baissent.
Vous voyez la vidéo et le cinéma s'acheminer vers ce que vit la musique ?
Je ne vais pas être manichéen et dire que la baisse du marché ne s'explique que par le piratage. C'est sûrement plus complexe. Mais il faut comprendre : nous sommes sur un secteur de biens culturels où 90 % des productions, les films, sont déficitaires. Ce sont les gros succès qui permettent de financer les autres productions. Or, on sait très bien que les téléchargements illégaux concernent surtout ces mêmes gros titres. Si ces films ne font plus les résultats espérés sur le marché de la vidéo, tout le mode de production est en danger.
Comme pour le DVD des
“ Bronzés 3 ”,
qui a moins marché que prévu. Ce scénario s'est-il répété ?
Dans notre secteur, il existe un indicateur que l'on appelle le taux de transformation. Par rapport au nombre d'entrées qu'a fait un film, c'est le pourcentage de gens qui vont ensuite, selon des estimations, acheter le DVD. On remarque que ce taux de transformation baisse d'année en année.
La révision de la chronologie des médias, un chantier que le
CNC a décidé de relancer
récemment, peut-elle limiter les dégâts ?
La chronologie des médias [les délais dans lesquels un film est disponible en DVD, puis sur Internet, puis à la télévision, NDLR] n'est plus adaptée, tout le monde le sait et il y a eu beaucoup de déclarations sur ce sujet. Il faut que cela se concrétise, avec une réduction des délais de disponibilité d'un film, autour de quatre mois, en DVD comme en vidéo à la demande [contre respectivement six et sept mois et demi actuellement, NDLR].
Une échéance a-t-elle été fixée ?
Il faudrait qu'au moment où la loi Création et Internet sera votée, il y ait des avancées. Quand la riposte graduée sera mise en place en France, il serait dommage que les professionnels n'aient rien à proposer en face aux consommateurs.
Placez-vous beaucoup d'espoir dans ce projet de loi ?
C'est une bonne loi. On sait très bien que la piraterie ne sera jamais réduite à zéro et on peut vivre avec un certain taux de piraterie. Mais tant qu'il y aura une telle déperdition de contenus à travers le téléchargement illégal, on ne pourra pas espérer que les modèles payants [numériques, NDLR] se développent.
(1) Le Syndicat de l'édition vidéo numérique
(SEVN)
regroupe les éditeurs et distributeurs d’œuvres audiovisuelles et cinématographiques éditées en DVD et sous forme dématérialisée.
Pour la quatrième année consécutive, indique le SEVN, le marché de la vidéo a baissé en 2008 : -7,5 % en terme de chiffre d'affaires et -5,5 % en terme de nombre de ventes. En quatre ans, le marché a perdu 600 millions d'euros.
Cette évolution est en partie adoucie par le succès des ventes de Blu-ray. Celles-ci représentent autour de 15 % de ventes totales de DVD. Sans ces supports haute définition (environ 1 000 titres sont déjà disponibles sur le marché français, selon le SEVN), la baisse du marché en valeur aurait été de plus de 10 % assure le syndicat.
Comme pour la musique, les ventes dématérialisées – vente et location en ligne – sont encore loin de pouvoir rétablir la balance. Elles représentent un peu moins de 4 % du marché, avec 50 millions d'euros générés en 2008, contre 30 millions en 2007.
















