L'Écureuil unifie son informatique

Lancé fin 2006, le projet de convergence des trois systèmes d'information de la Caisse d'Epargne est entré dans sa seconde phase. Un chantier gigantesque avec, à la clé, des capacités de développement accrues.
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Les faits

Au mois de novembre, l'Ecureuil a réalisé la migration du système d'information de la Caisse d'Epargne d'Ile-de-France. Cette migration est une étape primordiale du projet Performance SI mené par le Centre national des Caisses d'Epargne, qui devrait aboutir en 2010.

L'analyse

En ce moment, on parle beaucoup de la Caisse d'Epargne à propos de la généralisation du Livret A dans la plupart des banques ou du projet de rapprochement avec le groupe Banque Populaire. Il existe pourtant un autre sujet qui occupe la direction de l'Ecureuil. Un projet informatique colossal par son ampleur, pharaonique même, qui a pu mobiliser jusqu'à 1 000 personnes simultanément, et dont on estime qu'il demandera au final 400 000 jours/homme de travail. Entamé il y a un peu moins de trois ans, ce projet, appelé Performance SI, devrait s'achever en 2010. Son objectif : faire converger vers un système d'information unique toute l'informatique de la Caisse d'Epargne, gérée depuis 2000 par trois groupements d'intérêt économique (GIE) ayant chacun ses outils et son autonomie.

Pourquoi lancer un tel chantier ? Parce que l'informatique suit ainsi le mouvement de rapprochement des caisses régionales, à l'instar de la fusion des Caisses d'Epargne d'Aquitaine et de Charentes-Poitou par exemple. “ Le phénomène accélérateur de ce projet, c'est la réduction de 32 caisses régionales à 17 ”, juge Guy Cotret, membre du directoire de la Caisse nationale des Caisses d'Epargne (CNCE). Autre avantage à s'appuyer sur un système d'information unique et national : donner aux clients la possibilité de réaliser des opérations sur leurs comptes depuis n'importe quelle agence de la Caisse d'Epargne.

Evidemment, l'Ecureuil compte réaliser des économies avec ce projet, notamment avec la mutualisation des infrastructures informatiques, en ne maintenant et en ne faisant évoluer qu'un seul système. Ou encore en ayant moins recours à la sous-traitance, grâce à “ une capacité de développement multipliée par trois, ce qui permettra d'accélérer la mise à disposition de nouveaux produits bancaires ”, comme l'explique Jean Decker, le responsable de l'informatique pour le groupe. Le directoire table sur une baisse des coûts de 115 millions d'euros par an, une fois que le système sera en place, ce qui représente près de 18 % du budget informatique actuel. Ceci alors que le coût du projet est estimé à plus de 200 millions d'euros. Autre bénéfice escompté : la simplification du système de reporting. “ Nous avions des systèmes de réplication permettant de consolider l'information au niveau national pour faire de l'analyse et du reporting. A l'avenir, le reporting global pourra se faire directement sur les bases de production ”, explique Jean Decker.

Une stratégie qui dissocie la MOA et la MOE

Une fois cette stratégie tracée, il a fallu la mettre en œuvre. En identifiant notamment le système cible. Le choix d'un progiciel bancaire a été écarté rapidement, bien que certaines filiales de l'Ecureuil s'en servent, telle la Banque Palatine qui exploite Sab. Plutôt que de tout redévelopper, les cadres de la banque ont choisi de s'appuyer sur l'une des solutions informatiques existantes – Siris, Arpège et RSI – chacune représentée par sa communauté. “ Il s'agissait de choisir le système d'information le plus abouti, le plus performant ”, explique Jean Decker. Ses équipes ont donc établi des grilles de choix afin de préparer cet arbitrage. Le responsable de l'informatique a eu l'idée de faire venir les directeurs d'agence dans des établissements utilisant un autre système que le leur, afin qu'ils en appréhendent les différences.

C'est finalement la communauté Siris qui est choisie, même si près de la moitié des caisses régionales est équipée d'Arpège. La plus grosse d'entre elles, celle d'Ile-de-France, est même à cheval sur les communautés RSI (pour la zone parisienne) et Arpège (pour l'ouest et le nord de l'Ile-de France). Renommé Mysys, Siris devient donc la plate-forme unique, tout en étant gérée par une double structure : le pôle GCE Technologies, fort de 2 000 salariés, pour la maîtrise d'œuvre et le GCE Business Services, dont les 150 salariés chapeautent la maîtrise d'ouvrage et les interactions avec les directions métier. Etant donné la quantité d'agences à basculer sur Mysys, 3 000 environ, il a été décidé de procéder à quatre vagues de migration successives. La direction estimant qu'il serait difficile d'accompagner la migration de plus de 1 000 caisses à la fois.

Une migration en plusieurs vagues

Les propos tenus il y a un an par Jalil Berrada, alors DSI de HSBC France et qui avait mené une migration de plus faible ampleur (400 agences) sur un nouveau système d'information, donnent raison à cette stratégie : “ Nous avons atteint les limites du mode big bang. Au-delà d'un certain volume, ce n'est plus gérable. Il faudrait adopter une démarche plus modulaire ou plus progressive ”. D'autant que dans le cas de la Caisse d'Epargne, les migrations s'accompagnent de fusions de caisses régionales. Avec des scenarii différents selon que les caisses utilisent des systèmes d'information identiques ou non. Le cas de l'Ile-de-France est pour cela emblématique, puisqu'aucune des trois caisses fusionnées n'utilisait le système Siris. Avec cette migration, la CNCE estime l'avancée du projet Performance SI à 60 %. Si les délais continuent à être tenus, il sera terminé en 2010.

Une solidarité à plusieurs niveaux

Elément primordial, la formation. Elle concerne 27 000 salariés, chacun devant recevoir trois à cinq jours de formation. Les agences migrées reçoivent l'aide de “ sachants ”, des salariés qui connaissent déjà l'outil parce qu'issus de la communauté Siris. Ainsi, après chaque bascule, les petites agences ont accueilli pendant deux ou trois jours un de ces sachants, deux pour les agences plus étoffées.

Cette solidarité s'est également fait sentir sur la répartition des coûts du projet entre les caisses régionales. Car si le plan Performance SI concerne tout le groupe, les caisses régionales ne sont pas toutes impactées de la même manière. La communauté issue de Siris ne migre pas, l'investissement est évidemment moindre. Néanmoins, il a été décidé de mutualiser les frais pour ne léser personne. “ Nous avons choisi de réunir toutes les dépenses avant d'y appliquer une clé de répartition pour le groupe. Nous reviendrons sur ce sujet en 2010 pour établir une refacturation au coût d'activité ”, précise Jean Decker.

Une fois que l'ensemble des caisses utilisera Mysys, une nouvelle hétérogénéité dans le groupe risque d'apparaître… au cas où les velléités de rapprochement avec la Banque Populaire se concrétisent. Si à ce stade il est trop tôt pour tenter d'avoir une vue précise sur le sujet, les cadres de l'Ecureuil livrent quelques pistes de réflexion. Les systèmes cœurs des banques devraient rester différents au sein de l'hypothétique groupe. Mais un tel mastodonte bancaire tirerait profit d'une certaine mutualisation. Ainsi, comme l'explique Jean Decker, “ il serait intéressant de choisir les mêmes systèmes pour des processus externes, comme l'EDI. Ou de monter des usines logicielles en commun. De même, il faudra que nos systèmes de contrôle des risques ainsi que nos outils de reporting puissent échanger ”.

Mysys s'appuie sur deux sites distants. La bascule est censée se faire en moins d'un quart d'heure. Un troisième site, de plan de reprise d'activité, complète ce dispositif pour un redémarrage en moins d'une demi-journée.

Maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'œuvre ont été confiées à deux unités distinctes. Côté MOA, le GCE Business Services gère les relations avec les Caisses d'Epargne, telles que les niveaux de service et les taux de disponibilité des applications bancaires.

Une durée de projet réduite de deux ans

2000 : passage à trois communautés pour gérer l'informatique des Caisses d'Epargne (contre 15 auparavant).
2006 : décision de migrer vers un système d'information unique d'ici 2012. C'est le projet Performance SI. La date butoir sera ramenée à 2010, pour éviter l'essoufflement.
Juin 2008 : opération de fusion des Caisses d'Epargne Lorraine et Champagne-Ardenne, accompagnée d'une migration vers le système cible.
Octobre 2008 : fusion et migration des Caisses d'Epargne Aquitaine et Poitou-Charentes.
Novembre 2008 : migration de la Caisse d'Epargne Ile-de-France.
Mai/Juin 2009 : migration et fusion planifiée des Caisses Bretagne et Pays-de-Loire, puis migration de la Caisse Normandie.
Premier semestre 2010 : fin des migrations (Rhône-Alpes ; Drôme-Ardèche ; Provence-Alpes-Corse ; Languedoc-Roussillon ; Côte d'Azur ; Alsace).
2010 : fin théorique du projet Performance SI.

Le projet Performance SI en chiffres

27 000 utilisateurs à former entre 2008 et 2010.
400 000 jours/homme pour le projet.
Jusqu'à 1 000 personnes mobilisées simultanément.
115 M d'euros par an d'économies espérées sur un budget d'environ 650 M d'euros.
25 000 mips (millions d'instructions par seconde) de capacité de traitement informatique.
2 100 informaticiens.

Les fusions en série pèsent sur l'emploi

Depuis le 1er novembre, les 15 centres informatiques issus des trois GIE (Arpège, Siris, RSI) ont été regroupés au sein de GCE Technologies. Il reste à harmoniser les statuts.

Les centres ont été classés en vert et en orange, ces derniers n'ayant pas vocation à être développés. L'inter-syndicale craint leur fermeture. Les sites de Nancy, Orléans, Toulon ou Rouen sont particulièrement fragilisés.

Avec un effectif actuel de 2 000 informaticiens en interne, la question se pose. Le recours à la prestation a déjà été drastiquement diminué (il ne resterait que 400 prestataires). Les départs à la retraite non remplacés (300 d'ici 2012) pourraient ne pas suffire.

La question de la fusion informatique avec la Banque Populaire va se poser. Celle-ci emploierait 700 informaticiens sur sept centres. Une direction informatique commune entre les deux établissements bancaires

Ce qu'ils en pensent

Un ancien cadre bancaire - Michel Raquin (Club des pilotes de processus) : “ se poser la question des processus ”

“ Les réseaux mutualistes qui veulent offrir des produits homogènes à l'échelle nationale doivent passer par un regroupement des systèmes d'information, d'autant que la clientèle est très mobile. Cela leur permet aussi de traiter davantage d'opérations avec les mêmes moyens. Cette harmonisation implique de se poser la question des processus, qu'il faut repenser et réadapter. C'est quelque chose d'assez sensible, d'où l'importance d'une communication en amont franche et réaliste. Lors de ma participation à de tels projets de rapprochement de systèmes d'information bancaires, nous avions commencé par recenser nos processus, en choisissant de les listant par produit bancaire. L'étape suivante, la cartographie réelle des processus, implique des cheminements beaucoup plus longs. D'autant qu'il faut maintenir dans le temps cette connaissance des processus. ”

Un directeur de banque concurrente - Ronan Le Moal (groupe Crédit Mutuel Arkea) : “ maîtriser son système d'information est le nerf de la guerre ”

“ Le groupe Arkea [qui regroupe les fédérations du Crédit Mutuel de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif central-NDLR) possède sa propre informatique, qui diffère de celle des autres fédérations du Crédit Mutuel. Il n'existe pas de projets concernant un système d'information unique pour l'ensemble des fédérations, car les stratégies sont différentes. Le fait de contrôler notre informatique nous permet de travailler avec des tiers B to B, courtiers par exemple, pour leur proposer certains de nos produits, tels que l'assurance vie. Maîtriser son système d'information est donc le nerf de la guerre. Sur le plan économique, les tests que nous réalisons nous font penser que nos coûts sont raisonnables, l'informatique représentant 8 à 9 % de notre produit net bancaire ”

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