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Il m'arrive souvent de rencontrer quelqu'un, particulier ou représentant d'une entreprise, qui m'explique que les concepteurs de tel ou tel projet de logiciel libre doivent faire ceci (ajouter une fonctionnalité) ou cela (corriger telle limitation). Ma réponse est invariablement : “ Qu'avez-vous fait pour que cela arrive ? Avez-vous proposé votre aide ? ” Neuf fois sur dix, la réponse est négative et embarrassée, comme si ma question était déplacée ou incompréhensible.
Pourtant, le logiciel libre n'existe que par ceux qui le font. Certes, une fois qu'il a été développé, il peut être distribué librement – ou, pour reprendre l'expression de François Elie, président de l'Adullact, “ le logiciel libre est gratuit une fois qu'il a été payé ”.
Mais le logiciel – qu'il soit libre ou propriétaire – a ceci de spécifique qu'il n'est jamais terminé. Une fois développé, il doit être maintenu à niveau. Autrement dit, il faut continuer à le développer, pour résoudre des bugs, lui ajouter des fonctionnalités, l'optimiser ou l'adapter à un environnement sans cesse changeant. Un projet de logiciel libre, sauf exception, a toujours besoin d'attention.
Mais qui va fournir le travail nécessaire ? Dans le cadre d'un logiciel propriétaire, les choses sont claires : on a payé, on est “ en droit ” d'attendre des améliorations. Dans les faits, c'est plus compliqué, et quiconque a lu un contrat de licence sait que le seul droit qu'il a, c'est d'utiliser le logiciel en l'état. Si l'on a signé un contrat de maintenance, on peut en revanche disposer des mises à jour du logiciel.
Dans le cadre du logiciel libre, on a téléchargé – souvent gratuitement – un logiciel, le seul contrat existant est la licence (libre) de celui-ci, et les mises à jour sont fournies la plupart du temps gratuitement. Mais qui produit ces mises à jour ? La communauté des utilisateurs. Il y a des exceptions, par exemple quand c'est un éditeur qui fait le travail moyennant rémunération.
Donc, concrètement, si l'on trouve un défaut dans un logiciel libre, il faut participer à sa résolution. Bien sûr, rares sont les utilisateurs qui sont aussi développeurs, mais produire du code n'est pas la seule façon de participer, loin de là ! Quelques suggestions de participation :
– signaler le bug dans l'outil mis à disposition par la communauté ;
– tester les correctifs proposés par d'autres avant leur inclusion ;
– tester les versions alpha et bêta des logiciels pour renvoyer du feed-back aux développeurs ;
– payer une entreprise tierce (SSLL) pour faire le travail mentionné ci-dessus ;
– soutenir financièrement des associations du libre (Aful,
April) ou des forges logicielles ;
– communiquer vers l'extérieur sur l'usage des logiciels libres dans votre organisation : donner de la visibilité au projet, c'est lui donner plus d'utilisateurs, donc plus de contributeurs, ce qui étale la charge de travail sur une base plus large…
Evidemment, pour des organisations qui ont été habituées au modèle payant fournisseur-client, ces pratiques ne sont pas intuitives ; elles sont pourtant indispensables pour que perdure le modèle du logiciel libre. Le gros intérêt de l'open source, c'est de ne plus dépendre d'un éditeur propriétaire tout-puissant, prompt à facturer et lent à corriger des bugs. Mais le passage vers le logiciel libre a un coût – certes modeste –, qu'il est nécessaire d'intégrer pour la pérennité du modèle.
Alors, justement, si votre entreprise utilise le logiciel libre, comment participe-t-elle ? Comment pourrait-elle participer à l'avenir ? Qu'allez-vous faire vous-même pour que cette participation devienne réalité ?

Tristan Nitot est une personnalité emblématique du monde de l'open source. Il est le fondateur et l'actuel président de Mozilla Europe, connu pour son navigateur Web, Firefox. Il est également l'un des initiateurs du projet de documentation libre Openweb.eu.org, qui vise à promouvoir les standards du Web et son accessibilité afin de le rendre utilisable par tous.
Tristan Nitot, qui a mené une partie de sa carrière chez Netscape, anime également un blog depuis 2002 sur Standblog.org.
















