Les grands comptes hésitent à se marier avec leur infogéreur
Peu d'entreprises françaises créent une société commune d'infogérance avec leur prestataire informatique. Ce qui s'explique par une volonté d'indépendance et des inquiétudes sociales.
01net.
le 12/02/09 à 00h00
Les faits
Créée en avril 2004, BNP Paribas Partners for Innovation (BP2I) est une société conjointe détenue à parts égales entre IBM et BNP Paribas. Elle vient de remporter un contrat de 318 millions d'euros sur six ans pour prendre en charge le SI de la Banca Nazionale del Lavoro, une filiale italienne de la banque.
L'analyse
' Ces joint-ventures sont souvent réalisés à la demande de la société cliente ', souligne Franck Nassah, analyste d'IDC. D'après IBM, la création d'une société conjointe d'infogérance est le signe d'une évolution globale du marché. ' Les sociétés ont besoin d'un acteur de l'infogérance qui apporte son expérience de la transformation IT, tout en conservant leur identité ', estime Nicolas Sekkaki, directeur général d'IBM Global Technologies Services en France. Big Blue réserve cette approche aux chantiers les plus ambitieux. ' Les contrats signés avec des clients importants portent sur des montants souvent supérieurs à 100 millions d'euros. Les travaux à mener concernent de profondes transformations ou des montées en charge importantes du SI ', poursuit Nicolas Sekkaki. Rares sont, d'ailleurs, les entreprises à avoir suivi cette voie. C'est le cas de l'armateur marseillais CMA-CGM qui s'est engagé avec IBM. Dans le Sud-Ouest de la France, le laboratoire de pharmacie Pierre Fabre a choisi comme maître d'?"uvre, en premier, Cap Gemini, puis Devoteam.
Au Royaume-Uni, en revanche, les partenariats entre SSII et entreprises, notamment du secteur public, sont plus courants. Citons la co-entreprise constituée par Bull et le Barnsley Metropolitan Borough Council et qui a la charge d'un contrat d'infogérance de 110 millions d'euros, pour une durée de 10 ans. Le ministère de la Santé britannique s'est engagé auprès de Steria, au sein de la société JVNHS Shared Business Services.
Des résistances sociales et culturelles
En France, certains projets n'ont pas abouti par crainte des conséquences auprès des salariés de l'entreprise. Ces problématiques sont communes aux projets d'infogérance en général. Ainsi, les dirigeants de la Caisse d'Epargne ont mené une importante réflexion afin de consolider trois systèmes d'information en un seul, à l'aide d'une société conjointe. Or le syndicat Sud de la banque a évoqué des craintes concernant les changements de statuts, la perte de l'ancienneté et d'éventuelles délocalisations. L'idée est restée lettre morte. Autre cause, mêmes effets, Bouygues Construction implémente dans le cadre du projet Edifice le PGI de SAP à l'échelle mondiale. IBM a bien proposé la constitution d'une co-entreprise. Proposition rejetée, mais cette fois-ci, par souci d'indépendance.
L'exemple de CMA CGM Systems
Structure : actionnariat à parts égales entre IBM et CMA-CGM, troisième armateur mondial.
Création : début 2007.
Chiffre d'affaires : environ 700 M d'euros sur 10 ans (estimation faite en 2006).
Effectif : entre 350 et 400 collaborateurs, avec une antenne à Dubaï où travaillent 160 salariés.
Gouvernance : répartition des rôles entre les deux actionnaires. Le directeur général est issu d'IBM, le président de CMA-CGM.
Règle de fonctionnement : IBM est un fournisseur non exclusif.
2 questions à... : Franck Nassah, analyste au sein du cabinet IDC France
Quel est l'intérêt de fonder une co-entreprise avec une SSII ?
' Plutôt que d'être client d'une SSII dans une relation d'infogérance, certaines sociétés préfèrent créer un joint-venture dans le but de conserver une partie du savoir-faire en interne. En réalité, je pense que la société n'a ni plus ni moins de maîtrise. '
Quels bénéfices peut-elle en escompter alors ?
' On peut imaginer que le prestataire s'implique plus que dans le cadre d'un contrat d'infogérance classique, car il est actionnaire. Le client gagne également du temps, car la rédaction d'un contrat dinfogérance est inutile. Enfin, la société conjointe est un partenaire unique, plus simple à gérer que cinq ou six prestataires externalisés. '