











“ Soixante-dix pour cent des applications de l'entreprise ne fonctionnent pas en mode Saas ”
Yann Serra, grand reporter à 01 informatique
La mode est aux tables rondes mondaines sur le cloud computing. Invariablement, les fournisseurs, intégrateurs, analystes et autres journalistes, pour l'occasion poliment tolérés, y débattent de la bonne manière d'évangéliser une bonne fois pour toutes le cloud computing auprès de ces satanées entreprises, manifestement réticentes au fait d'aller stocker leurs informations ailleurs que chez elles. C'est en tout cas ce qu'en déduisent ces experts, abattus de reconditionner sans cesse leur lucratif modèle locatif en ASP, grid, on demand, Saas et maintenant cloud, sans jamais parvenir à extirper des systèmes d'information privés autre chose qu'une poignée d'applications de saisie. Tout y passe : les entreprises sont taxées de conservatisme, d'immobilisme, de manque d'envergure. Pour les séduire plus encore, on dresse de larges vulgarisations en rapport avec l'évolution de Darwin, on rend encore plus incompréhensible l'argumentaire sur la sécurité et la fiabilité des applications hébergées, on promet de bien finir par trouver le moyen de restreindre la circulation des données à quelques zones géographiques, c'est-à-dire pas chez le concurrent. Que d'énergie dépensée ! Paradoxalement, quand on lui pose la question, l'entreprise n'a absolument rien contre le fait de mettre tout son patrimoine de données et de logiciels en ligne. Pour elle, c'est même autant souhaitable que d'aller déposer son argent à la banque, plutôt que de le conserver à domicile, c'est-à-dire dans un environnement à la sécurité forcément très relative. Mieux, cela fait vingt-cinq ans qu'elle n'attend que cela ! Souvenez-vous, à l'époque on espérait déjà beaucoup des banques de données. Non, le vrai problème, c'est Forrester Research qui met le doigt dessus : dans une étude récente, il apparaît que 70 % des applications de l'entreprise ne fonctionnent tout simplement pas en mode Saas. Au hasard, l'utilitaire d'appoint programmé en Windev, ou Photoshop, dont on se sert pour retoucher le logo d'en-tête des courriers. La balle est dans le camp des fournisseurs. Mais comment parvenir à les en convaincre tant qu'ils auront la tête dans leur nuage ?
y.serra@01informatique.fr
