











Près de 22 millions d'internautes français se sont connectés sur un réseau social en décembre dernier. Pourtant, selon l'étude menée au niveau européen par Forrester Research, seuls 5 % des cadres exploitent ces réseaux d'un point de vue professionnel pour collaborer.
La mondialisation de l'économie a eu un impact direct sur le travail des cadres européens. Ainsi, 81 % d'entre eux déclarent devoir collaborer avec des personnes hors de leur zone géographique. Mais si les besoins sont là, les moyens restent encore très traditionnels. Interrogés sur l'intérêt des outils web 2.0, nos cols blancs bottent en touche : seuls 5 % d'entre eux exploitent les réseaux sociaux, 2 % utilisent les blogs. Des chiffres très faibles et en parfait contraste avec les dernières études menées auprès des internautes français : près de 22 millions d'entre eux sont allés sur un réseau social en décembre 2008, soit une progression de 45 % en un an.
Jean-François Ruiz, cofondateur de PowerOn et figure du web 2.0, explique cette dichotomie : “ De plus en plus d'entreprises se penchent sur les solutions leur permettant de s'informer, de communiquer, de travailler de manière collaborative, de passer de schémas d'organisation très verticaux à des modes de fonctionnement agile en réseau. ”
Toujours selon Jean-François Ruiz, toutefois, “ ces outils et méthodes de collaboration sont encore pour le moment l'apanage des “ knowledge workers ” indépendants – graphistes, développeurs, entrepreneurs… L'appropriation de ces usages agiles transforme les collaborations entre personnes comme, par extension, avec les entreprises. Cela prend simplement plus de temps quand il s'agit d'un usage professionnel. ”
L'étude de Forrester pointe aussi le faible nombre de cadres qui considèrent ces technologies comme efficaces dans leur travail. Un taux bien plus faible que ceux des conférences vidéo ou web, du chat ou du travail en groupe. “ Je crois que même les analystes de Forrester Research ont été un peu surpris par ces résultats, explique Frédéric Massy, directeur marketing Europe d'Adobe, mais c'est ce qu'on observe en entreprise. Les gens collaborent massivement au moyen du téléphone et du courriel, avec un peu de messagerie instantanée et de conférences web. ” Une situation dont profite l'éditeur, qui a vendu plus de 38 millions de licences Acrobat. Car le PDF reste, pour 53 % des répondants de l'étude, le principal moyen de sécuriser l'information diffusée hors de l'entreprise. Mais Adobe peine à convaincre les entreprises de sécuriser cette diffusion massive de PDF avec une couche de gestion de droit et des véritables workflows tels qu'il le propose avec Livecycle.
Autre éditeur impliqué sur ce marché, Xwiki. Ludovic Dubost, son fondateur, se veut optimiste : “ Nous sommes dans une phase de prise de conscience. Les entreprises du secteur high-tech telles que Google ou Sun ont adopté le wiki dans leur mode de fonctionnement. C'est devenu primordial dans leurs processus de travail. ” Ce militant du wiki souligne l'écart entre les jeunes générations, adeptes de ces outils web 2.0, et celles qui monopolisent le haut des organigrammes des entreprises. Il pointe aussi le rôle de Microsoft : “ C'est un véritable point de blocage. En cherchant à préserver sa suite Office, Microsoft dissimule son offre de wiki dans Sharepoint. Car avec un wiki, une offre de bureautique en ligne suffit pour collaborer. ” Cédric Tremintin, directeur du pôle Collaborative World chez Umanis, relativise le rôle des éditeurs : “ Ce sont eux qui font le marché et les solutions d'IBM, Oracle et Microsoft intègrent de plus en plus de fonctions web 2.0, dont la notion de réseau social. Mais, dans ce type de projet, le gros effort porte sur l'accompagnement des utilisateurs. Bien plus que sur la technique elle-même. ”
Les directions ont un rôle clé dans la réussite de tels projets. Le risque de voir les salariés rejeter l'outil est d'autant plus grand que la plate-forme remet en cause un mode de fonctionnement établi. “ Ainsi, dans le cas du réseau social, plutôt que d'annoncer une stratégie au niveau groupe, le mieux est de mettre l'accent service par service sur les apports du réseau social, sur les rapports qui vont pouvoir se tisser entre personnes de compétences égales mais éloignées géographiquement ou entre personnes de compétences complémentaires. ”
“ Les technologies web 2.0 sont encore peu implantées dans les entreprises européennes. ”
“ Pourtant, des solutions adaptées à l'entreprise sont disponibles et peu complexes à mettre en œuvre. Les Européens pratiquent déjà le web 2.0 à un niveau personnel et de nombreux sites internet disposent de nouvelles fonctions sociales. Du coup, les utilisateurs pressentent très bien le potentiel de ces technologies pour des usages professionnels. ”
“ Les usages se heurtent à des obstacles d'organisation. ”
“ Ces technologies privilégient les échanges entre égaux. Dans les entreprises, organisations hiérarchisées, on hésite d'avantage à exposer des contenus émanant de ses collègues et de ses responsables en temps réel. La conduite du changement est primordiale. Il faut se poser les questions liées aux usages le plus en amont possible. ”
