











“ Recrutement sous caution, semaine de 45 heures, postes en suspens, les ingénieurs indiens paient la crise ”
Xavier Biseul, grand reporter à 01 Informatique
On connaissait le dédit formation. Par cette clause à son contrat de travail, le salarié s'engage, en contrepartie de la formation dispensée, à rester au service de son employeur pendant une durée minimale ou, à défaut, à lui verser un dédommagement sonnant et trébuchant. Les SSII indiennes vont beaucoup plus loin dans le concept, nous apprend la presse locale reprise par 01net. Pour ficeler leurs jeunes diplômés, les Tata Consultancy Services (TCS), Infosys et autre Satyam exigent de leurs recrues une caution de 800 à 3 000 euros. Soit, pour la fourchette haute, le salaire annuel d'un développeur junior. Non seulement le jeune ingénieur s'endette pour amasser la somme, mais il la perd s'il démissionne avant le terme fixé contractuellement. On image le calvaire enduré par les derniers entrants de Satyam, attachés à leur clavier quel que soit le sort réservé à leur entreprise. Les petites mains de l'industrie IT indienne font les frais de la crise en dépit d'une croissance qui atteindra cette année encore les 16 à 17 % selon la Nasscom, le Syntec indien. Plus fort que Mark Hurd de HP, le PDG de TCS prévoit de revoir à la baisse la part variable des salaires après une première coupe de 1,5 % en février. Il en a profité pour décréter qu'à partir du 1er avril la semaine de travail passerait à 45 heures contre 40 actuellement. Infosys, lui, a placé 2 200 collaborateurs jugés peu performants “ sous surveillance ”. Soit dans l'antichambre du licenciement. Ces mesures drastiques, que l'on espère provisoires, se surajoutent aux conditions de travail déjà éprouvantes dans les usines à développement. Le stress, les horaires à rallonge, l'absence de vie privée, conduisent à des cas de détresse. Bangalore n'est pas sans raison la capitale indienne du suicide. Le miracle indien a aussi son revers. On est loin des cartes postales que nous vendent les SSII indiennes où, entre campus universitaire et village de vacances, des jeunes gens, garçons et filles à parité, traversent des pelouses d'un vert parfait. Des campus équipés de salles de sport, de piscines et autres cantines à prix modique qui n'auraient pas à rougir de la comparaison avec leurs homologues américains.
x.biseul@01informatique.fr
