Eric Raymond : « A-t-on encore besoin de la licence GPL ? »
Il y a quelques jours, Eric Raymond, l'un des principaux théoriciens de l'open source, jetait un pavé dans la mare en remettant en cause la légitimité de la licence GPL.
Il y a quelques jours, Eric Raymond, l'un des principaux théoriciens de l'open source, jetait un pavé dans la mare en remettant en cause la légitimité de la licence GPL. Avant de voir pourquoi ce pavé, comme tout pavé, fait des vagues quand il arrive dans la mare, il faut bien comprendre ce qu'est la licence GPL.
La GPL (ou GNU General Public License) est la licence libre la plus utilisée au monde. Comme toute licence logicielle, elle précise les droits des utilisateurs pour un logiciel. En substance, la GPL définit pour l'utilisateurs quatre libertés et une obligation. Ces quatre libertés sont : droit d'exécuter le logiciel, quel qu'en soit l'usage, droit d'étudier le code source, droit de redistribution du logiciel, droit de modifier le logiciel (il faut pour cela disposer du code source) et d'en distribuer ces versions modifiées.
L'obligation qui dérive de ces quatre libertés tient au fait que les modifications apportées sont nécessairement sous licence GPL. Cette obligation fait que la licence GPL est parfois qualifiée de «virale», car elle s'étend aux ajouts apportés au code. Cette «viralité» a une grande importance, dans la mesure où elle oblige les gens qui modifient un logiciel libre à rendre leurs modifications libres. En substance, on bénéficie de briques logicielles fournies par la communauté, mais ce qu'on bâtit avec doit aussi être reversé à la communauté. C'est le principe du logiciel libre, dont Richard Stallman est le porte-drapeau.
La GPL (ou GNU General Public License) est la licence libre la plus utilisée au monde. Comme toute licence logicielle, elle précise les droits des utilisateurs pour un logiciel. En substance, la GPL définit pour l'utilisateurs quatre libertés et une obligation. Ces quatre libertés sont : droit d'exécuter le logiciel, quel qu'en soit l'usage, droit d'étudier le code source, droit de redistribution du logiciel, droit de modifier le logiciel (il faut pour cela disposer du code source) et d'en distribuer ces versions modifiées.
L'obligation qui dérive de ces quatre libertés tient au fait que les modifications apportées sont nécessairement sous licence GPL. Cette obligation fait que la licence GPL est parfois qualifiée de «virale», car elle s'étend aux ajouts apportés au code. Cette «viralité» a une grande importance, dans la mesure où elle oblige les gens qui modifient un logiciel libre à rendre leurs modifications libres. En substance, on bénéficie de briques logicielles fournies par la communauté, mais ce qu'on bâtit avec doit aussi être reversé à la communauté. C'est le principe du logiciel libre, dont Richard Stallman est le porte-drapeau.
Open source et logiciels libres
Il arrive souvent qu'on utilise indifféremment les termes open source et logiciels libres, mais c'est faire fi d'une différence importante.
L'open source, dont Eric Raymond est l'un des piliers, considère que la viralité de la GPL n'a pas d'intérêt, et qu'elle a même tendance à rebuter les entreprises, qui redoutent de voir leur travail devenir librement diffusé parce qu'elles l'ont bâti sur du logiciel sous licence GPL. Le mouvement open source considère qu'il n'est pas nécessaire d'avoir recours à la viralité de la GPL pour qu'il s'impose. En effet, il est d'après eux intrinsèquement meilleur. C'est pourquoi Eric Raymond recommande d'utiliser des licences qui ne sont pas virales (comme les licences MIT/X11, BSD et Apache). Les logiciels sous ces licences peuvent être modifiés et redistribués sans qu'on soit obligé d'offrir le code source aux utilisateurs. D'un côté, les entreprises sont peut-être plus rassurées, d'un autre elles ne sont pas obligées de reverser leurs contributions à la communauté.
Finalement, l'opposition entre open source et logiciel libre tient surtout à la vision qu'on a de la société. Avec une licence open source, on va avantager les éditeurs de logiciels qui vont disposer d'un code source réutilisable et revendable à leurs clients, sans «remettre au pot». A l'inverse, avec une licence libre de type GPL, c'est l'utilisateur qui est avantagé : il profite d'une totale liberté de ses logiciels et réduit sa dépendance vis à vis des fournisseurs. Alors, que faut-il choisir ? Tout dépend de qui on est et de quel projet l'on parle. Pour ma part, mon expérience tent à prouver que si on ne force pas les gens à rendre à la communauté par l'intermédiaire de la GPL, ils le font moins, et le système fonctionne moins bien.
Le projet Mozilla, pour sa part, est sous triple licence GPL / LGPL / MPL, ces deux dernières permettant la cohabitation de code libre avec une brique propriétaire, sans devoir rendre celle-ci libre pour autant. Vous êtes perdu dans toutes ces licences ? Sachez que Wikipedia offre un excellent tableau des licences libres et de leurs
attributs (qui est lui sous licence GFDL,ce qui permet de reprendre du contenu et de le modifier, en toute légalité !)
Alors, faut-il être du coté open source et éviter les licences virales, ou faut-il être du côté du libre et utiliser la GPL ?
C'est un débat sans fin, et je vous invite à mettre votre grain de sel dans les commentaires.
L'open source, dont Eric Raymond est l'un des piliers, considère que la viralité de la GPL n'a pas d'intérêt, et qu'elle a même tendance à rebuter les entreprises, qui redoutent de voir leur travail devenir librement diffusé parce qu'elles l'ont bâti sur du logiciel sous licence GPL. Le mouvement open source considère qu'il n'est pas nécessaire d'avoir recours à la viralité de la GPL pour qu'il s'impose. En effet, il est d'après eux intrinsèquement meilleur. C'est pourquoi Eric Raymond recommande d'utiliser des licences qui ne sont pas virales (comme les licences MIT/X11, BSD et Apache). Les logiciels sous ces licences peuvent être modifiés et redistribués sans qu'on soit obligé d'offrir le code source aux utilisateurs. D'un côté, les entreprises sont peut-être plus rassurées, d'un autre elles ne sont pas obligées de reverser leurs contributions à la communauté.
Finalement, l'opposition entre open source et logiciel libre tient surtout à la vision qu'on a de la société. Avec une licence open source, on va avantager les éditeurs de logiciels qui vont disposer d'un code source réutilisable et revendable à leurs clients, sans «remettre au pot». A l'inverse, avec une licence libre de type GPL, c'est l'utilisateur qui est avantagé : il profite d'une totale liberté de ses logiciels et réduit sa dépendance vis à vis des fournisseurs. Alors, que faut-il choisir ? Tout dépend de qui on est et de quel projet l'on parle. Pour ma part, mon expérience tent à prouver que si on ne force pas les gens à rendre à la communauté par l'intermédiaire de la GPL, ils le font moins, et le système fonctionne moins bien.
Le projet Mozilla, pour sa part, est sous triple licence GPL / LGPL / MPL, ces deux dernières permettant la cohabitation de code libre avec une brique propriétaire, sans devoir rendre celle-ci libre pour autant. Vous êtes perdu dans toutes ces licences ? Sachez que Wikipedia offre un excellent tableau des licences libres et de leurs
attributs (qui est lui sous licence GFDL,ce qui permet de reprendre du contenu et de le modifier, en toute légalité !)
Alors, faut-il être du coté open source et éviter les licences virales, ou faut-il être du côté du libre et utiliser la GPL ?
C'est un débat sans fin, et je vous invite à mettre votre grain de sel dans les commentaires.
Tristan Nitot
Tristan Nitot est une personnalité emblématique du monde de l'open source. Il est le fondateur et l'actuel président de Mozilla Europe, connu pour son navigateur Web Firefox. Il est également un des initiateurs du projet de documentation libre Openweb.eu.org, qui vise à promouvoir les standards du Web et son accessibilité afin de le rendre utilisable par tous.
Tristan Nitot, qui a mené une partie de sa carrière chez Netscape, tient également un blog depuis 2002 sur Standblog.org.

Avis sur «Eric Raymond : « A-t-on encore besoin de la licence GPL ? »»
Bien résumé, bien expliqué
de
AP41
, posté le 06 avril 2009 à 14h35
J'ai lu cet article tel qu'il a été repris dans les actualités Yahoo... et, à mesure que je lisais, sans savoir au départ par qui il avait été écrit, je me disais : "Tiens, un journaliste qui a bien potassé son sujet et qui explique *clairement* la différence philosophique entre les licences de type GPL et celles de type BSD"... et puis au pied de l'article, en lisant "par Tristan Nitot" j'ai rigolé en me disant "Ah, oui, forcément, voilà qui explique... que ce soit si bien expliqué." :)
Un choix à mettre en perspective
de
Sporniket
, posté le 07 avril 2009 à 10h17
Le choix entre la GPL ou une licence "Open Source" connote la priorité de celui qui a choisi :
- Veux-t-on protéger les libertés des utilisateurs avant celles des développeurs ==> on choisi la GPL
- Veux-t-on protéger les libertés des développeurs avant celles des utilisateurs ==> on choisi une licence "open source"
- Veux-t-on protéger les libertés des utilisateurs avant celles des développeurs ==> on choisi la GPL
- Veux-t-on protéger les libertés des développeurs avant celles des utilisateurs ==> on choisi une licence "open source"
Pourquoi utiliser la GPL
de
Anonymous7409
, posté le 07 avril 2009 à 11h31
Publier son code sous BSD, il faut être vraiment très altruiste ! ;-)
En publiant sous GPL on le "reverse" à la communautée, et les règles du jeu sont de faire profiter les autres de ses modifications si celle ci sont publiquement diffusés. Ce n'est pas du "sens unique".
En publiant sous GPL on le "reverse" à la communautée, et les règles du jeu sont de faire profiter les autres de ses modifications si celle ci sont publiquement diffusés. Ce n'est pas du "sens unique".
Comment le concept de 'liberté' à la base des logiciels libres peut imposer la manière de relâcher un logiciel ?
de
real34
, posté le 07 avril 2009 à 16h30
Bonjour,
Ce qui est surtout dit par Eric Raymond est que le marché rattrapera une entreprise essayant de commercialiser un fork propriétaire d'un logiciel open source car la communauté le dépassera.
En effet, une entreprise ayant 100 développeurs pourra certes bâtir une offre autour d'un composant "de niche" qui n'intéressera pas la communauté mais bien ses clients ... et ainsi le développer et le maintenir. Cependant, mieux vaut pour elle se focaliser sur son module propriétaire : sans se soucier des problèmes de licences sous-jacentes.
L'utilisateur n'est en aucun cas pénalisé, au contraire : sans cette fameuse entreprise, son module "de niche" n'aurait jamais été développé. Afin de ne pas payer de coût de licence, rien ne l'empêcherait de financer une entreprise pour développer ce module et le relâcher en open source ... c'est un second modèle économique.
Je reprendrai juste une phrase qui me plaît bien : "Comment le concept de 'liberté' à la base des logiciels libres peut imposer la manière de relâcher un logiciel ?"
Ce qui est surtout dit par Eric Raymond est que le marché rattrapera une entreprise essayant de commercialiser un fork propriétaire d'un logiciel open source car la communauté le dépassera.
En effet, une entreprise ayant 100 développeurs pourra certes bâtir une offre autour d'un composant "de niche" qui n'intéressera pas la communauté mais bien ses clients ... et ainsi le développer et le maintenir. Cependant, mieux vaut pour elle se focaliser sur son module propriétaire : sans se soucier des problèmes de licences sous-jacentes.
L'utilisateur n'est en aucun cas pénalisé, au contraire : sans cette fameuse entreprise, son module "de niche" n'aurait jamais été développé. Afin de ne pas payer de coût de licence, rien ne l'empêcherait de financer une entreprise pour développer ce module et le relâcher en open source ... c'est un second modèle économique.
Je reprendrai juste une phrase qui me plaît bien : "Comment le concept de 'liberté' à la base des logiciels libres peut imposer la manière de relâcher un logiciel ?"
Protéger la liberté de l'objet
de
Piotr69
, posté le 07 avril 2009 à 17h26
Simplement parce que la liberté de l'objet (code source ou oeuvre) licencié importe plus que la liberté de l'utilisateur pour les partisans de la GPL.
Et pour lutter contre la marchandisation du monde, c'est sans doute la meilleure méthode.
Et pour lutter contre la marchandisation du monde, c'est sans doute la meilleure méthode.
Free != Libre
de
Max103
, posté le 08 avril 2009 à 20h00
Parce que vous confondez "Libre" et "Gratuit". En anglais c'est le même mot, mais c'est beaucoup plus attirant pour les (pseudo) romantiques de l'informatique française...
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