Un côté visionnaire
par Phy., le 06/05/2009 14:44:18
Internet et le logiciel libre ont initié, semble-t-il, un changement bien plus profond que ce que nous en percevons jusqu'à maintenant.
Si la loi dite "Hadopi" est si passionnée, c'est parce qu'elle oppose deux principes qui apparaissent jusqu'ici irréconciliables :
"1 : tout travail mérite salaire"
"2 : le monde n'est pas une marchandise"
Internet nous a habitués au tout-gratuit, au travail de passionnés non mû par des considérations commerciales. Dans notre tête, nous sommes quasiment tous devenus des pirates, prêts à consommer gratuitement (en râlant contre la pub pour le principe, mais en sachant pertinemment qu'on ne s'en sortirait pas sans, en tous cas, pas en l'état actuel des choses).
Par ailleurs, le principe de laisser les clients décider du prix en pariant sur leur bonne foi n'a rien d'idiot. En fait, il est déjà largement appliqué, car les fabriquants et les marchands ne vendent pas à prix coûtant, ni même à un prix intégrant une "valeur ajoutée raisonnable" : ils cherchent désespérément le prix psychologique moyen que le consommateur est prêt à payer pour permettre une production en masse.
Il semble que l'initiative de Brandalley soit un petit pas supplémentaire, après ceux de divers artistes, vers un nouveau modèle économique que ni nous ni nos enfants ne connaîtrons, peut-être nos arrières-petits-enfants si tout va bien, un post-capitalisme intégrant une relation d'argent-affect.
De fait, depuis son invention, l'argent a toujours été présenté, techniquement, comme un outil dépassionné ("L'argent n'a pas d'odeur") et au quotidien, comme un fantasme exacerbé ("Combien ça coûte", "Qui veut gagner des millions"...)
La crise qui touche le capitalisme aujourd'hui est avant tout une crise morale, on pourrait même oser le jeu de mots : crise de foi. Le fait que "les patrons" considèrent leurs employés comme des pions bons à jeter lors des délocalisations l'atteste : même si ces "patrons" sont en privé des personnes humaines, au nom du système, ils s'interdisent toute forme de sentiment dans leur travail.
Or, une personne qui a travaillé pendant des années dans une entreprise n'a jamais travaillé que pour l'argent. Tout ce temps passé a développé un rapport complexe avec son entreprise, et tourner la page en cherchant un nouvel emploi est le plus souvent un déchirement parce qu'on ne peut pas faire autrement que s'investir dans son boulot, c'est profondément humain. Et nier cet aspect en s'arrêtant uniquement à des considérations pécuniaires, c'est continuer indéfiniment à aggraver la crise, même lorsque la croissance sera à nouveau au rendez-vous.
L'argent que nous connaissons est une monnaie fiduciaire : il repose uniquement sur la confiance. La crise, qui vient des "sub-primes", le démontre amplement : on a trop fait confiance, on s'est cassé la gueule, et on ne fait plus confiance. Les banques n'ont plus confiance dans leurs clients, et ça fait longtemps que les clients n'ont plus confiance en leur banquier. Ils font avec parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement, et ils cherchent par tous les moyens à éviter de se faire plumer.
Faire confiance au consommateur en pariant sur le fait qu'il sera plus humain qu'un système inhumain, ce n'est pas fou. A première vue, c'est même exactement le contraire. Longue vie à Brandalley, le libre, Internet, et sans rancune à Maxime Le Forestier, que j'apprécie particulièrement.
