Les offres satellite d'accès Internet à bas coût : Le Haut Débit abandonné pour des tarifs accessibles
par François Preu, le 16/05/2009 15:30:13
Seule solution de repli pour les zones désertiques ou extrêmement isolées dans les pays peu équipés en infrastructures de télécommunications terrestres, les solutions d'accès Haut Débit par satellite font à nouveau parler d'elles depuis quelques mois dans les zones rurales françaises. Les déceptions d'hier ont vite été oubliées et certains voudraient faire croire qu'un choc technologique serait à l'origine de la baisse sensible des couts d'accès.
Il est aujourd'hui important d'informer les utilisateurs et décideurs publics des véritables raisons de ces baisses de coût. En effet, la possibilité d'obtenir rapidement un accès Haut Débit poussent les foyers et entreprises des zones blanches à tester ce type de solution, malgré les tarifs d'accès élevés et avant même d'en avoir étudié précisément les caractéristiques. Certaines collectivités vont même jusqu'à subventionner le déploiement massif de telles solutions, sans attendre d'obtenir de véritables retours satisfaisants.
Après avoir reçu plusieurs dizaines de retours très négatifs à ce sujet, nous constatons que les déceptions d'utilisateurs, croyant avoir trouvé la bonne solution en souscrivant à ce type d'offres, sont à la hauteur des espoirs qu'elles ont suscité. Il est donc devenu urgent de préciser les caractéristiques réelles de ces offres afin que chacun prenne conscience qu'elles sont très différentes des offres basées sur les moyens d'accès Haut Débit classiques à l'Internet (xDSL, Wi-Fi, Wimax ou Wi2M).
La nature Haut Débit d'un accès Internet repose sur trois principales caractéristiques indispensables : les débits réels proposés, la permanence et nature illimitée de cet accès. Force est de constater que les accès satellitaires à bas coût, si ils permettent des débits en pointe encore acceptables mais trop rares, ne permettent ni de bénéficier d'une connexion permanente, ni d'une connexion illimitée. Hors, ce sont ces deux derniers facteurs qui conditionnent le développement des usages liés au Haut Débit.
Des offres physiquement limitées : le retour des connexions Internet non permanentes
Les offres d'accès Haut Débit par satellite à bas coût sont très limitées du fait même des technologies utilisées. Ainsi, ces offres satellitaires, utilisent la bande Ku (fréquences entre 12 et 18 Ghz) très perturbée par les grosses couvertures nuageuses, les fortes précipitations ou les orages. Certains opérateurs vont jusqu'à proposer ce service en bande Ka (fréquences de 26 à 40 Ghz) encore plus dépendante de la météo alors qu'il est pourtant connu que ces solutions en bande Ku ou Ka ne sont réellement pertinentes que pour les zones à très faibles précipitations (Sud-Europe, Maghreb, Afrique saharienne, ..etc..). Par conséquent, en France, sous nos latitudes tempérées, il est impossible d'utiliser de façon satisfaisante l'Internet et ses applications les jours de mauvais temps. Il ne faudra donc pas compter à ces moments utiliser de messageries instantanées, suivre les évolutions de la bourse en direct ou réserver un billet de train de dernière minute. La volonté de proposer des offres ultra-compétitives a donc poussé les opérateurs à utiliser des bandes de fréquences économiques au détriment de la permanence des accès. C'est un véritable retour en arrière.
Des offres économiquement limitées : le retour des restrictions de quantité de données échangées
Les connexions satellitaires sont aussi caractéristiques par des coûts élevés de transit. Afin de permettre des tarifs d'entrée de gamme, les Fournisseurs d'Accès Internet par satellite bi-directionnel n'ont pas d'autres choix que de mutualiser la bande passante avec un maximum de clients et de limiter les quantités de données transitées par un strict contrôle de la bande passante consommée de l'usager. Le taux de contention (ou ratio de contention : nombre d'usagers qui utilisent la même bande passante) est très élevé, et par conséquent les débits crêtes annoncés ne sont bien évidemment pas au rendez-vous, surtout en période d'affluence.
Ces offres sont donc restreintes en débit, pour leur rentabilité, la notion de FAP (Fair Acces Policy) ou FUP (Fair Use Policy), commercialement justifiée par « système de politique équitable de la bande passante pour un service optimum », contraint l'usager à utiliser le moins possible son accès qui coute cher à l'opérateur, pour laisser de la bande passante aux autres usagers.
En conséquence, un utilisateur qui veut utiliser sa connexion pleinement comme un simple usager ADSL devra payer très cher, autour de 99 €/mois pour 11 Go de trafic par mois. Pour une offre à un tarif classique de 29,90 €/mois l'usager aura des débits crêtes acceptables, un maximum de 1 ou 2 Go de données échangées pour le mois entier. Au dela de cette limite, la connexion devenant fortement bridée.
A l'heure du web 2.0 et des applications de plus en plus gourmandes en débit, ces restrictions sont anachroniques. Pire, elles enferment les utilisateurs dans certaines usages de l'Internet. En tant que Fournisseur d'Accès à Internet, il nous semblerait difficilement concevable d'expliquer à certains de nos abonnés, qui consomment jusqu'à 4 Go par jour, que leurs connexions devraient être bridées dès la première demi-journée d'utilisation.
Des coûts initiaux et récurrents importants
Pour ces offres satellitaires à moindre coût, les frais initiaux sont relativement importants. Il faut compter entre 400 € et 500 € pour acquérir le kit de connexion par satellite, construire une fixation bien dégagée au Sud, bien fixe et extrêmement solide, absolument verticale pour accueillir l'antenne parabolique peu esthétique et rajouter au moins 250 € si un spécialiste vous installe ce matériel difficile à pointer correctement.
La consommation électrique, qui viendra encore alourdir la facture récurrente de l'utilisateur, est au moins une dizaine de fois supérieure à celle d'un équipement WiFi et le rayonnement électromagnétique environ mille fois supérieur.
Le seul avantage de cette solution serait sa disponibilité partout sur le territoire, pour peu qu'il y ait une vision vers le ciel dégagée de tout arbre ou ligne électrique proches et non situé en fond de vallée.
Il nous est donc aujourd'hui impossible de qualifier les accès Internet satellitaires d'accès Haut Débit. Ces offres sont uniquement comparables aux offres rendues possibles par les réseaux GSM (GPRS, 2G, 3G, etc). Ces offres se justifient au maximum pour les quelques dizaines d'utilisateurs les plus isolés ou pour les plus pressés, en attente d'un véritable raccordement Haut Débit.
Les solutions satellites de qualité:
Il existe bien des solutions satellitaires de très bonne qualité, mais celles ci sont très chères (plusieurs milliers d'euros par mois) et réservées à des applications industrielles des télécommunications.
Ces offres de qualité utilisent souvent la Bande C (fréquences entre 3 et 7 Ghz), très peu atténuée par la couverture nuageuse et les mauvaises conditions météorologiques, avec des grandes antennes paraboliques et émetteurs (BUC) puissants, surtout pour la bande Ku.
Malgré les tarifs élevés et la qualité technique de ces offres professionnelles, la limite intrinsèque commune à toute solution satellitaire est la forte latence (650 ms) due à l'éloignement du satellite géostationnaire et au traitement du signal (DVB/RCS ou SCPC).
