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En direct de New Delhi, de Pékin et de San Francisco, nos chroniqueurs livrent chaque semaine leur regard amusé, admiratif ou critique sur la high-tech saveur locale.
L'Inde, vue depuis la Californie, voilà au moins un pays simple : tout le monde y parle anglais. Pour les dirigeants des grands sites Web mondiaux, rien de plus facile, donc, que d'aborder le marché indien. Pas besoin de s'embêter avec des traductions dans des langues bizarres et des alphabets auxquels personne ne comprend rien, comme en Chine ou dans plein d'autres pays émergents.
Sauf que... la réalité n'a pas grand rapport avec cette vision des choses. Certes, l'anglais est largement pratiqué ici, et notamment dans les milieux éduqués les plus enclins à utiliser Internet. De ce point de vue, les sites Web internationaux - c'est-à-dire américains - ont pu bénéficier d'une première approche facile du marché indien. Mais proposer Internet en anglais aux Indiens touche vite ses limites. Car la population qui maîtrise la langue coloniale, suffisamment pour être à l'aise à l'écrit, ne représente qu'une infime fraction de 1,1 milliard d'Indiens. Si bien que le monde Internet est désormais confronté à un incroyable casse-tête : comment s'adresser à une population qui pratique tellement de langues que personne n'en connaît le nombre exact ?
L'Inde comprend pas moins de... 22 langues officielles figurant en tant que telles dans la Constitution, la plupart avec des alphabets différents. A cela s'ajoutent des centaines de langues locales. Bref, se limiter à l'anglais reviendrait à se couper de plus de 95 % de la population indienne. Du coup, les grands sites Web multiplient les initiatives. Facebook vient d'ouvrir des services en hindi, en penjâbi, en bengali, en telugu, en tamil et en malayalam. Pour le réseau social, il s'agit notamment de lutter contre la prééminence d'Orkut, son concurrent lancé par Google - nettement plus populaire en Inde.
Orkut, justement, fournit un service sophistiqué de « translitération » : l'utilisateur peut envoyer un message en tapant la phonétique anglaise de ce qu'il veut dire en tamoul, par exemple. Il voit alors son texte apparaître dans l'alphabet de cette langue du sud de l'Inde.
Tous les grands sites sont confrontés à ce problème de langues, complexe et coûteux. Google, qui veut développer les services de recherche par téléphone doit traiter la question de la reconnaissance vocale de langues exotiques. Wikipedia, de son côté, peine à développer les versions en langues locales de son encyclopédie en ligne. Selon l'Unesco, il y a en Inde 196 langues menacées de disparition. Un état de fait qui inquiète linguistes et sociologues, mais qui, gageons-le, ne doit guère attrister les dirigeants californiens du Web mondial...
















