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C'est dans le magazine Télérama que je suis tombé sur cette interview du philosophe Bernard Stiegler portant sur l'innovation, sujet qui m'est particulièrement cher. J'ai été agréablement surpris de le voir citer la contribution sur Internet comme nouveau moteur de l'innovation.
« Un nouveau modèle d'innovation est en train de s'inventer : on est passé d'un processus hiérarchique, produit par le haut pour redescendre vers les applications, à l'“innovation ascendante”. Les technologies numériques ont permis ce renversement. Une véritable infrastructure de la contribution se développe depuis vingt ans via Internet, où il n'y a plus des producteurs d'un côté et des consommateurs de l'autre, mais toutes sortes de “contributeurs”. C'est ainsi que se forme un nouveau modèle industriel, celui d'une “économie de la contribution”. Apparu dès les années 1990 d'abord avec les logiciels gratuits, il s'est étendu à d'autres domaines avec les médias numériques. L'encyclopédie en réseau Wikipédia, qui devient un passage obligé pour tout utilisateur d'Internet, en est un exemple frappant. Quelles que soient les critiques que l'on peut en faire, Wikipédia a conçu un système d'intelligence collective en réseau auquel contribuent des millions de gens », avance-t-il.
Je pense que Bernard Stiegler voulait parler de logiciels libres (qui sont souvent gratuits, mais pas toujours) plutôt que de logiciels gratuits, à moins qu'il ne s'agisse d'un raccourci vulgarisateur. Quoi qu'il en soit, ça fait plaisir de voir ce phénomène de contribution créative à l'échelle du globe rendu possible par Internet, qu'il s'agisse de code pour faire un logiciel libre, de savoir pour faire une encyclopédie (Wikipédia) ou de photos réutilisables sous licence Creative Commons (Flickr, Wikimedia Commons et autres).
Quel rapport avec l'entreprise ? Ce bouillonnement créatif à l'échelle du globe est-il réutilisable dans d'autres contextes, plus professionnels ? J'ai déjà parlé de la forge de l'Adullact, qui démontre qu'en France, pour les administrations et collectivité locales, on arrive à reprendre le modèle coopératif pour produire un bien commun. Mais ça reste en France… Qu'en est-il aux Etats-Unis ? L'idée semble prendre aussi là-bas, dans un domaine certes non commercial mais ô combien imperméable à l'idéologie du « flower power », à savoir l'armée, le fameux Department of Defense (DoD). En effet, ce dernier vient d'annoncer Forge.mil, dont la vocation est la suivante.
« Forge.mil est un ensemble de services fournis en vue de soutenir la communauté de développement technologique du DoD. Le système permet pour l'instant le développement collaboratif et l'utilisation de logiciels open source et de logiciels dont le code est fourni par la communauté du DoD. Ces fonctionnalités initiales de développement vont s'étendre pour supporter tout le cycle de vie des systèmes, en vue de permettre la collaboration continue entre les différentes parties prenantes que sont les développeurs, les testeurs, les certificateurs, les opérateurs et les utilisateurs. »
Après les collectivités locales françaises, c'est maintenant au tour de l'armée américaine. Quand les entreprises françaises saisiront-elles l'opportunité du logiciel libre ?
Tristan Nitot est une personnalité emblématique du monde de l'open source. Il est le fondateur et actuel président de Mozilla Europe, connu pour son navigateur Web Firefox. Il est également un des initiateurs du projet de documentation libre Openweb.eu.org, projet qui vise à promouvoir les standards du Web et l'accessibilité en vue de rendre le Web utilisable par tous.
Tristan Nitot, qui a mené une partie de sa carrière chez Netscape, est également blogueur depuis 2002 sur Standblog.org.
















