Le BPM se camoufle dans les applications

Les moteurs d'orchestration sont désormais masqués sous la forme d'applications prêtes à l'emploi. Ils deviennent ainsi plus faciles à vendre que sous la forme d'une brique d'infrastructure.
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Les faits

La palanquée d'annonces ces derniers jours de la part des spécialistes de la gestion de processus métier révèle une réelle mutation du BPM. Ainsi, la modélisation de processus, désormais proposée en mode Saas, est enrichie d'outils de collaboration. Enfin, pour répondre à des besoins métier particuliers, le BPM est vendu sous forme de packages.

L'analyse

“ Le Business Process Management (BPM ou gestion de processus métier) résout un problème dont personne n'a la charge, celui lié aux processus transverses dans l'entreprise. Pas étonnant dès lors que les outils d'orchestration se vendent peu. ” Ce constat d'échec est d'autant plus révélateur qu'il émane d'Ismaël Ghalimi, PDG d'Intalio, un éditeur de BPM franco-américain qui jouit d'une forte croissance. L'orchestration de processus souffrirait-elle des mêmes maux que la SOA ? A savoir un net décalage entre des promesses de souplesse, de réutilisation, de retour sur investissement rapide et des déploiements coûteux, complexes et gourmands en ressource ?

Une chose est entendue : l'image d'un BPM se résumant à une simple modélisation de processus prête à être exécutée a vécu… Ne serait-ce que parce qu'elle oublie les composants sous-jacents à orchestrer et les écrans utilisateurs à développer. Aujourd'hui, les éditeurs spécialisés sont à un tournant de leur histoire. Ils ont de plus en plus de mal à justifier leur spécificité. “ Le BPM est confronté à un double problème de positionnement reconnaît Raphaël Syren, directeur de la stratégie chez W4. L'un, historique, tient de la concurrence existante avec les PGI ou les GRC qui embarquent leurs propres processus. L'autre s'explique par la récente rivalité des fournisseurs de middleware, tous équipés d'une brique BPM. ”

Préférer des modules prêts à l'emploi

A ces menaces structurelles, les spécialistes de la gestion de processus ont une réponse pragmatique. Le BPM est compliqué à vendre en tant que brique d'infrastructure ? Soit. Il prendra la forme d'une application. C'est la nouvelle tendance. Le français W4, par exemple, propose des modules prêts à l'emploi pour les processus liés aux ressources humaines et à la finance. Tous les flux, les rôles, les objets métier et les écrans ont été modélisés ou développés. Ne reste, en théorie, que quelques paramètres à régler. Avec cette nouvelle approche, l'éditeur peut cibler directement les utilisateurs (et en particulier le financier, détenteur des budgets). “ Jusque-là, le DSI achetait notre offre et cherchait par la suite l'adhésion des utilisateurs métier. Demain, nous démarcherons directement ces derniers et nous répondrons à leurs besoins par le biais de prototypes d'application ”, prévoit Raphaël Syren.

La démarche est similaire chez Intalio. Pour atteindre ces fameux utilisateurs, l'éditeur open source a préféré reprendre un spécialiste de la gestion de la relation client. Son nouveau progiciel est voué à devenir le frontal du BPM qui, en back office, orchestre les flux liés aux clients. Plusieurs processus ont déjà été conçus : ils concernent la gestion de l'order to cash (de la commande à l'encaissement), des campagnes marketing ou des centres de contacts. Citons enfin l'Américain Pegasystems, moins connu en France mais précurseur en matière de BPM applicatif. Depuis 2003, il développe au-dessus de son moteur de processus et de règles de nombreux outils verticaux. En particulier, quatre offres de GRC liées à la santé, aux oppositions sur carte bancaire, aux requêtes de clients de banque et à la gestion des sinistres. Il prétend même rivaliser avec les éditeurs traditionnels de GRC en jouant précisément la complémentarité GRC-BPM.

Cette vague de BPM packagé reste néanmoins majoritairement cantonnée à des processus dits de support, par opposition aux processus cœur de métier dont le déploiement est souvent couplé à des chantiers d'urbanisation. Elle pourrait néanmoins grandement favoriser son adoption.

Une approche collaborative

Mais au-delà des profils métier, les spécialistes du BPM cherchent à rallier les techniciens et les analystes fonctionnels, sensibles aux enjeux de design et de déploiement. Pour cela, ils dégainent une seconde arme, très tendance : l'hébergement de leur plate-forme sur le web. Pour quelles promesses ? Passons sur les atouts classiques du Saas, (souplesse d'installation et consommation “ à la demande ”) pour ne retenir que la nouvelle approche collaborative. Lombardi et la start up française Runmyprocess avaient ouvert la voix il y a un an. Ils ont depuis été rejoints par Intalio, IBM, Pegasystems, Software AG, et d'autres. Tous ces éditeurs ont enrichi leur modeleur de fonctions collaboratives : outils de chat, d'annotation de séquence BPM, de mesure de la performance, de notification… Mais, surtout, ces nouveaux environnements de design hébergés autorisent le partage de modèles, d'objets ou de rôles (traditionnellement cloisonnées au niveau départemental). Les utilisateurs, qu'ils appartiennent ou non à l'entreprise, accèdent ainsi à une sémantique et à des ressources communes, toutes issues d'un référentiel partagé. Evoquant sa future plate-forme Alignspace, Software AG n'hésite pas à parler d'un réseau social consacré à la création de processus et animée par des communautés privées ou publiques.

Cette nouvelle collaboration représente certes une avancée, mais de là à provoquer l'explosion tant attendue du BPM… D'autant qu'elle ne sert aujourd'hui que la phase de modélisation des processus, et non l'exécution. Le salut pourrait-il alors venir de l'hébergement en mode Saas des plates-formes ? Forrester y voit en tout cas un nouveau débouché : la composition d'applications sur le cloud. “ Il s'agira, par exemple, d'orchestrer les logiques de Salesforce.com avec celle de Workday et d'une brique métier développée en interne ”, avance Stefan Ried, du cabinet d'analystes.

En attendant, le BPM à la mode Saas se structure à peine. Et les premières offres, à cause de leur hétérogénéité, risquent de déconcerter les utilisateurs. Car certains éditeurs ne proposent que la modélisation en mode hébergé. D'autres y rajoutent l'exécution. De la même façon, les uns exposent leur BPM sur un Saas public, les autres se limitent à un nuage privé. Et pour couronner le tout, l'un d'entre eux, Intalio, va jusqu'à vendre du matériel.

La collaboration hébergée ainsi que l'immersion du BPM au sein d'applications métier sont aujourd'hui portées par des éditeurs spécialisés. Mais ces derniers devront compter avec les géants de l'infrastructure qui investiront prochainement ces deux domaines. Comme IBM, qui a déjà posé un pion sur le terrain de l'hébergement. SAP et Oracle, eux, qui s'acharnent chacun à développer des scénarios d'intégration entre leurs applications et les services web dont ils disposent. Des scénarios calés sur des processus identifiés pour lesquels ils codent des séquences BPEL, spécifient des rôles dans les worflows, développent des procédures d'appel et des connecteurs, ou encore bâtissent des dictionnaires d'objets métier.

Ce qu'ils en pensent

Laurent Macquet (Logica) : “ vers l'externalisation des processus réglementaires, peu différenciateurs ”

“ L'avancée du BPM vers le mode Saas et les couches métier devrait favoriser le concept de Business Process Outsourcing. Autrement dit l'externalisation des processus auprès de partenaires. Le procédé ne concerne que les processus d'assistance souvent réglementés tels que les ressources humaines, la comptabilité, la gestion de la chaîne logistique ou même l'e-commerce. Des domaines peu différenciant d'une entreprise à l'autre. Ce type de BPM préparamétré et hébergé contraste avec les projets classiques, dont certains ont déçu. Il offre donc une première prise en main avec la gestion de processus et permettent de mettre le pied à l'étrier pour des projets ultérieurs, plus lourds, et pilotés par l'infrastructure. ”

Ismaël Ghalimi (Intalio) : “ l'association BPM-GRC est indispensable ”

“ Quand nous nous sommes lancés dans la gestion de processus, nous avions fait l'hypothèse que les objets que nous allions orchestrer préexistaient. Or il s'est avéré que nous avons eu du mal à les identifier. Conséquence : sur le terrain, les gains de temps résultant de notre exécution de processus étaient souvent plombés. Où se trouvent les fameux objets métier qui nous manquaient ? Essentiellement dans la relation client, vers laquelle nous nous engouffrons aujourd'hui. En associant désormais GRC et BPM nous plaçons des objets statiques dans l'action, le mouvement et le temps. Au début d'Intalio, en bon ingénieur, je ne m'étais focalisé que sur l'abstraction des processus sans réaliser que la GRC, et son lien direct avec le besoin client, est la brique indispensable. ”

Zoom sur Bluekango : Le BPM applicatif par l'exemple

La solution Bluekango est proposée par une petite société bretonne éponyme, forte de 1 300 clients, spécialisée dans le conseil d'organisation pour les métiers de la santé.

Des familles d'application

Bluekango offre une cinquantaine de flux sur étagère sous forme d'applications paramétrables (demande de remboursement, certification qualité…). Elles sont regroupées en une dizaine de familles (GRH, gestion des risques…).

Une percée vers la relation client

Pour certains flux (comme les devis clients), Bluekango s'appuie sur sa propre brique GRC, ou plus exactement sur celle issue du module open source VTiger. Toutes les briques technologiques de la société sont issues du libre. Il exploite ainsi JBPM et Nuxeo.

Une plate-forme hébergée

La solution Bluekango est disponible en souscription. Ses serveurs virtualisés sont hébergés chez IBM.

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