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En direct de New Delhi, de Pékin et de San Francisco, nos chroniqueurs livrent chaque semaine leur regard amusé, admiratif ou critique sur la high-tech saveur locale.
Je prends un Indien, je lui donne le numéro 1. Je prends un deuxième Indien, je lui donne le numéro 2. Je répète l'opération environ 1,170 milliard de fois, chiffre qui correspond à la population actuelle. Sauf que le temps de faire tout ça, il faudra sans doute que je recommence 30 ou 40 millions de fois supplémentaires pour tenir compte de l'augmentation de la population... C'est en quelque sorte le travail de Sisyphe auquel va s'attaquer Nandan Nilekani, personnalité de premier plan en Inde en tant que cofondateur d'Infosys, la deuxième SSII du pays. L'homme d'affaires vient en effet de quitter sa société pour prendre la direction de l'agence gouvernementale chargée de l'introduction d'une carte d'identité électronique en Inde. Une fonction qui lui vaut le rang de ministre dans le gouvernement indien.
C'est qu'il s'agit là d'une mission stratégique, qui a le potentiel de bouleverser des pans entiers du fonctionnement de la monstrueuse - et archaïque - machine administrative du pays. La première tâche de Nandan Nilekani va être de mettre en place l'attribution à chaque Indien d'un numéro d'identification unique, qui lui restera attaché tout au long de sa vie et qui sera utilisé par toutes les administrations, remplaçant la multitude de systèmes existants, différents et incompatibles d'une administration à l'autre.
Sur cette base, une carte d'identité à puce sera attribuée, conçue pour être multi-usage. Un rôle clé sera de permettre l'identification sécurisée des Indiens les plus pauvres afin de leur donner les prestations sociales auxquelles ils ont droit (programme de journées de travail garanties, aide alimentaire, etc.). De quoi éliminer, en principe, les détournements massifs dont ces programmes sont victimes.
Une deuxième utilisation importante sera la surveillance de l'immigration clandestine, notamment dans la perspective de la lutte contre les infiltrations terroristes. Et la carte d'identité aura d'autres utilisations encore, celle de carte d'électeur par exemple.
Inutile de dire que la complexité du projet s'annonce phénoménale, qu'il s'agisse de collecter les données d'état civil, de coordonner des administrations qui ne se parlent pas, de mettre en place des systèmes à l'échelle de ce pays-continent... Tout ça ne fait pas peur à Nandan Nilekani qui commençait à s'ennuyer ferme depuis qu'il n'était plus patron opérationnel d'Infosys, et qui avait entrepris de se transformer en gourou de la société indienne en publiant l'année dernière un best-seller décrivant sa vision de l'Inde de demain.
Tout le secteur de la high-tech, en tout cas, se frotte les mains à l'idée des mégacontrats que laisse entrevoir ce projet. Infosys a déjà annoncé qu'il serait sur les rangs : toutes les précautions seront prises pour que la présence de son ancien fondateur à la tête du projet n'entraîne pas de conflit d'intérêts !
















