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La communauté Debian se déchire face à une nouvelle politique de développement

Une annonce intempestive a plongé la communauté des développeurs de Debian dans une crise. Pierre Habouzit, membre de la « release team », revient pour nous sur la chronologie des faits.

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Les bénévoles du projet Debian - 1 000 développeurs aux quatre coins du monde dont 200 à 300 membres actifs - sont très à cheval sur les principes démocratiques. L'impression que la « release team » avait pris une décision aussi majeure que d'imposer un nouveau calendrier de sortie pour les futures versions, en comité fermé, a mis le feu aux poudres en plein été.
L'idée est la suivante : le périmètre fonctionnel des futures versions de Debian / Linux sera désormais gelé tous les deux ans en décembre (période dite de freeze), avec à la clé une sortie définitive en début d'année suivante. Ainsi, les utilisateurs pourront se baser sur des plannings de disponibilité prévisibles. Jusqu'à présent, le développement de Debian était régi par le principe libertaire « une nouvelle version sort quand elle est prête ».  
Résultat : ça rue dans les brancards, et les mailing-lists de la communauté débordent de billets polémiques. Mais selon Pierre Habouzit, il s'agit d'un malentendu. « Nous avons annoncé notre intention, mais il est hors de question d'imposer la décision au projet. Nous ne passerons pas en force », affirme-t-il. La discussion est ouverte.
« Pendant une réunion de la release team à Cambridge il y a quelques semaines, l'équipe est arrivée à la conclusion qu'il fallait réfléchir selon deux axes : une “release” basée sur une période de “freeze” à une date connue à l'avance et une éventuelle synchronisation avec la version LTS (Long Time Support) d'Ubuntu pour donner plus de traction, se souvient Pierre Habouzit. On voulait voir si les gens du projet étaient d'accord. C'est toujours discuté. »
Mais la machine va s'enrayer. A cause de l'indisponibilité d'un des membres de la « release team », ce petit groupe très puissant dans la communauté tarde à communiquer sur son idée. Pendant ce temps, grâce à un membre de l'équipe qui travaille chez Ubuntu, l'idée parvient aux oreilles de Mark Shuttleworth, le père de la célèbre distribution Linux, qui n'hésite pas à la révéler publiquement comme si la décision était entérinée.
La release team a beau prendre enfin la parole et protester de sa bonne foi, la communauté est choquée. Lors de la conférence DebConf qui se tient fin juillet en Espagne, les discussions vont bon train et un communiqué officiel est publié.

Une communauté aux opinions bien tranchées

« Les termes de notre annonce en ricochet sont encore trop forts. Ce n'est pas un fait accompli, mais la release team va se battre pour cette idée car ce serait plus lisible pour les gens de l'extérieur d'avoir un planning connu à l'avance », estime Pierre Habouzit légèrement agacé par les « crises d'urticaire » systématiques de certains membres de la communauté contre toute forme de pouvoir.
Pierre Habouzit estime que la polémique actuelle est plus un problème de forme que de fond. Selon lui, la communauté a été choquée d'apprendre la nouvelle de l'extérieur. Mais la procédure habituelle suit son chemin.
« Il va y avoir des discussions sur les mailing-lists. Oui, des gens vont râler et il va y avoir de l'opposition. Les releases de Debian, c'est un mythe et ce changement serait un gros truc. Certains sont allergiques à la synchronisation avec Ubuntu car historiquement les relations sont difficiles. Certains ont de vrais arguments », explique le « release team assistant », seul Français présent au sein de la release team.
Mais une chose est claire. « Si la majorité est contre, on s'arrête là. Si on ne parvient pas à un consensus, il y aura un référendum », explique Pierre Habouzit qui ne s'étonne pas de la polémique soulevée par le sujet. « On y va avec nos tripes. »
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