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J'ai la trentaine, je suis ingénieur et je travaille dans l'informatique depuis dix ans. Je suis en mission depuis presque cinq ans, pour le compte d'une SSII, dans une grande banque d'investissement. Cette dernière a reçu des aides de l'Etat », précise « PP ». PP est le mystérieux auteur d'un billet intitulé « L'écume des jours ». Celui-ci a été publié sur le blog de Paul Jorion, docteur en sciences sociales de l’Université libre de Bruxelles.
Avec plus de cent commentaires en cinq jours, le billet a, semble-t-il, créé un véritable émoi. Nombre d'informaticiens se retrouvent dans son récit. « Courant mai, une rumeur de délocalisation en Inde du service informatique, se répand. Ce dernier est composé à 98 % de prestataires. Seuls les chefs de département sont des salariés intégrés. », poursuit l'auteur.
« Un jeudi après-midi, je suis convoqué au bureau de mon n+2 en présence de mon supérieur direct. Une première en cinq ans. » Ce qui n'augure rien de bon. « La rumeur est confirmée : les équipes indiennes arrivent lundi, ma mission s'achève courant octobre, après que je les aie formées moi-même. » La nouvelle fait tâche d'huile. « Je laisse imaginer l'ambiance qui règne dans l'espace paysagé, dans lequel sont réunies les équipes IT (impactées) et les équipes fonctionnelles (épargnées). »
Sous le choc, PP passe par une phase de colère mêlée à un sentiment d'impuissance. « J'ai l'impression d'être entre l'enclume et le marteau. Si je veux partir, je suis obligé de poser ma démission dans un contexte économique pas très rose, ou de dire non, et risquer le licenciement. » Heureusement, l'été arrive et notre informaticien décide de solder tous ses congés annuels. « A mon retour de vacances, j'apprends que je suis prolongé, ainsi que toutes les personnes de l'IT, jusqu'à la fin de l'année. »
Commence alors la formation des Indiens. « Finalement, la plupart d'entre nous jouent le jeu et les forment du mieux qu'ils peuvent. Pas facile cependant de passer la main sur votre “bébé”. En plus, les compétences en face ne sont pas toujours au rendez- vous, et je ne parle pas de l'obstacle de la langue, même si la plupart d'entre nous sommes plutôt à l'aise en anglais. Certaines personnes censées nous remplacer sont en fait des fonctionnels n'ayant jamais fait de développement de leur vie... »
A l'automne, les Indiens sont repartis et PP se pose des questions. « Dois-je quitter l'informatique ou le monde des SSII ? Dois-je changer de poste ? J'aime développer, mais à 30 ans passés je deviens trop cher et trop vieux pour ce métier. » Un matin, à l'entrée de la banque, un syndicaliste lui tend un tract que notre ingénieur, qui n'est, tient-il à préciser, ni militant politique ni intéressé par les organisations syndicales, prend pour une fois.
Sur le tract, pas un mot sur les délocalisations en cours. PP s'en étonne. Réponse du syndicaliste : « Nous éprouvons les pires difficultés à sensibiliser les autres organisations syndicales de la banque sur ces questions. » Jusqu'à présent ils n'ont aucun intérêt, électoral ou syndical, à se préoccuper du sort des salariés d'entreprises externes.
Parmi les commentaires à ce billet, on trouve un ancien dirigeant de petite SSII qui a quitté le monde du service pour les raisons évoquées plus haut. Un autre, toujours salarié, observe, lui, que la crise a bon dos et fait passer en douce des délocalisations larvées.
















