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Technologia : « Les SSII connaissent une recrudescence de suicides »

Isolement chez le client, pression de l’offshore, menace de l’intercontrat… Les salariés des sociétés de services sont particulièrement exposés aux risques de souffrance au travail. Entretien avec un expert.

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 Jean-Claude Delgenes
Jean-Claude Delgenes
Jean-Claude Delgenes est le fondateur de Technologia, cabinet spécialisé en évaluation et en prévention des risques professionnels. Depuis vingt ans, il conseille les plus grandes SSII. En 2007, il a également conduit une mission sur le Technocentre de Renault où des informaticiens prestataires d'IBM et d'Assystem ont mis fin à leurs jours.
01netPro. Les médias se concentrent sur la série noire que connaît France Télécom. Quelle est la situation des salariés en SSII ?
Jean-Claude Delgenes 
: On déplore ces derniers temps beaucoup de suicides mais aussi d'arrêts cardiaques ou de ruptures d'anévrisme en SSII. Si les suicides « professionnels » sont actuellement mis en avant, les maladies cardio-vasculaires déciment davantage. Face à la charge psychologique, au surinvestissement dans le travail, le corps se révolte, somatise. Ce qui conduit à une perte de sommeil, des troubles cutanés, un affaiblissement des barrières immunitaires...
En travaillant comme des dingues, des cadres exposent leur santé, parfois à leur insu. Le stress numérique participe à ce malaise. Connecté en permanence, le collaborateur sous contraintes travaille chez lui le soir, le week-end. L'amplitude de travail n'est plus respectée du fait de la porosité entre vie privée et vie professionnelle.
En quoi les SSII sont-elles particulièrement exposées ?
C'est une combinaison de plusieurs facteurs. Première spécificité des SSII : le management à distance. Consultants et hiérarchiques ne se voient plus. Il n'y a plus d'échanges, de moments de cordialité. Le salarié prestataire traite de problèmes parfois très complexes tout en restant seul. Or les gens qui passent à l'acte sont souvent isolés.
Deuxième spécificité, la menace de l'offshore. Si tu ne fais pas ton travail, « on le donne aux Indiens ». L'offshore introduit un débat éthique. Les informaticiens français sont en concurrence avec des équipes lointaines tout en s'interdisant d'évoquer un quelconque protectionnisme. Il faut former des personnes en Inde, à distance, reprendre souvent leur travail, puis laisser la place.
Les évolutions rapides de ces sociétés sont aussi responsables de la situation. Les SSII se mondialisant, on assiste à une interpénétration des cultures. Les comportements latins cognent avec les mœurs anglo-saxonnes. N'oublions pas non plus les transformations incessantes. Quand une SSII multiplie les restructurations en quelques années, il faut qu'elle accompagne ses salariés de façon humaine. Ce qui n'est pas souvent le cas : en France on se borne souvent à considérer que les gens sont heureux du moment qu'ils ont un job.
Enfin, le manque de régulation conduit à ces organisations délétères. Les syndicats sont peu représentatifs en SSII et pèsent difficilement dans les équilibres de ces sociétés composées essentiellement de cadres.
Et puis il y a la spécificité de l'intercontrat...
Une SSII développe son marché intérieur de l'emploi. Les affectations se font par copinage avec le chef. S'ils ne savent pas se vendre, de très bons professionnels restent en intercontrat durant des mois. C'est dévastateur. On souffre autant, si ce n'est plus, de sous-activité que de suractivité. D'autant que, dans ces métiers, la compétence est liée à la pratique. En restant sur le flanc, on devient vite obsolète.
Dans le même ordre d'idée, les anciens sont souvent considérés comme moins pointus techniquement. Ils coûtent cher et sont peu malléables. Il faut donc épuiser les jeunes cohortes d'informaticiens et pousser les seniors sur la touche. La concurrence interne crée un climat délétère. Le salarié doit être également maître de son employabilité. Votre service disparaît du jour au lendemain ? A vous de créer votre poste...
Dans quel cadre intervenez-vous en SSII ?
Malheureusement, on fait souvent appel à nous, dans l'urgence, après des drames. Il s'agit en premier lieu de renouer le dialogue. Nous faisons des réunions intitulées Partage et progrès, qui permettent de libérer la parole. La hiérarchie écoute sans censure ni sanction. Il faut ensuite arriver à une vraie répartition du travail. Des salariés ne peuvent rester en intercontrat des mois durant, ils en sortent dézingués.
Inversement, quand un consultant enchaîne des déplacements, ses missions doivent être entrecoupées de phases de repos. Il faut aussi prévoir des moments et des espaces de convivialité. L'open space, quand ce n'est pas du desk sharing, crée un environnement de travail perturbant. Le salarié n'a pas la capacité de se soustraire au regard des autres, de souffler tout simplement.
Enfin, il faut repenser le mode d'évaluation personnelle – y compris sur la rémunération – pour introduire plus de collectif. Dans ces sociétés, chacun est un centre de profit à lui tout seul. Il faut tenir les objectifs de productivité individuels couplés à de multiples reporting. Non seulement cela use les esprits mais on perd en échanges informels, en intelligence collective.
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connu depuis longtemps mais le tabou ne fait que commencer à tomber

de hobbit75 , posté le 22 septembre 2009 à 13h29
le soucis de la prestation c'est que sur un meme site plusieurs accidents cardiovasculaires et des arrets pour surmenage peuvent se succeder.

Dans ce cas de figure On peut très bien avoir des internes concernés et d'autres prestataires de SSII, ces derniers peuvent tres bien faire partie de société différentes d'ailleurs.

le client ne faisant pas toujours (ou ne voulant pas ) faire le rapprochement et les SSII n'ayant aucune vision globale car les problèmes peuvent être éparpillés entre plusieurs SSI présentes sur un même site : personne ne peut ou ne veut voir le probleme sur le site en question ..le plus souvent un open space c'est vrai.

Quand bien même une SSII se garderai bien de critiquer l'organisation d'un client ...au moins officiellement.

Il faut tenir compte aussi de deux éléments important :

- la pression de ne pas se retrouver en intercontrat dans cette période de crise.

- le suivi par la medecine du travail qui n'est pas globale pour un site d'activité : aucun medecin n'a une vue d'ensemble sur le personnel interne et prestataire car ces derniers sont souvent suivi seulement tous les deux ans et la plupart du temps par un medecin du travail non commun avec celui du client.


on obtient alors le résultat décrit dans cet article ... il est juste désolant qu'il faille attendre quelques cas médiatiques pour le tabou soit brisé.
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Problème du service en général

de dkljdkjd , posté le 22 septembre 2009 à 13h35
C'est pas typique des SSII, mais du service en général. On transforme une relation de subordination (le salariat classique), en relation client fournisseur très déséquilibrée (gros clients pour petits fournisseurs dépendants). Cela dans l'informatique, mais aussi le ménage des locaux, la maintenance, les centres d'appels etc...

Cela provoque une errosion de la collectivité (on travaille ensemble mais on n'est pas collègues, voire on est en concurrence). Et aussi une suresponsabilisation des équipes sur le terrain.
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Tout à fait d'accord

de ZZ77 , posté le 22 septembre 2009 à 13h55
Par expérience, aucune société de service informatique n'est capable de gérer des salariés en prestation.
Comme on dit "loin des yeux, loin du coeur", et ce qui intéresse les commerciaux c'est le Chiffre d'affaire.
Quel que soit le contexte chez le client, ou les conditions de travail.
La santé s'en ressent, la vie de famille aussi...
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avoir la force de changer

de yoshi2000 , posté le 22 septembre 2009 à 15h30
il faudrait que les salariés (français en particulier) ne voit dans le salariat que l'unique solution.Pour cela il faudrait changer tous un système basé sur le CDI.
Pourquoi je parle de ça,quel rapport ?
Tous simplement pour enlever la pression du licenciement qui est vécu comme drame personnel alors que jusqu'à preuve du contraire, on peut changer de poste si le sien ne convient pas, croire en soit et non tous misé sur le système !! j'ai été moi même licencié il y 5 ans et le traumatisme a été révélateur et m'a ouvert les yeux : je suis devenu indeps et même si je galère pour trouver des missions je suis seul maitre de mon destin !!
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En théorie...

de V..... , posté le 22 septembre 2009 à 18h00
En pratique, ça suppose d'avoir les reins suffisamment solides et/ou d'être en bonne position pour négocier.

Autour de moi, tous mes potes indépendants, pourtant des bons, ont du repasser salariés (défauts de paiement, forfaits trop désavantageux imposé par le client...)
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ok mais

de yoshi2000 , posté le 22 septembre 2009 à 22h37
bien entendu qu'il faut avoir les reins solides mais surtout la tête. La france est par tradition un pays de salariat voir de fonctionnaire. Ce n'est pas péjoratif mais un constat : les français (mais pas qu'eux) sont conditionnés depuis le jeune age à suivre des chemins prédéterminé, et malheureusement il suffit que le chemin soit plus sinueux à un moment pour enraillé la machine : déprime, stress, suicide dans le pire des cas. Il faut arrêter ce comportement qui d'ailleur est poussé aussi par les institutions : banque qui ne prete qu'au CDI, la course au diplome ... et les SSII pour qui cette situation arrange bien. On fait peur au salarié sur la dureté du marché et comme ça on les traite comme on veut sous la menace du licenciement : pathetique
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Erreur!

de V..... , posté le 23 septembre 2009 à 11h35
A une époque, le gros de la population était des paysans vivotant à leur compte, et l'économie étant assez fermée.

C'est surtout à partir des années 50-60 que le salariat s'est développé, et à cette époque, si on n'était pas content, il était facile d'aller voir ailleurs ou de se mettre à son compte.

Depuis, avec le chômage de masse, les salaires réels sont en chute libres, ce qui, d'une part, accroit le risque induit par la mobilité, et d'autre part laisse moins de possibilité de constituer un capital de départ.

Je vois que le salaire moyen proposé à des ingénieurs débutants est de 28.000€, je gagnais plus à mes débuts il y a 10 ans et la vie était alors moins chère...
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pathétique... oui

de donkishot , posté le 28 septembre 2009 à 16h44
Las de ce débat et de ses sous-entendus pseudo objectifs. A quand les prochaines déclamations sur le fait que les enfants sont dépendants de leur mère et qu'ils ont un peu, eux aussi, besoin de sécurité ? Bientôt nous prônera t'on la séparation de la mère et de l'enfant pour former les individus à la loi de la jungle. Mais non, la maîtrise de son destin propre, le mythe du bon entrepreneur... affiché comme pour se rassurer, comme pour être sûr d'assurer.. Mais s'il n'y avait que des maîtres de son destin, il n'y aurait que des décideurs... Et pas de salarié... Comment faire alors pour réalisr les bases besognes dans un monde composé de forts, de décideurs, de winners ? Mais au fait, combien de dépôts de bilan avec la crise, et combien de suicide d'entrepreneur à prévoir ? Faudrait il s'intéresser un peu aux chiffres avant de sortir des banalités du genre. Que la France ait protégé le salariat, elle a bien eu raison, c'est un modèle culturelle avec ses travers, ses râleurs et ses salariés trop protégés dans certains cas. Mais pour le reste, c'est un système social, c'est une limitation des pouvoirs de l'employeurs logiques car l'entreprise, si elle n'est pas un "lieu de démocratie", ne peut être non plus une mini dictature... La force du moi je c'est quand ça marche... Sa faiblesse, c'est quand on se casse la gueule et qu'il n'y a personne pour vous aider ! (demandez à nos chères banques...)
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