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En direct de New Delhi, de Pékin et de San Francisco, nos chroniqueurs livrent chaque semaine leur regard amusé, admiratif ou critique sur la high-tech saveur locale.
La fracture numérique et le souci de ne pas voir une partie de la population rester en dehors des bienfaits apportés par les technologies de l'information sont très à la mode en France. Mais si le terme « fracture » convient à la France, quel mot faudrait-il utiliser pour l'Inde ? Faille ? Gouffre ? Abîme ?
L'Inde, on le sait, est un pays en pointe dans les nouvelles technologies mais, paradoxalement, il compte des centaines de millions d'analphabètes. Un récent sondage réalisé pour le compte de Tata Consultancy Services (TCS), la plus grosse SSII du pays, apporte une illustration criante de cet « abîme numérique ». Cette enquête a été réalisée auprès de 14 000 lycéens âgés de 12 à 18 ans vivant dans les grandes villes du pays, et fréquentant essentiellement des écoles de langue anglaise. Bref, l'élite de la jeunesse indienne. Et ce qui est sidérant dans les résultats, c'est à quel point ils sont similaires à ce que donnerait la même enquête réalisée dans les pays occidentaux.
Près de 80 % des jeunes interrogés possèdent un téléphone portable et 62 % un ordinateur à la maison. Plus de 60 % d'entre eux passent une heure ou plus en ligne chaque jour et Google est de loin leur première source d'information. L'utilisation des sites sociaux (Orkut, filiale de Google, en premier lieu, suivi par Facebook) est courante pour ces jeunes gens qui rêvent massivement d'aller étudier aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne.
Autant dire qu'en matière de maîtrise des technologies de l'information, ces adolescents ont plus de points communs avec les étudiants californiens ou parisiens qu'avec la majeure partie des Indiens. Car pour une bonne partie de ceux-ci, le mot Internet n'évoque sans doute rien du tout, tant la pénétration du Web est faible. A la fin 2008, par exemple, l'Inde ne comptait que 12,85 millions d'abonnés à Internet sur ordinateur, pour une population de près de 1,2 milliard d'habitants !
Le retard de la généralisation des technologies de l'information auprès de la population indienne est d'ailleurs considéré comme un frein majeur au développement du pays. Dans son rapport annuel sur la compétitivité mondiale, le World Economic Forum place l'Inde au 49e rang des 133 pays étudiés. Mais elle est tirée vers le bas par ses très mauvaises performances en matière d'utilisation d'Internet (104e sur 133), de diffusion des ordinateurs personnels (96e), d'accès au haut débit (91e), etc.
Conscientes de ce problème, les autorités veulent mettre l'accent sur la généralisation de la téléphonie mobile, en passe de devenir universelle, d'autant que c'est à partir de leur mobile que les Indiens accèdent de plus en plus souvent au Web. Mais il y a du chemin à parcourir. L'abîme numérique n'est pas près de se combler.
















