











Le règlement de comptes continue entre Intel et la Commission européenne. Ce 21 septembre, Bruxelles a rendu publique la quasi-totalité des preuves qui l'avaient conduit à condamner l'américain à une amende record de 1,06 milliard d'euros pour abus de position dominante, le 13 mai dernier.
Une initiative plutôt rare qui intervient alors qu'Intel remettait en cause la décision de la Commission en estimant qu'elle était « erronée à de nombreux niveaux » et que les preuves étaient insuffisantes. La société a fait appel de l'amende au mois de juillet 2009.
En publiant un document de plus de 500 pages détaillant ses preuves, la Commission européenne espère donc faire taire Intel. Certains passages sont bien embarrassants pour l'américain qui aurait contraint ses clients fabricants de PC à préférer ses processeurs à ceux de son concurrent AMD, au moyen de stratégies anticoncurrentielles illégales. Ces pratiques auraient duré d'octobre 2002 à décembre 2007.
La Commission publie des courriers électroniques des fabricants de PC qui font directement allusion aux pressions commerciales d'Intel. Ce dernier versait à ses clients certaines sommes, à condition qu'ils utilisent presque exclusivement ses puces.
Dans le cas contraire, les représailles du fondeur pouvaient être « lourdes et durables avec des conséquences sur toutes les lignes de produits professionnelles », s'inquiètent les responsables de Dell lors d'une présentation interne en 2003.
Bruxelles rappelle aussi le témoignage de HP. Le fabricant a déclaré que les subventions d'Intel étaient soumises à la condition qu'il s'approvisionne au moins à 95 % auprès d'Intel.
Quand à Lenovo, le chinois a été contraint de renoncer à commercialiser en 2007 des portables équipés de puces AMD pour préserver un accord commercial avec Intel. Le plus souvent, l'américain cherchait à camoufler ces accords commerciaux qui ne figuraient pas explicitement dans les contrats de ses clients.
Intel cherchait à imposer ses puces par tous les moyens, alors même que ses clients avaient de plus en plus intérêt à se tourner vers celles de son concurrent AMD. C'est ce que laisse entendre ce courrier électronique expédié par un responsable de Dell à Intel en octobre 2004 : « AMD constitue une grande menace pour notre business. Intel est de moins en moins compétitif par rapport à AMD ce qui entraîne un manque de compétitivité pour Dell. Nous avons des produits plus lents et qui chauffent plus... »
Intel reconnaissait lui-même dans un e-mail interne envoyé en 2004 que le processeur « Opteron est une réelle menace aujourd'hui... Il est devant notre puce Xeon dans tous les benchmarks ».
Ce feuilleton judiciaire pourrait se poursuivre pendant 18 à 24 mois après le recours en appel d'Intel. L'enquête menant à la condamnation de l'américain avait déjà duré près de huit ans.
















