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Les années bling-bling ont mis à mal le statut de l'ingénieur au profit des métiers plus clinquants et rémunérateurs de la finance, de la communication ou du marketing. La crise pourrait le réhabiliter. Plus d'un an après le retournement de conjoncture, les ingénieurs tiennent en effet leur revanche. Pour 32 % d'entre eux, sondés par le Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France (CNISF), leur entreprise va sortir de la crise indemne et même, renforcée pour 30 % des sondés. Et, ce, en partie grâce à eux.
Selon cette même étude, les ingénieurs ont, en effet, une forte conscience du rôle qu'ils jouent dans la préparation à la sortie de la crise grâce à leur capacité d'innovation : 64 % estiment « participer aux réflexions à moyen terme sur les nouveaux produits, process ou services » alors qu'ils n'étaient que 46 % à avoir cette perception en 2004.
Sentiment renforcé avec la tenue ce matin d'un colloque organisé par le CNISF au Sénat et judicieusement intitulé « L'après-crise, une économie d'ingénieur ? ». Pour Simon Azoulay, PDG d'Alten, l'ingénieur doit cesser de voir son évolution à travers le seul prisme de la technologie. « De part sa formation, il est prédisposé à remplir toutes les fonctions de l'entreprise. Il peut peser sur l'avenir global de la société ». La SSII a identifié, pour cela, huit parcours de carrière qui vont du commercial au management en passant par les RH ou le marketing.
Aux yeux de Simon Azoulay, l'excellence de l'ingénierie française n'est pas usurpée et « il ne serait pas impensable que, demain, la Chine et l'Inde, terres d'offshore, viennent “inshoriser” nos compétences. » A condition pour cela de ne pas commencer à délocaliser nos usines. « Si on les perd, on perd tout. Qui dit usines, dit conception et design puis R&D. Les Allemands l'on bien compris, qui conservent toute la filière. » Un discours anti « fabless » qui devrait être bien reçu à Lannion et Sophia-Antipolis, bastions de la R&D à la française actuellement en proie à de nombreux plans sociaux pour cause de délocalisation.
La valorisation passe aussi par le salaire et le PDG d'Alten s'étonne qu'une journée d'ingénieur soit facturée moitié moins que celle d'un avocat. A la différence de ce dernier, un ingénieur peut toutefois voir – et c'est rarement souligné – sa rémunération complétée par un intéressement sur les brevets dont il est à l'origine. Vivendi ou Airbus octroient ainsi une prime à ces ingénieurs innovants.
Au-delà de ces considérations pécuniaires, Dominique Vernay, président du pôle de compétitivité System@tic, estime que l'ingénieur ne doit pas être reconnu sur le seul retour financier du produit conçu. Il doit aussi s'impliquer dans le débat citoyen. « Sur des thèmes aussi sensibles que l'internet du futur ou les nanotechnologies, suscitant des craintes légitimes chez le grand public, l'ingénieur ne peut rester hors champ. » La profession a aussi, selon lui, une composante créativité. « Ce n'est pas pour rien qu'un grand nombre d'écoles ont le mot art dans leur nom. A commencer par les Arts & Métiers. »
Dans ce cadre, la généralisation du logiciel libre peut, à ses yeux, libérer les créativités. « Il y a deux ans, System@tic a accueilli la communauté open source avec toutes les appréhensions liés aux clichés sur ce monde d'universitaires “libertaires”. Leur capacité à travailler en réseau, sur un modèle ouvert, nous a au contraire aidé à renforcer notre écosystème. »
Toujours dans cette volonté de débrider les énergies, on notera une initiative intéressante : des centres de recherche virtuels démarrés depuis peu chez Vivendi. « Pendant dix jours, on réunit les meilleurs ingénieurs dans leur domaine mais aussi des créatifs, des gens du marketing, des juristes », explique Stéphane Roussel, DRH du groupe.
L'objectif : introduire de la transversalité et réfléchir à de nouveaux business. Et reproduire, pourquoi pas, le coup de l'iPhone. « C'est un produit génial qui relève plus de l'innovation ergonomique et marketing que de l'innovation technologique majeure. »
















