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On remet les compteurs à zéro. D'ici deux mois et demi, vous serez en droit de solder l'intégralité de votre DIF. Soit cent vingt heures de formation si vous faites partie, comme moi, de la majorité des salariés qui n'ont jamais utilisé ce dispositif depuis son instauration en 2004 [Pour vous situer, participez au sondage en bas d'article]. Pour mémoire, le Droit individuel à la formation permet à tout salarié de se constituer un capital de vingt heures de formation par an, cumulables sur six ans dans la limite de cent vingt heures. Or, en 2010, nous arriverons à ce fameux plafond. Une véritablement bombe à retardement pour les DRH qui n'ont pas anticipé cet éventuel surcroît de demandes. Surtout dans les petites structures.
Les entretiens de fin d'année – cadre habituel pour évoquer ses souhaits de formation – s'annoncent mouvementés. Si la demande revient au salarié, elle doit être approuvée par l'employeur. Or, avec le principe de portabilité du DIF que le Sénat vient d'entériner, le premier pourra faire pression sur le second en exerçant une sorte de chantage à la démission. Le titulaire du compte conservera ses heures même s'il change d'employeur. Il pourra aussi les utiliser en situation de demandeur d'emploi.
Dans ce contexte, comment se sont organisées les SSII ? Les quatre DRH (Sogeti, Steria, Micropole-Univers, Euriware) que nous avons interrogés se disent plutôt confiants, la profession étant par essence grande consommatrice de formations. Chez Sogeti et ses quelque 10 000 salariés, le compteur DIF moyen s'élevait, début septembre, à soixante-six heures. Eric de Saqui de Sannes, son DRH, estime la situation sous surveillance, mais pas risquée. « Il faut mettre à profit les mois qui nous restent pour intensifier les actions de prévention. Nous allons aussi communiquer sur le fait que les périodes de professionnalisation sont “difables”. » D'une durée minimale de cent heures, la période de professionnalisation peut permettre, par exemple, à des informaticiens aux compétences « obsolètes » de se former aux nouvelles technologies (Java EE, .Net).
Chez Euriware, seuls 20 % environ des salariés ont invoqué leur droit à la formation depuis 2004. « Les gens ont entendu parler du DIF mais, comme ils ont le nez sur le guidon, ils ne se mobilisent pas spontanément », note Mathieu Levallois, son DRH. La filiale du groupe Areva a pourtant largement communiqué sur le sujet afin, justement, d'éviter que les collaborateurs ne se réveillent avec cent vingt heures au compteur. Il y a trois ans, elle a remis à ses 1 300 salariés un passeport formation reprenant les tenants et aboutissants du dispositif. A l'instar de Sogeti, Euriware rappelle aussi que le cumul d'heures permet d'envisager des formations qualifiantes ou diplômantes. « Pour ces formations longues, nous incitons les salariés à utiliser leur DIF en totalité ou en contribution de l'investissement que l'entreprise serait prête à consentir. »
Pour palier au déficit de demandes spontanées, Steria a mis en place, il y a quatre ans, une offre de DIF interne. Cette offre comprend, entre autres, cinq parcours métier menant à la gestion de projet, au conseil ou au management et ouverts en priorité aux salariés utilisant leur crédit DIF. Ce qui permet aujourd'hui à la SSII de faire face à plus de 1 000 demandes de formation par an pour 6 000 salariés. Responsable développement RH et formation chez Steria, Christian Duplessy observe néanmoins une plus grande appétence pour la formation chez les ingénieurs que chez les techniciens. « Ces derniers travaillent aussi en équipe. Ce qui rend leur départ en formation plus compliqué. »
Steria teste aussi depuis quelque mois, dans le sud de la France, la possibilité de suivre une formation hors temps de travail. Cette initiative répond à des demandes des cursus extratechniques (apprendre ou perfectionner l'anglais, par exemple). C'est là un des grand acquis du DIF, cinq ans après sa mise en œuvre. Le dispositif a généré une explosion des formations aux langues et au développement personnel (gérer son temps, prendre la parole en public, apprendre à négocier...). Des formations qui n'avaient qu'occasionnellement droit de cité dans des sociétés informatiques. Quant aux demandes dites exotiques (poterie, macramé) qui avaient cours au début du DIF, elles seraient, selon nos DRH, aujourd'hui marginales.
















