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Comment la crise a bouleversé le plan de formation des SSII

Les SSII ont largement utilisé le levier de la formation pour occuper efficacement leurs ingénieurs en intercontrat et les réorienter sur les métiers porteurs. Au détriment des demandeurs d’emploi, jusqu’alors grands bénéficiaires des sessions de reskilling.
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Reskilling. Un énième anglicisme que l'on pourrait traduire non par reconversion, mais par « remise en compétences ». Dans le langage des professionnels de la formation, il s'agit d'un cursus de deux ou trois mois, à mi-chemin entre la formation de quelques jours sur une technologie (le retooling) et la poursuite d'études qui se compte, elle, en années (master, MBA). Objectif : adapter les compétences de la personne ainsi formée aux demandes du marché.

Jusqu'en 2008, le reskilling était essentiellement destiné aux informaticiens sur le carreau. « Lorsque l'on ouvrait une classe, il y avait 14 demandeurs d'emploi sur 15 inscrits», se souvient Michel Sebban, cofondateur de Fitec, un institut qui a ainsi formé près de 1 000 informaticiens l'an dernier. « Les candidats étaient préselectionnés par des SSII pour être embauchés à l'issue de la formation. » Cette dernière était financée soit par les Assedic (action conventionnée), soit sur un mode mixte (la SSII finançant une partie). Bref, une bonne opération pour toutes les parties.

99 % d’intercontrats dans les promotions

La crise a complètement bouleversé la donne et le Fafiec, l'organisme paritaire pour le financement de la formation de la filière informatique, a pris le relais des Assedic. Entre fin 2008 et début 2009, Fitec a accueilli 99 % d'ingénieurs en intercontrat dans ses promotions, en lieu et place des demandeurs d'emploi. « Je n'avais jamais vu un revirement aussi soudain. La plupart des SSII ont fait le choix de former leurs collaborateurs en intercontrat afin de réajuster leurs compétences avec la demande du marché. » Un changement à 180 ° par rapport à la précédente crise (2001-2003). Les SSII avaient alors massivement licencié pour réembaucher dès la reprise d'activité. « Ce mode opératoire s'est avéré très coûteux tant financièrement qu'au niveau de l'image de marque », note Michel Sebban. Les sociétés de services ont également compris que la formation servait à fidéliser. « Un bon élément restera en intercontrat un ou deux mois, puis se positionnera ailleurs. »

Enfin, à la différence de la période passée, les SSII ont continué à avoir des demandes de leurs clients sur des métiers là où elles n'avaient pas les compétences. D'où l'intérêt de repositionner les intercontrats sur ces terrains porteurs. « J'ouvre un département SAP et je forme mes collaborateurs dans ce sens. » Un certain nombre de plans de Gestion prévisionnelle des emplois et compétences (GPEC) ont été initiés à cette occasion. « La cartographie des compétences existantes et, mieux encore, l'identification des besoins futurs aident à bâtir une offre de formation sur mesure. Il y a moins d'aller-retour, et les classes sont plus homogènes », avance Pascal Chartrain, chef de projet senior du département informatique au sein de l'organisme de formation Demos. Lequel vient de conclure un partenariat avec Fitec.

Gel des actions conventionnées au Pôle Emploi

En quoi consiste un reskilling type ? C'est une formation métier qui dure deux mois en centre et un mois en entreprise, idéalement en mission en tant que stagiaire. Elle se décline en trois composantes : les process, le comportemental – le savoir être d'un consultant en frontal avec le client, par exemple –, et la technologie associée à ce métier. Le tout est consolidé par un projet professionnel, avec une mise en situation en entreprise et une soutenance. Le reskilling prépare avant tout à des métiers en tension sur le marché, tels que les consultants SAP, le décisionnel et la qualification logicielle (homologateur, testeur...). Et, bien sûr, encore et toujours les développeurs java, Java EE, .Net.

Mais alors, que sont devenus les demandeurs d'emploi ? Selon Michel Sebban, le Pôle Emploi a gelé, ces dernier mois, toutes les actions conventionnées pour des raisons budgétaires, mais aussi compte tenu du rapprochement ANPE-Assedic. Un gel qui s'est terminé en cette fin d'année. « Aujourd'hui, les actions conventionnées reprennent, mais elles ne tiennent pas compte des préoccupations des entreprises, regrette-t-il. Elles portent sur tous les domaines de l'informatique. » En cause, le Pôle Emploi qui remonte leurs souhaits de formation aux demandeurs d'emploi. « C'est un mauvais réflexe. Leurs désirs ne sont pas forcément en corrélation avec les attentes du marché. Certains métiers n'offrent aucun débouché. »

Cours du soir pour les ingénieurs en activité

D'ici à un mois, Fitec lancera un programme de reskilling destiné aux ingénieurs en activité. Hors du temps de travail puisque les SSII ne peuvent détacher des salariés en mission donc facturés. Un pilote est en cours dans une société de services. Il porte sur 45 volontaires pour des formations dédiées au décisionnel et au développement Java. Ces afters sont dispensés de 18 h 30 à 20 h 30, deux fois par semaine. Un concentré de présentiel qui exige en contrepartie un travail personnel deux fois plus important. Michel Sebban, de Fitec, se dit agréablement surpris par l'implication des apprenants, avec un absentéisme proche de zéro. Selon une enquête menée par l'institut, 84 % des consultants interrogés ont émis un avis positif sur cette possibilité de se former le soir. « Ces salariés ne sont pas menacés dans leur emploi mais savent qu'à moyen terme, leurs compétences ne sont pas garanties. Ils veulent maintenir leur employabilité. » A priori, le format retenu par Fitec devrait être de 35 modules de deux heures, étalés sur dix-sept semaines.

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