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Cap sur l'entreprise. Si Second Life revendique 1 400 entreprises clientes de son service, le monde virtuel n'est pas encore parvenu à s'imposer comme outil de collaboration interne dans les entreprises. Jusqu'à maintenant, celles-ci pouvaient exploiter l'univers virtuel public à des fins privées en filtrant l'accès à leur île. En préparation depuis plus d'un an, l'offre de Linden Lab qui leur est destinée va encore plus loin.
Baptisée Second Life Enterprise, cette offre vient d'être lancée dans sa phase bêta sous la forme d'une solution sur serveurs dédiés. Elle donne les moyens aux entreprises d'installer leur propre univers 3D directement au sein du système informatique. Sur ce Second Life en intranet, les salariés vont pouvoir échanger des informations confidentielles sans risque d'être écoutés par autrui, c'est-à-dire sans que les données, notamment les chats écrits, ne transitent par les serveurs de Linden Lab. Un besoin de confidentialité manifeste chez certains comme en témoigne la liste des 14 premiers bêtatesteurs de l'offre : Northrop Grumman, constructeurs d'avions et de navires pour l'US Navy, le Naval Undersea Warfare Center, centre de recherche de la marine de guerre américaine et IBM.
« Second Life en intranet, oui, ça a un sens ! » s'enthousiasme Jean-Rémi Deléage, coondateur d'i-Marginal, une Web Agency qui travaille pour des grands comptes. Il argumente : « Souvent, les grandes entreprises filtrent l'accès à Second Life. En proposant une solution qui s'installe derrière les pare-feu, les DSI, toujours frileux lorsqu'il faut ouvrir des ports réseaux, vont pouvoir autoriser l'accès à la plate-forme », ajoute-t-il.
Commercialisé 55 000 dollars, Second Life Enterprise se compose de deux serveurs huit cœurs. Une machine assure l'hébergement du monde virtuel, la seconde joue le rôle de serveur de voix. Linden Lab assure que cette architecture est taillée pour supporter jusqu'à 800 utilisateurs simultanés. Le fonctionnement optimal semble plutôt se situer entre 400 et 700 utilisateurs. La bande passante consommée atteint 100 kbit/s par utilisateur. « Le positionnement choisit par Linden Lab est élitiste, commente Grégory Oudot, gérant de Juracom, une société qui crée des univers Second Life pour les entreprises. Au prix d'entrée de 55 000 dollars, seule une dizaine d'entreprises en France seront intéressées par cette offre. Mais c'est une stratégie : faire venir les grosses entreprises dans un premier temps, et les autres suivront ».
A l'installation, Second Life Enterprise offre sept régions préconstruites avec 4 grands auditoriums, 2 centres de conférences ainsi que 10 avatars d'aspects « professionnels ». Il est possible de créer des nouvelles régions et les avatars peuvent porter les noms et prénoms des personnes réelles. Le serveur Second Life Enterprise peut aller piocher les identifiants dans les annuaires LDAP de l'entreprise. Celle-ci dispose des outils d'administration du monde virtuel et peut substituer au Linden Dollar sa propre monnaie.
Par défaut, Second Life Enterprise inclut trois outils collaboratifs : téléconférence, partage de documents et videoconférence, mais l'entreprise pourra rapidement étendre sa plate-forme. Linden Labs a ainsi annoncé la création d'une place de marché spécifiquement dédiée aux applications professionnelles, appelée Second Life Work Marketplace. « Le problème de Second Life, c'est qu'il était compliqué et peu user-friendly, rappelle Jean-Rémi Deléage. Des kits permettent maintenant à des petites entreprises de développer des applications. On croit beaucoup à l'intérêt de Second Life, notamment dans le domaine des serious games. »
Rendez-vous donc début 2010 pour la commercialisation effective de Second Life Enterprise.
















