












L'informatique est-elle un secteur plus ou moins discriminant qu'un autre ? En bon Normand, la réponse sera nuancée selon la nature même de la discrimination. Commençons par ce qui fâche le moins : les minorités dites visibles. Sur ce thème, la profession fait figure de bon élève. Des ingénieurs issus de l'immigration, principalement d'origine maghrébine, ont rejoint les rangs de SSII dès les années 80, comblant à intervalles réguliers des situations de pénurie de compétences. Aujourd'hui, un certain nombre d'entre eux les dirigent, même s'ils restent des exceptions. A l'image d'Amadou Ngom, PDG de Des Systèmes et des Hommes, et de Yazid Sabeg, dirigeant de CS et commissaire à la diversité et à l'égalité des chances.
A la fois président de Neocles, filiale d'Orange Business Services, et de Nosquartiers ont des talents, une association qui s'adresse aux diplômés d'un bac + 4 ou + 5 issus d'une zone urbaine sensible, Yazid Chir peut se réjouir du chemin accompli. 60 % des 4 000 jeunes du “ 9-3 ” ont trouvé un travail en six mois, alors qu'ils ont cinq fois moins de chances de réussir que leurs condisciples des beaux quartiers. Le tout grâce au parrainage d'un cadre dirigeant.
“ Ce parrain remet le jeune en confiance, lui ouvre son réseau ”, explique Yazid Chir. Le secteur IT fait même mieux, avec un retour à l'emploi en trois mois. Seul hic, le manque de candidats : les informaticiens ne représentant que 4 % des trois premières promotions. Pour contourner ce problème d'orientation, une expérimentation sera menée avec Syntec informatique pour sélectionner une cinquantaine de jeunes hors filière IT, afin de leur proposer une reconversion en contrat professionnel.
Confrontée également à une désaffection des étudiantes en écoles d'ingénieurs, la profession fait la courte échelle aux jeunes femmes via des opérations comme le prix Excellencia ou la campagne de la Commission européenne baptisée “ Les TIC, c'est chic ! ” Mais si l'égalité salariale est à peu près respectée ? un écart de salaire de 10 % “ seulement ”, contre 26 % tous secteurs confondus ?, la voie qui mène aux fonctions dirigeantes reste semée d'embûches.
Le secteur se caractérise non seulement par sa misogynie latente, mais aussi par son jeunisme. Responsable du projet IT Senior Managers, qui réunit neuf associations d'anciens du secteur (Oracle, Steria, Capgemini…) en faveur des seniors, Franck Lacombe dresse un constat lucide. “ De nombreux seniors cherchent aujourd'hui du travail. Ils ont besoin d'être valorisés et non d'être rejetés par le marché. ” Pour améliorer le taux d'emploi, il faut, selon lui, sortir du dilemme “ un CDI ou rien ”. “ Portage salarial, missions…, les dispositifs existent. La reconnaissance sociale ne doit plus seulement passer par le titre, le salaire ou le nombre de subordonnés, mais aussi par la capacité à transmettre un savoir, par exemple. ”
Last but not least, le handicap constitue, semble-t-il, le facteur le plus discriminant dans l'informatique, alors qu'il se situe dans la moyenne tous métiers confondus. La rareté des étudiants handicapés, mais aussi la perception même du handicap font du secteur un cancre sur le sujet. Les petites SSII et éditeurs devraient être frappés au portefeuille avec le durcissement des obligations introduit par la loi du 11 février. Si elles ne font rien d'ici à la fin de l'année, les 47 % d'entreprises informatiques qui n'emploient aucun salarié handicapé verront leur contribution Agefiph tripler en 2010.
En 2010, deux autres échéances légales en faveur des femmes et des seniors devraient également faire avancer le dialogue social. L'image que renvoie la profession pourrait être un autre élément moteur. Pour preuve, la tenue, fin septembre, d'un colloque sur la diversité et le secteur IT, organisé par l'Association française des managers de la diversité (AFMD) et le cabinet Evolena. Quatre tables rondes étaient proposées autour des thèmes retenus dans ce dossier, et dont nous avons repris un certain nombre de déclarations des intervenants.
