












Le handicap reste peut-être le dernier tabou des entreprises informatiques. Avec 0,58 % de personnes handicapées dans leurs rangs, elles sont très loin du quota de 6 % que doivent légalement réserver les sociétés de plus de 20 salariés. A titre de comparaison, celles-ci présentent un taux d'emploi moyen de 2,9 %, tous secteurs confondus. Ces chiffres, issus d'une récente étude du cabinet Ariane Conseil pour le compte de l'Opiiec, montrent que la profession n'a pas encore pris le “ problème ” à bras-le-corps. Et ce, en dépit du renforcement des obligations introduit par la loi du 11 février 2005, incitant les sociétés à conclure un accord d'entreprise ou à signer une convention avec l'Agefiph (Association de gestion du fonds pour l'insertion des personnes handicapées). Ce qu'ont fait récemment Atos Origin Infogérance ou Steria, rejoignant des entreprises historiquement engagées comme IBM et Bull.
A leur décharge, on note une grave pénurie de candidats qualifiés. “ Avec seulement 0,8 % d'étudiants handicapés dans le supérieur, difficile de respecter les fameux 6 % ”, fait observer Fabrice Losson, directeur du recrutement et de la RSE (responsabilité sociale d'entreprise) de Logica. La SSII arrive à la fin de son premier accord triennal. Sur cette période, elle aura embauché une soixante de personnes handicapées, en deçà de son objectif initial de 80 recrutements. Son taux d'emploi devrait néanmoins atteindre 1 %, contre 0,2 % initialement. Pour le prochain accord, Fabrice Losson compte élargir le périmètre du sourcing au-delà du profil type, en élaborant une formation longue de quatre à six mois en collaboration avec un organisme public. Afin d'éviter une foire d'empoigne entre SSII sur le vivier restreint des candidats, Fabrice Losson plaide également en faveur d'une approche globale, qui pourrait se faire au niveau de Syntec informatique.
L'autre frein est psychologique. Comme le montre une étude menée pour Quatre Vents, un cabinet de conseil en communication et formation, il reste encore beaucoup de travail dans l'acceptation de la situation de handicap. L'inconscient collectif renvoie systématiquement à des handicaps lourds nécessitant une canne blanche ou un fauteuil roulant, alors que seules 10 % des personnes handicapées ont besoin d'un aménagement de leur poste de travail.
La perception en interne est non seulement faussée, mais se rajoute, en SSII, le jugement du client dans le cadre d'un détachement en régie. Ce qui expliquerait la faible reconnaissance du handicap par les intéressés. “ On estime que pour quatre travailleurs handicapés reconnus, deux pourraient l'être mais ne font pas la démarche. Si c'était le cas, les taux d'emploi augmenteraient mécaniquement de 50 % ”, estime Eric Matarasso, directeur associé de Quatre Vents. L'exemple ne vient malheureusement pas toujours du haut, tel ce cadre dirigeant de SSII malvoyant qui ne s'est pas déclaré. Pour se confronter au handicap et le dédramatiser, l'équipe RSE de Logica a organisé un match de basket avec une équipe en fauteuil conduite par Ryad Sallem, champion handisport. Un geste concret qui vaut bien des actions de communication institutionnelle.
La faiblesse psychologique de certains salariés qui les conduisent à des situations de burn out, voire de suicides, pourrait aussi être reconnue comme handicap léger et prise en charge comme telle. A condition que le salarié accepte et admette cet état de fait.
Telle est la contribution totale versée par les entreprises informatiques en 2007 à l'Agefiph. Avec la nouvelle loi, elle pourrait augmenter de 60 % pour atteindre 40 M d'euros en 2010. A eux seuls, les établissements à “ taux 0 ” verseraient 24 M d'euros de ce montant, à raison de 13 K euros par “ unité manquante ”.
Les 47 % d'entreprises informatiques qui n'emploient aucun salarié handicapé verront leur contribution Agefiph tripler en 2010 si elles ne font rien d'ici à la fin de l'année.
