Nouvelle journée de mobilisation massive chez Alcatel-Lucent
Pour cette journée d'action, les syndicats ont voulu dépasser les revendications classiques d’opposition aux plans de restructuration afin de mieux alerter les différentes autorités de régulation sur la fragilité de leur filière.
Plus le temps passe, plus les actions des salariés d'Alcatel-Lucent prennent de l'ampleur. Cette fois, l'intersyndicale a appelé à une journée de mobilisation dans neuf pays européens. En France, des rassemblements ont eu lieu ce jour à Paris, à Rennes et à Strasbourg. Selon Philippe Saint-Aubin, secrétaire du comité d'entreprise européen (Ecid) d'Alcatel-Lucent, de 1 000 à 2 000 personnes étaient attendues dans les trois villes en provenance des différents sites français d'Alcatel-Lucent. A Paris, 550 personnes étaient rassemblées, selon Roland Tutrel, délégué syndical CFDT.
Après le rassemblement du 20 octobre dernier, l'un des objectifs de cette manifestation est évidemment de ne pas relâcher la pression et de marteler l'opposition aux coupes claires successives menées par la nouvelle direction d'Alcatel-Lucent. Trois plans de restructuration ont été annoncés depuis le début de l'année, avec à la clé la suppression de 4 000 à 4 500 postes au total en Europe, soit environ un poste sur six. Dans l'Hexagone, le chiffre devrait se situer, selon les dernières estimations, entre 1 000 et 1 400 postes supprimés.
Mais cette fois-ci, l'action des syndicats d'Alcatel-Lucent s'inscrit également dans une démarche plus globale d'interpellation des pouvoirs publics français et européens sur les risques d'une fragilisation de la filière télécoms en Europe. Principal cheval de bataille : dénoncer la concurrence faussée à laquelle leur secteur est confronté. « Aujourd'hui, nous considérons que la concurrence est déloyale. L'Europe ouvre son marché de façon unilatérale : les Etats-Unis protègent leur territoire pour des raisons liées à la défense nationale, quand la Chine préserve son marché au moyen de normes et de financements. L'Europe, elle, applique la libre concurrence de façon extrêmement naïve », souligne Philippe Saint-Aubin.
L’Arcep montrée du doigt
Des sites symboles ont été sélectionnés pour colporter ce message. Le rassemblement parisien a ainsi eu lieu devant le siège de l'Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, ex-ART). Organisme de régulation auquel il est reproché d'avoir privilégié son rôle de régulation et de libéralisation du marché, mais d'avoir quelque peu délaissé ses obligations de soutien à la filière télécoms et à la préservation de l'emploi. « Nous tenons à rappeler au régulateur qu'il ne suffit pas de réguler par les prix mais qu'il faut aussi réguler par la qualité », poursuit Philippe Saint-Aubin. Sous-entendu, prendre en compte les critères sociaux et économiques auxquels les concurrents chinois comme ZTE ou Huawei ne sont pas confrontés. Cette initiative a, semble-t-il, porté ses fruits : une réunion de travail avec Jean-Luc Silicani, président de l'Arcep, est prévue ce vendredi 13 novembre. Le parlement européen à Strasbourg et la Maison de l'Europe de Rennes sont les autres lieux symboliques choisis pour ces rassemblements.
Dans les prochaines semaines, les revendications des salariés seront également transmises par le comité d'entreprise européen d'Alcatel-Lucent à la commission de l'industrie du parlement européen et à la commission européenne. Des actions qui pourraient être coordonnées à celles de concurrents européens d'Alcatel-Lucent tels que Nokia Siemens et Ericsson. « Nous pensons que dans le développement de la quatrième génération mobile LTE ou sur les réseaux IMS (IP Multimedia System), par exemple, l'Europe peut prendre des initiatives en termes de définition de la norme ou d'investissement comme elle l'avait fait en son temps avec le GSM », illustre Philippe Saint-Aubin.
Une pression des salariés payante
Au sein d'Alcatel-Lucent France, la mobilisation constante des salariés depuis six mois s'est, en tout cas, révélée payante ces dernières semaines. Les réductions d'effectifs du dernier plan annoncé en juillet dernier – soit 878 emplois supplémentaires supprimés chez Alcatel-Lucent France – ont été revues à la baisse par la direction : 130 postes de sous-traitants devraient ainsi être réinternalisés et 70 postes de reclassement seraient désormais disponibles en interne. Autre avancée concernant l'externalisation de la R&D : la direction s'est engagée à ce que le transfert vers les repreneurs, dont l'Indien Wipro, se fasse strictement sur la base du volontariat.
Apr?la R&D des produits en fin de vie, Wipro r?p? les fonctions administratives d'Alcatel-Lucent
Outre la R&D des produits dits « matures » (commutateurs E10/passerelle MGC 10), le prestataire indien Wipro s'est vu confier l'externalisation des fonctions administratives du groupe, a-t-on appris de source syndicale : comptabilité, finance, achats. Ce projet n'a cependant pas d'impact sur les effectifs français, exclus du périmètre. Les premiers pays concernés par le transfert de personnel étant les Etats-Unis, le Mexique et, en Europe, la Roumanie, essentiellement avec 400 personnes. Après le transfert d'Alcanet (environ 200 personnes en France), la filiale informatique d'Alcatel-Lucent, vers HP-EDS, l'équipementier poursuit donc comme prévu sa stratégie d'externalisation à tout-va.
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