Alain Moustard, Grand Prix 2009 et lauréat commerce-services-distribution
Le DSI de Bouygues Telecom, élu par ses pairs DSI de l'année 2009, est reconnu comme un manager attentif, un pragmatique éclairé, un technophile averti et un bon communicant.
01net
le 09/12/09 à 15h40
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Un pied dans le métier, un autre dans la technologie », voilà comment Alain Moustard, DSI de Bouygues Telecom, définit le métier du DSI. Ajoutons à cela un rôle d'animation d'équipe, des talents d'organisation et de management, une capacité d'alignement stratégique, un brin de communication, beaucoup d'audace, et nous obtenons le profil du DSI de l'année, tel que désigné par le jury du Grand Prix 2009.
Une reconnaissance qui va droit au cœur de ce gaillard au physique robuste et sec d'avant-centre de football, sport qu'il affectionne et qu'il pratique régulièrement. Lui se voit plutôt en passeur : « J'ai la sensation d'occuper un poste assez unique. Je dois dialoguer avec tous les métiers de l'entreprise. Je joue le rôle de traducteur entre l'activité business et la DSI », dit-il.
Pour être encore plus réactif, Alain Moustard n'a d'ailleurs pas hésité à réinternaliser des prestations stratégiques. « Pour suivre notre rythme de croissance, nous sommes adossés à de grands prestataires comme EDS, Atos Origin, Capgemini et Sopra. Mais nous avons aussi décidé en parallèle de reprendre en main certaines applications critiques au sein de notre centre de développement interne, créé à Nantes à l'été 2007. » Quatre-vingts développeurs y travaillent au quotidien pour le groupe.
Une initiative portée par ce DSI, qui souhaite garder la maîtrise de son système d'information. « Nous devons faire appel aux méthodes agiles, aux plateaux projet et à l'internalisation de nos compétences pour mieux maîtriser nos chaînes de valeur », écrivait-il dans nos colonnes en septembre dernier dans une tribune libre titrée : « DSI, SSII : préservons une informatique française avant qu'il ne soit trop tard ». Une carte blanche qui a suscité de très nombreux commentaires (en ligne sur notre site). « Mais que l'on ne s'y trompe pas. Je ne suis pas anti-offshore. Je persiste à dire qu'il faut conserver au plus près de soi tout ce qui est stratégique et cœur de métier. Mais pour tous les autres projets de gestion de comptabilité, de paie, ne nous interdisons pas de penser à d'autres solutions », rectifie-t-il.
Un passé de technophile revendiqué
Ingénieur de formation, il revendique son passé de technophile. « La techno, j'y suis plongé depuis vingt ans. Et prêt à resigner pour les vingt prochaines années. Je ne crains pas la lassitude tant j'ai l'impression de changer de métier tous les ans », confie Alain Moustard. L'innovation fait d'ailleurs partie des valeurs revendiquées par le groupe Bouygues. La filiale télécoms organise ainsi tous les ans un forum sur ce thème lors duquel chaque direction présente un projet innovant.
Yves Cazeau (tête pensante du groupe en la matière, et prédécesseur d'Alain Moustard au poste de DSI) dirige et anime un comité des créatifs. « Un exemple de notre côté pragmatique : nous avons créé au sein de la DSI une petite application sur Google qui permet aux abonnés de suivre en temps réel leurs consommations téléphoniques. Montée en deux ou trois semaines, elle est aujourd'hui en ligne. Cela ne nous rapporte pas grand-chose en revenus, mais nous apporte beaucoup de notoriété », précise le DSI.
Très présent au sein du Cigref, où il participe notamment à la commission sur les coûts informatiques, Alain Moustard joue aussi un rôle influent dans la sphère DSI. Une occasion de s'interroger sur l'évolution de son métier. « D'ici trois à quatre ans, le DSI baignera complètement dans le métier de son entreprise. Sa présence au sein du comité de direction doit être un prérequis. Tout DSI qui n'obtient pas cela doit refuser son poste. C'est un gage de crédibilité. » Il précise que ce métier a un côté ingrat. « Notre disponibilité est sans limite. 24 h/24, 7 j/7. Si ça ne fonctionne pas, nous sommes en première ligne. » Alain Moustard trouve son équilibre auprès de sa famille, et renoue avec ses racines angevines. Il a pratiqué l'équitation en compétition, et monte encore de temps en temps.
Adepte du développement durable
Dès février il va rejoindre, avec 3 000 de ses collaborateurs, le tout récent Technopole de Meudon (Hauts de Seine) où sont concentrées les équipes de la DSI et du réseau Bouygues. Un immeuble qu'il cite en exemple pour son caractère développement durable. « C'est l'un de nos axes forts aujourd'hui. Il faut réfléchir à la façon dont on fait de l'informatique dans nos bâtiments. » Réaliste, il sait à l'instar de ses collègues DSI que son avenir passe aussi par une solide réduction des coûts. « Avec un budget en baisse de 20 %, il faut rester vigilant sur la qualité du service délivré, sensibiliser les utilisateurs, communiquer avec sa direction. »
Son parcours
Agé de 44 ans, ce diplômé de l'EISTI a débuté chez IBM en 1989. En 2001, il rejoint Bouygues Telecom en tant que directeur de la production, puis de l'exploitation. En 2005, il passe au développement et devient en 2007, DSI d'une structure de 900 collaborateurs. Il est membre du comité de direction de l'opérateur, et du comité stratégique informatique du groupe Bouygues. Il pilote un groupe de travail au Cigref sur l'analyse et le benchmarking des coûts.
Ce qu'en pensent ses patrons : Olivier Roussat (directeur g?ral de Bouygues Telecom) et Richard Viel, (directeur g?ral d?gu?
01 Informatique : La création de valeur apportée par le SI à l'activité de l'entreprise, comment cela s'illustre-t-il chez Bouygues Telecom ?
Olivier Roussat : La DSI est une entité opérationnelle qui rythme les sorties des nouvelles offres à destination de nos clients. Intégrée au cœur de l'entreprise, elle introduit l'intelligence dans l'architecture des systèmes et nous autorise à utiliser pleinement le potentiel de créativité des équipes marketing.
Richard Viel : En dehors des fonctions classiques (finances, RH, production), la DSI fournit les trois fonctions clés de notre métier d'opérateur : la mise en route des services (provisioning), la facturation des clients (billing), et la mise en place d'une relation efficace (CRM). D'ailleurs, plus que d'informatique, nous parlons de systèmes d'information et décisionnel. Les enjeux sont de bâtir des solutions souples, simples et évolutives. De là viendront agilité et réduction des coûts.
Quel rôle joue le DSI au sein d'un groupe comme Bouygues Telecom ?
OR : Le DSI est membre du comité de direction générale pour les raisons évoquées précédemment. Il joue un rôle majeur, y compris pour la taille du budget qu'il gère.
RV : La fonction est stratégique et essentielle aux résultats et à la croissance de notre entreprise. Sans elle, l'entreprise s'arrête.
Quelles qualités reconnaissez-vous à Alain Moustard?
OR : Il a un sens aigu de la qualité de service à délivrer. Ce critère est pour lui plus important que la « beauté de la technologie utilisée. Il sait mettre en exergue les difficultés de ce métier et valoriser ainsi le travail de ses collaborateurs.
RV : Sans être un expert de l'informatique, il a effectué un parcours complet au sein des métiers de la DSI. Alain pense à l'agilité que l'informatique doit apporter à ses clients internes et externes. Très pragmatique, il sait évaluer les enjeux et les priorités. Il est doté d'une très bonne capacité à gérer les hommes et leurs contradictions. Il fournit beaucoup d'efforts quant à la forme et au partage de l'information pour stimuler et orienter l'organisation.