Dans la Silicon Valley, le « bootstrapping » aide les start-up à se lancer
Plan? IT
En direct de New Delhi, de Pékin et de San Francisco, nos chroniqueurs livrent chaque semaine leur regard amusé, admiratif ou critique sur le high-tech saveur locale.
Un de mes amis, licencié il y a un peu plus d'un an, a passé les douze derniers mois à créer son entreprise en ligne. Ayant quitté la France dans l'espoir de monter sa start-up aux Etats-Unis, il a d'abord fait ses armes comme employé d'une jeune pousse déjà bien installée à San Francisco. Pour lancer son propre projet, il est parti de rien, a tout bâti seul avec un de ses amis, et fait sa publicité sur Facebook et Twitter. Il court aussi les conférences high-tech et les rencontres de jeunes créateurs d'entreprises. Une de mes collègues s'est récemment remise au travail, uniquement pour assurer des rentrées d'argent pendant que son mari lance son propre site Internet. C'est ce que l'on appelle ici le « bootstrapping » (l'art de se débrouiller en français), à savoir compter uniquement sur ses propres ressources (argent, amis, compétences) pour fonder son entreprise. Pour la petite histoire, ce terme fait référence aux aventures du baron de Münchhausen qui, selon la légende, se serait sorti seul d'un marécage en tirant sur ses bottes.
Ce procédé est très commun dans la Silicon Valley, mais la frilosité des capital-risqueurs à investir de l'argent dans les start-up le pousse à son paroxysme. Certains ingénieurs, à la recherche d'un emploi, sont prêts à travailler gratuitement ; d'autres, en échange non pas du gîte, mais au moins du couvert : c'est ainsi que le code du moteur de recherche YourVersion a été écrit, en échange d'un bon barbecue. La start-up compte aujourd'hui seulement six « employés », dont trois étudiants, qui travaillent dans l'appartement de son fondateur.
Face à l'expansion du « bootstrapping », plusieurs structures ont vu le jour afin de venir en aide aux créateurs de start-up. Ainsi, le Founder Institute propose des cours du soir animés par de grands noms du high-tech. Ils s'adressent principalement aux fondateurs de jeunes pousses qui travaillent la journée dans une autre entreprise pour subvenir à leurs besoins. De son côté, le site Internet Jobnob recense les offres d'emploi dans les start-up. Chaque mois, il organise des rencontres entre jeunes pousses et chercheurs d'emploi qui acceptent, en échange de leur travail, une « compensation alternative ».
Fortes de ces expériences acquises à bas prix, les start-up ayant recours au « bootstrapping » espèrent toutes convaincre prochainement les capital-risqueurs de les financer. Finis les salaires en bières et hot dogs, elles pourront alors commencer à réellement payer leurs employés.

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