Comment Aéroports de Paris gère son patrimoine industriel
Avec une superficie égale aux deux tiers de Paris, ADP fait fonctionner une véritable ville peuplée de surfaces commerciales et d’équipements industriels. Le système d’information géographique y joue un rôle clé.
01 Informatique
le 23/06/10 à 16h00
Aéroports de Paris (ADP) gère plus de 100 000 équipements industriels répartis sur ses différents sites. De l'escalier mécanique à la passerelle mobile d'embarquement. Un vrai challenge en matière d'exploitation et d'entretien.
Pour gérer et entretenir ce patrimoine hors normes, qui nécessite une réelle centralisation, l'entreprise s'est dotée d'un système cartographique unique. « ADP a souhaité mettre en place une application de gestion de la maintenance (GMAO) sous SAP PM et, d'autre part, un outil de centre d'appels pour les agents en aérogare, baptisé Sequoia, afin de gérer les événements », retrace Ali Salehabadi, responsable des applications géospatiales à la direction de l'informatique et des télécommunications d'Aéroports de Paris.
Le besoin d’une cartographie est apparu il y a cinq ans
Le SIG déployé par ADP
Tout le patrimoine d'Aéroport de Paris y est cartographié
« Les deux applications sont bien distinctes. Mais notre volonté était de partager un même référentiel de patrimoine. Lorsqu'on parle d'un ascenseur, par exemple, on doit être sûr qu'il s'agit du même équipement dans les différents systèmes », ajoute-t-il. Jusqu'en 2008, ADP utilisait Autocad pour ses plans de masse et de structure. En quinze ans, plus de 100 000 documents ont été produits. A côté de cela, l'entreprise a constitué une base de données pour stocker les informations sur les locaux : « Pour la première version de ce référentiel du patrimoine, nous disposions de la représentation graphique du local dans un plan Autocad et d'un enregistrement des attributs en base de données. Avec les difficultés de synchronisation que cela pouvait impliquer pour maintenir les deux entités liées. Nous avons donc connecté ces systèmes avec Biztalk Server de Microsoft, pour être en mesure, lorsqu'on crée un local dans l'application de gestion du patrimoine, de le pousser vers les autres systèmes en quasi-temps réel. Ainsi, une saisie opérée au niveau du centre d'appels est transmissible à la gestion de maintenance via la nouvelle plate-forme. »
La société Ares a répondu à l'appel d'offres réalisé sur la partie SIG (système d'information cartographique), et a remporté le marché. Le projet s'est déroulé sur plus d'un an, l'application a été déployée au niveau de toute l'entreprise. ADP a ensuite décidé de généraliser son référentiel, jusqu'alors limité aux équipements et aux locaux, à l'ensemble des ouvrages. La base Oracle Spatial a été retenue pour héberger l'ensemble des informations, les données alphanumériques et géospatiales. « La solution d'Oracle était mûre. De même, les technologies Map 3D et Mapguide d'Autocad étaient sufisamment avancées pour créer et exploiter correctement les données géographiques. Au vu du nombre d'entités impliquées, la difficulté du projet se situait au niveau des règles de gestion. »
Les compétences internes fortes sur Autocad ont largement pesé en faveur de l'offre d'Autodesk. ADP a privilégié l'approche développement pour ce projet : « L'aspect graphique comptait, mais il restait à mettre en place beaucoup de fonctionnalités liées au patrimoine. On s'est donc orienté vers des développements utilisant les composants SIG d'Autodesk. » La reprise des plans s'est avérée une tâche considérable. Il s'agissait de redessiner les polygones représentant chacun des locaux. Les unités opérationnelles ont été sollicitées, et jusqu'à 400 personnes ont enrichi le SIG. « Le référencement d'un local ou d'un équipement ne donne pas lieu qu'à une partie graphique. Les unités opérationnelles enrichissent la base de données, via un formulaire web, en fonction de leur métier. Ainsi, pour la gestion des locations, le système d'informations immobilières (sous SAP RE) complète la fiche descriptive du local en indiquant quel client l'occupe », précise Ali Salehabadi.
Un accès restreint pour les données les plus sensibles
Le système est entré en production en juin 2008. Depuis lors, l'informatique d'ADP continue à connecter de nouvelles applications à ce référentiel. En fin d'année dernière, ce fut le cas de Strap, l'application de gestion de travaux. Les personnes devant effectuer des interventions dans les aérogares tracent les zones concernées sur les plans, et y associent une fiche. Les utilisateurs apprécient l'apport des composants géographiques, rendu possible grâce à leurs outils et à la disponibilité de ces derniers. Une fois le graphisme intégré, les utilisateurs ont constaté la valeur ajoutée qu'une carte pouvait apporter à leurs applications. Désormais la direction informatique ajoute donc cette composante à nombre d'entre elles. « Afficher une carte avec des données métier correspond aujourd'hui à une demande très forte », reconnaît Ali Salehabadi.
L'aide à la décision est une autre piste d'exploitation de ce référentiel cartographique. Les directions, notamment, souhaitent disposer de rapports intégrant des illustrations avancées : « Une représentation géographique des données apporte une dimension supplémentaire à l'analyse. Par exemple, le chiffre d'affaires par aérogare, ou par destination des passagers. Beaucoup de besoins ressentis par les unités opérationnelles ont ainsi pu s'exprimer. » Après l'application de GMAO et Strap, Sequoia, le progiciel de gestion des appels, et la gestion des locations et des baux ont été connectés au SIG. Les applications communiquent avec la base cartographique en temps réel (ou quasi réel) via la plate-forme d'intégration Biztalk de Microsoft, ou sont synchronisées le soir.
Un autre enjeu du projet était la sécurité. « Certaines données du patrimoine référencées dans ce système sont sensibles, les accès sont donc restreints. Cela peut être par exemple la position des caméras de surveillance dans un bâtiment, commente-t-il. Il y a une problématique de gestion de droits en fonction du périmètre géographique et des métiers qui a dû être traitée et qui a nécessité le développement de composants logiciels dédiés. » Chaque ouvrage (route, bâtiment...) d'ADP est présent dans la base du SIG. D'où l'idée d'exploiter ce référentiel pour des besoins opérationnels temps réel : localiser les véhicules, dérouter les plus proches vers un événement ou un accident...
Une première application de géolocalisation a donc été développée. « Le projet utilise Oracle Spatial pour gérer les informations temps réel telle la position d'un véhicule ou d'un événement. Et nous affichons les cartes de manière conviviale, grâce à l'outil Silverlight de Microsoft, en y superposant les données de positionnement. Les cartes sont générées avec Mapguide, qui superpose les ouvrages aux photos aériennes pour se repérer rapidement. » Les futurs utilisateurs de ces applications sont notamment les équipes de surveillance, les agents de déneigement, etc. Prochaine étape, les clients ? ADP étudie en effet l'apport de la géolocalisation et du SIG pour proposer des services aux passagers via l'internet mobile.
L'entreprise
Aéroports de Paris (ADP)
Activité : construction, aménagement et exploitation des plates-formes aéroportuaires parisiennes dont Paris-Charles de Gaulle, Paris-Orly et Paris-Le Bourget.
CA 2009 : 2 633 millions d’euros.
Résultat net : 270 millions d’euros. 460 compagnies aériennes clientes.
Effectifs 2009 : 7 550 collaborateurs
Le projet
Problème à résoudre : mise en place d’un référentiel commun pour gérer 1 794 ouvrages, 60 000 locaux et 100 000 équipements.
Solution retenue : pool de serveurs Autodesk Mapguide et cluster Oracle Spatial. Services web développés en .Net pour tous les appels à la base du SIG.
Intégrateur : Ares.
L'avis d'une utilisatrice
Martine Tinel, maîtrise d’ouvrage du projet Strap (gestion des travaux) Aéroports de Paris
« Le SIG nous aide à localiser les travaux. Les utilisateurs affichent la portion de bâtiments, entourent le local où vont avoir lieu les travaux. Avant, les agents nous joignaient un plan papier. Maintenant, en étant plus précis, on obtient des déclarations de meilleure qualité. Ces données sont renseignées par les services techniques, télécoms, par les réparateurs, et nous les mettons à destination de nos partenaires : les commerces, les compagnies aériennes, etc. Cela représente entre trois et quatre fiches travaux par jour, soit plus de 1 000 fiches par an pour une aérogare. »
« De nouvelles applications sont prévues. Nous songeons à utiliser ces services web sur des applications pour lesquelles nous sommes en train de rédiger nos spécifications. La première nous aidera à localiser les écrans de téléaffichage dans les gares pour spécifier à quel type d’information ils sont dédiés. Nous pensons également à la mise en ligne dans le système cartographique de nos fiches de notification d’événement. »