Lift 10 : Entretien avec Daniel Kaplan, fondateur de la Fing
Comment le web peut changer le monde réel : tel est le grand sujet cette année qui a attiré près de 600 personnes à la conférence Lift à Marseille. Daniel Kaplan, fondateur et délégué général de la Fing (Fondation Internet Nouvelle Génération) qui organisait l'événement nous livre son bilan.
Pierre Tran: Pourriez-vous nous replacer le contexte de la conférence Lift, quelle est sa mission ?
Daniel Kaplan: La mission de la conférence Lift, en général puisque c'est une conférence qui est née à Genève, qui existe également en Corée et plus particulièrement en France où cela nous semblait gravement manquer, c'est de faire une conférence technologique qui s'intéresse aux interférences entre les innovations technologiques et les transformations sociales. Et qui s'y intéresse non pas pour poser ces questions de manière académique, grave, etc. mais au travers des pistes d'innovations, de la créativité. C'est une conférence sur l'invention, l'innovation, la créativité utilisant de la technologie pour s'adresser à la société. Il y a beaucoup de conférences « solutions » - tout à fait nécessaires - ou plus « état du marché », ou encore académiques. Mais des conférences qui font à la fois de la prospective créative, appuyée sur des gens qui sont en train de faire concrètement des choses inattendues, hétérodoxes à partir de la technologie, cela nous semblait manquer.
Daniel Kaplan, fondateur et PDG de la Fing [photo: Florent Kevorkian, Prod-evenements]
Pour cette année, les thèmes de la conférence étaient les données, les Fab Labs, le design, la vie privée... Qu'est-ce qui vous a guidé dans ces choix ?
Il y a deux raisons. La première est que ce sont des sujets qui sont en train de bouger assez fortement en France et ailleurs, avec lesquels on sent l'émergence d'une dynamique et qui pour nous avait un point en commun. C'est le fait que l'on n'était plus centré sur le web, ce qui se passe derrière les écrans, les contenus, les logiciels, etc. mais plutôt sur comment des dynamiques d'innovation qui sont nées dans le monde de l'internet sont en train aujourd'hui de s'appliquer à d'autres sujets : à la conception et à la production d'objets matériels, et non plus d'objets numériques ; à la connaissance que l'on peut avoir d'un système complexe, d'un territoire, d'une ville, du fonctionnement d'un système aussi compliqué que la nation, la politique, etc. ; à des questions d'innovations sociales. Et cela nous parait être la caractéristique du moment, on a fait un peu exploser les processus d'innovation, de production de valeur, les distinctions très classiques entre autorité, producteurs, consommateurs - cela ne veut pas dire qu'elles ont complètement disparues, mais qu'elles sont singulièrement brouillées. Jusqu'ici, c'était clair dans le numérique, pas trop ailleurs, et aujourd'hui c'est en train de bouger partout.
Quel bilan pouvez-vous dresser de cette conférence ?
On est extrêmement heureux. Côté fréquentation, nous sommes légèrement au-dessus de l'année dernière où nous étions à 550 participants avec cette année près de 600. Je crois qu'on a gagné quelque chose en passant à un endroit inséré dans la ville, un endroit culturel qui est le théâtre de la Criée, à proximité des gens. Et j'avoue que j'ai été scotché par la qualité des interventions, des intervenants. On avait travaillé avec eux, ils venaient avec à la fois l'idée de montrer ce qu'ils faisaient, mais également de partager avec nous : un certain nombre de petits trucs à emporter, des aspects pratiques (FabLab, ça marche de telle manière, les données publiques on s'y prend de telle manière), les aspects un peu plus prospectifs (comment on peut imaginer des futurs proches). On a eu des partages assez intimes, assez profonds avec les intervenants.
C'est toujours le problème, dans une conférence un peu prospective, on peut repartir en se disant « OK, c'était cool mais ça fait quoi pour moi dans les six mois à venir ? » Mais là, on a des gens qui sont un peu plus sur le côté stratégique pour leur entreprise, pour leur organisation, et qui repartent avec quelques clés dont ils vont pouvoir se servir.

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