Opensolaris pourrait disparaître
Les développeurs leaders de la version open source de Solaris 10 menacent Oracle de s’en désengager si celui-ci continue d’ignorer leur projet. Il s’agit pourtant de la principale source d’innovations pour ce système Unix historique.
Les développeurs qui chapeautent la destinée du système Opensolaris lancent un ultimatum à Oracle : soit l'éditeur s'intéresse à eux avant le 16 août, soit ils ferment la communauté Opensolaris. Sur une récente page de son ordre du jour, le comité exécutif OGB (Opensolaris Group Board), dénonce un manque de communication patent avec la nouvelle maison mère. « Nous avons essayé de discuter avec eux. Ils n'ont rien à nous dire, si ce n'est de rester les bras croisés jusqu'à nouvel ordre », commente John Plocher, l'un des principaux architectes de l'Unix Solaris depuis 1989.
Au lendemain de son rachat de Sun, en janvier dernier, Oracle publiait dans un calendrier ses ambitions de développement pour les technologies du constructeur. Déjà, Opensolaris n'y figurait plus.
Opensolaris, une ressource technologique
L'ex-numéro 3 de Sun et membre de l'OGB, Simon Phipps, qui avait réconcilié le constructeur avec l'open source, ne décolère pas : « C'est bien simple. Maintenir une communauté de développeurs ne semble plus d'aucun intérêt pour Oracle ! » Un paradoxe, puisqu'Opensolaris est une distribution gratuite et open source des composants de Solaris 10, mise en place dès 2005 pour recruter des développeurs extérieurs afin d'améliorer les fonctions de cet Unix historique.
La communauté Opensolaris contribua notamment au développement du système de fichiers ZFS, lequel fait référence sur le marché du stockage. Les salles informatiques l'utilisent pour déployer de larges volumes de données à partir de baies de disques séparées, et même de types différents (SSD pour les accès fréquents, Sata pour le gros des archives). Oracle en a lui-même tiré profit pour battre les performances d'IBM sur les serveurs de bases de données.
Bras de fer entre l’acquéreur et l’équipe historique
A la base de la discorde, Oracle n'a jamais donné son feu vert pour la publication de la dernière version 2010.03 d'Opensolaris, censée être téléchargeable depuis mars dernier. La plus récente version disponible en téléchargement date de juin 2009.
Censés promouvoir la vente des technologies et des services de Sun sur les marchés dominés par les distributions Linux et les serveurs x86, Opensolaris et Solaris 10 étaient distribués gratuitement depuis 2008. Opensolaris incarne la version la plus moderne de Solaris, et Solaris 10, qui n'accueille les innovations d'Opensolaris qu'après plusieurs mois de validation, la plus stable. Sauf qu'Oracle ne l'entend pas de cette oreille. L'acquéreur de Sun a rapidement cessé la distribution gratuite de Solaris 10 et toute sponsorisation d'Opensolaris. De plus, l'éditeur a poussé vers la sortie tous les membres de l'OGB en mars dernier.
Sans aucun support ni technologique, ni contractuel, l'OGB tente le bras de fer. D'un côté, il menace de laisser Oracle sans développeurs pour faire évoluer son Unix. Mais de l'autre, la fermeture d'Opensolaris pourrait servir les intérêts d'Oracle. Elle couperait l'herbe sous le pied de plusieurs petits éditeurs, dont Nexenta, qui ont commencé à commercialiser eux-mêmes des déclinaisons d'Opensolaris sans rien reverser à Oracle.
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