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Oracle vs Google : le choc des titans

Voilà une nouvelle saga juridique qui démarre sous le soleil de la Californie. Oracle poursuit Google en justice pour violation de brevets au sujet de l’utilisation de Java dans Android. Quelle que soit l’issue du conflit, la victime risque hélas d’être Java.
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Oracle of America a annoncé jeudi 12 août avoir déposé une plainte contre Google pour violation de brevet et de copyright : « En développant Android, Google a enfreint consciemment, directement et de manière répétée la propriété intellectuelle d'Oracle sur Java » a déclaré Karen Tillman, porte-parole d'Oracle.
Plus précisément, c'est la machine virtuelle Dalvik, non licenciée par Oracle, qui est en cause. Entièrement redéveloppée par Google, elle lui permet de faire tourner des applications écrites en java en évitant de s'acquitter des royalties à Oracle. Lorsqu'il a mis Java sous licence GPL, Sun a libéré certains de ses droits exclusifs, en particulier celui de faire tourner la JVM OpenJDK. En revanche, cette liberté disparaît si l'on utilise une autre JVM, qui doit alors être licenciée par Oracle, désormais propriétaire de Java.

Oracle défend ses brevets, Google défend l’open source

La plainte porte sur 7 brevets dont :
• Contrôle d'accès à une ressource (n° 6192476)
• Méthode et dispositif pour le prétraitement et le packaging des fichiers classe (n° 5966702)
• Système et méthode pour le pré-chargement dynamique de classes à travers le clonage de l'espace mémoire d'un processus Master Runtime System (n° 7426720)
La plainte est entre les mains de la cour fédérale de Californie qui n'a pas encore réagi.
Google n'a encore fait aucun commentaire officiel si ce n'est une déclaration à TechCrunch : « Nous sommes déçus qu'Oracle ait choisi d'attaquer Google et la communauté open source Java avec cette poursuite judiciaire sans fondement. La communauté open source Java va au-delà de toute société et œuvre chaque jour pour rendre le Web meilleur. Nous allons défendre fermement les standards open source et nous continuerons à travailler avec l'industrie pour développer la plateforme Android. »

Sun ferme les yeux, Google contourne la licence

James Gosling, Sun
Pour James Gosling, créateur du langage Java, ce dépôt de plainte n'est pas une surprise. Dans un billet au titre sans équivoque The shit finally hits the fan... (La m*rde frappe finalement le ventilateur), l'ancien employé de Sun confie : « Au cours des réunions d'intégration entre Sun et Oracle où nous étions interrogés sur la situation en matière de brevets entre Sun et Google, nous avons pu voir les yeux de l'avocat d'Oracle briller. »
Google, qui a lancé son OS mobile Android en 2007, semblait au courant de ce problème de brevet et misait sur le fait que Sun s'est rarement lancé dans des poursuites judiciaires. « Déposer des plaintes sur des brevets n'a jamais été dans les gènes de Sun » déclare James Gosling.
Durant toutes ces années, il semble effectivement que Sun ait fermé les yeux. Le créateur de Java admet que Sun a raté le coche du mobile avec J2ME (Java 2 Mobile Edition). « Lorsque Google est venu nous voir avec ses projets sur le mobile, un de leurs principes de base était de créer une plate-forme libre de droits pour les constructeurs de mobiles [...] La fragmentation est déjà assez importante entre les mobiles Android pour qu'il y ait eu lieu de restreindre encore la liberté des développeurs » confie-t-il dans un autre billet.
Pour Sami Jaber, consultant chez DNG-Consulting, Sun y trouvait son intérêt, Java devenait une plate-forme mobile prédominante, même s'il ne la monnayait pas.
Aujourd'hui, Android est l'OS mobile qui connaît la plus forte croissance selon Gartner. Il dépasse l'iOS de l'iPhone et se place en troisième position avec 17,2 % de parts de marché. Un succès qui attise les convoitises.

Oracle, ô désespoir

De son côté, Oracle qui a finalisé le rachat de Sun en janvier dernier pour la coquette somme de 7,4 milliards de dollars, entend défendre ses intérêts et ses droits sur Java. Dans une interview accordée à Reuters, Gosling révèle que la plainte a été déposée suite à l'échec de négociations engagées bien avant l'acquisition de Sun.
Le bras de fer s'est donc engagé entre les deux géants et risque de durer des mois voire des années.

Mais pourquoi est-il si méchant ?

Dans cette histoire, il y a les bons d'un côté et les méchants de l'autre. En fait non, ce serait trop simple.
Sun garde encore une forte cote d'amour auprès des développeurs et de la communauté open source. Mais contrairement à ce qu'affirme James Gosling, Sun s'est déjà lancé dans des poursuites judiciaires dans le passé. Au terme de procès qui ont duré près de sept ans entre 1997 et 2004, la compagnie a réussi à faire plier Microsoft et lui faire débourser plusieurs milliards de dollars pour l'utilisation d'une JVM non licenciée intégrée à Windows et pour son pseudo-langage Java J#.
Sun lui-même a fait l'objet de poursuites judiciaires pour violation de brevets par IBM, NetApp ou encore Kodak.
Du coup, créer des brevets devenait une nécessité, comme le révèle Jonathan Schwartz, l'ancien PDG de Sun. « ll y avait même un concours non officiel pour voir qui pourrait obtenir le brevet plus loufoque » confie James Gosling. On s'amusait bien chez Sun.

« C’est plus une question d’ego, d’argent et de pouvoir » - James Gosling

Larry Ellison
Larry Ellison
Larry Elllison on stage (cc) Oracle OpenWorld San Francisco 2009
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Les motivations d'Oracle dans cette manœuvre ne sont pas claires. Est-ce pour récupérer du cash comme l'a fait Sun avec Microsoft, et renflouer une partie de sa mise de départ ? Est-ce pour investir le marché juteux du mobile et prélever son dû sur les 200 000 appareils Android qui se vendent chaque jour ? Est-ce pour reprendre en main et verrouiller l'écosystème Java très présent en entreprise ? Il doit y avoir un peu de tout cela.
Même s'il se veut rassurant sur l'avenir de Java, Oracle inquiète la communauté open source. Le numéro 2 du logiciel d'entreprise est aussi connu pour son support des technologies propriétaires que pour les frasques de son PDG Larry Ellison. Pour Didier Girard, directeur technique chez SFEIR et développeur Java et Android, la communauté Java attend un signe de bonne volonté de la part d'Oracle, une évolution positive de la plate-forme Java. L'attitude agressive de l'éditeur a de quoi l'inquiéter.
Attaquer l'open source, c'est pas gentil. C'est ainsi que Google entame sa défense. Et la communauté open source lui emboite le pas. Elle se bat depuis toujours contre les brevets sur les logiciels. Pour Florian Mueller, fondateur de la campagne NoSoftwarePatents, l'attaque d'Oracle porte sur des composants open source d'Android, « je considère ceci comme une attaque de brevet contre le Logiciel Libre et Open Source. »
Après l'exode des figures emblématiques de Sun, les développeurs oepn source commencent à quitter le navire Oracle. Les incertitudes sur l'avenir de Java s'étendent aussi sur les autres projets de Sun : MySQL, NetBeans, GlassFish, Open Office...
Par ailleurs, il est de notoriété publique que Larry Ellison et Steve Jobs sont très liés. En 2001 déjà, le PDG d'Oracle déclarait dans une interview : « Steve Jobs est mon meilleur ami, et il m'est très cher. C'est une des personnes les plus remarquables de la planète. » Larry Ellison et Steve Jobs partagent de nombreux points communs : leur vision stratégique du tout propriétaire, leur arrogance, leur mépris des développeurs... Faut-il voir dans cette attaque à Google/Android un petit coup de pouce de Larry à son copain Steve ?

Google est ton ami

En réécrivant from scratch la machine virtuelle, pour des raisons autant économiques que techniques je suppose, Google était parfaitement conscient de contourner la licence Java. Comme l'explique précisément Osvaldo Pinali Doederlein, Android propose de nombreuses équivalences avec Java, mais Android n'est pas vraiment Java. Si le langage de programmation Android emprunte à Java sa syntaxe, le code intermédiaire généré pour la machine virtuelle Dalvik n'est pas du bytecode Java. Techniquement, Dalvik n'est pas une JVM. Sur ce coup, Google s'est montré malin et a sûrement tout prévu (les avocats, les argumentaires techniques...).
Google a la cote auprès des développeurs open source. C'est l'acteur le plus actif et les plus innovant autour du langage Java : GWT, Google App Engine/Java, Android, Noop...
Mais Google, c'est aussi une entreprise tentaculaire qui étend son emprise sur tous les aspects du numérique, avec parfois des conséquences néfastes sur la vie privée, sur la neutralité du net... Si les produits et les services Google sont en général gratuits, l'entreprise gagne de l'argent essentiellement sur la publicité. L'enjeu ici est qu'Android reste gratuit pour les constructeurs et les développeurs, les revenus se font sur la publicité sur mobile, un marché qu'Apple cherche aussi à investir.

Pronostics ?

Prédire l'issue de ce conflit est aujourd'hui encore prématuré, on ne connait ni les intentions d'Oracle, ni le système de défense de Google. D'autant que c'est une bataille qui s'engage entre avocats, à coups d'arguments juridiques plus que techniques ou éthiques.
Pour Sami Jaber, Oracle a de grandes chances de gagner le procès. Didier Girard pour sa part n'est pas inquiet quant à l'avenir d'Android.
Quel que soit le gagnant - si gagnant il y a, les sociétés pourraient bien signer des accords croisés - le grand perdant sera sans doute Java. Avec sa complexité croissante, son incapacité à répondre aux grands enjeux du moment (web mobile, cloud computing), la rigidité qui s'accentue, la communauté Java risque de se détacher progressivement de ce langage. Et ce au profit de langages vraiment ouverts : PHP, Python, C# ?
Au final, ce n'est pas une si mauvaise nouvelle que ça. Que ce soit sur le mobile ou sur le cloud, il y a aujourd'hui une opportunité pour l'émergence d'un nouveau langage ouvert, d'un nouveau paradigme fédérateur. Java a perdu cette opportunité. Google pourrait et devrait reprendre le flambeau.
6 AVIS SUR CET ARTICLE
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Avis sur «Oracle vs Google : le choc des titans»

 

Intéressant

de loic_d , posté le 19 aout 2010 à 17h43
Merci pour cet article très intéressant.
Par contre je ne suis pas tout à fait d'accord avec certains points.
En quoi Java ne répond pas aux enjeux du web mobile et du cloud? Si on exclue cette bataille juridique, android a justement montré que java sur device mobile marchait très bien, google app engine et vmware/springsource sont entrain de bien décoller sur le cloud...

Sinon il faut bien distinguer la plateforme java du langage, si le langage commence à montrer ses limites, d'autres langages tournant sur la jvm (groovy, scala) répondent selon moi à beaucoup de problemes du langage java...

Pour finir en quoi C# est il plus ouvert que Java (le langage?). La plateforme .net n'est pas un modèle d'ouverture non plus (même si mono existe)
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Intéressant

de PierreTran , posté le 20 aout 2010 à 07h39
Merci pour l'intérêt que vous avez porté à l'article.

J'ai dû mal m'exprimer. Quand je dis que Java ne répond pas aux enjeux du web mobile et du cloud, je parle du Java de Sun/Oracle. Et c'est pour ça que d'autres éditeurs se sont engouffrés dans la brèche : Google (et RIM) sur le mobile, Google et Springsource sur le cloud.

Je ne sais pas si Java arrive à ses limites, il y a encore beaucoup de développements innovants autour du langage. Mais ces initiatives, cette dynamique se voient freinées par des problèmes de brevets logiciels sur la JVM.

Par certains côtés, C# est plus ouvert de Java. La spécification de C# et CLI sont normalisées ECMA et ISO, et comme l'explique Miguel de Icaza (http://tirania.org/blog/archive/2010/Aug-13.html), la licence pour la VM est beaucoup pus permissive. Ce qui lui a permis de développer (avec la bénédiction de Microsoft) Mono sur Linux et Android.

Mais il y a fort peu de chances pour que Google switche de Java à Mono pour Android, il y a dans la culture Google une haine viscérale de Microsoft, et donc de tout ce qui peut en provenir.
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Incompétance technique

de Javaïste , posté le 20 aout 2010 à 08h57
Du PHP sur le mobile ? Du cloud computing en python ? Vous êtes sûr de maîtriser votre sujet là ?

Quand à C#, Microsoft ne semble pas pressé de sortir un CLR pour Androïd, alors avant que ça remplace Java...

Au pire, Google va changer le nom de sa version de Java (comme microsoft j'avait fait avec J++ et maintenant avec J#), et modifier sa JVM pour ne pas violer les brevets en question.
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IncompétEnce technique

de PierreTran , posté le 20 aout 2010 à 10h57
Merci pour votre intervention. J'adore les posts qui commencent par dénigrer l'auteur. Je vois que vous maîtrisez parfaitement les techniques pour remporter un débat (http://bit.ly/9fOMmw) :-)

loic_d ci-après a parfaitement résumé ma position : PHP sur mobile, non bien sûr (mais sur les erveurs de plus en plus) ; Pyhton sur le cloud, si si (GAE, Amazon, Rackspace...)

Microsoft ne sortira jamais de CLR pour Android, pour cela il laisse faire Mono. Mono sur Android arrive en beta.
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re

de loic_d , posté le 20 aout 2010 à 10h23
Python sur le cloud existe bien, c'est même le premier langage à avoir été supporté par google app engine!
Pour ce qui est du php je pense pas que l'auteur parlait du mobile mais plutôt du fait que si oracle arrive à détruire l'engouement open source autour de java les gens iront voir ailleurs, côté serveur aussi...

Pour ce qui est de .net/mono, le problème que je soulevais est un fort lien de .net avec les api windows ce qui ne facilite pas le portage vers d'autres implémentations... Merci pour le lien je vais regarder ça!
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clash of the titans

de oheana , posté le 28 aout 2010 à 17h10

Je suis de moins en moins surpris par l'ampleur de ces affaires.
Soulignons que dans cette affaire 7 brevets sont en cause. Or je pense pas que java ou android se basent sur 8 brevets mais probablement des milliers.
De plus, comme le software patent est un droit négatif, il est possible de bloquer android en cas de victoire d'Oracle. Ce qui serait probablement l'issue la plus pathétique.

J'ajoute le dossier de groklaw à ce sujet qui nous éclaire sur le caractère juridique de l'affaire:
Les acteurs, les motifs. http://www.groklaw.net/article.php?story=20100815110101756

L'article de Charles Nutter un developpeur Java de SUN. Il défend l'idée que la JVM dalvik n'est pas JAVAVM.
De plus il fait une analyse des différents brevets.
http://blog.headius.com/2010/08/my-thoughts-on-oracle-v-google.html

Enfin, très récemment (le 28 Juin 2010) la cour suprême des états unis (super haute instance juridique) a remis en cause la validité des brevets logiciels dans l'affaire bilski. Le litige dans ce cas portait sur la possibilité de breveter un processus (business process). Ceci n'a rien à voir avec le procès autour de java. Cependant, le juge souligne la difficulté de poser des barrières nettes autour des brevets logiciels. Ceci pourrait ouvrir la porte à l'invalidation de nombreux brevets dont ceux détenus pas Oracle autour de Java (voir l'article de Charles Nutter).
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