Hadopi et l'entreprise : trois questions à se poser
L'entrée en application de la loi Création et internet fait craindre une recrudescence du téléchargement illégal sur le lieu de travail. Une menace qui pèse avant tout sur les petites entreprises.
1. Un employeur peut-il être poursuivi ?
Chez les grands comptes, les chartes informatiques couvrent déjà le problème du téléchargement illégal. « Il est possible de définir les conditions d'utilisation : pas de téléchargement de photos et vidéos, voire de fichiers supérieurs à X Mo... », rappelle Christiane Féral-Schuhl, avocate à la cour au cabinet Féral-Schuhl Sainte-Marie. Mais rédiger une charte valant avenant au règlement intérieur reste une procédure lourde pour les petites sociétés.
2. Quelles sanctions l’entreprise encourt-elle ?
Pour autant, l'entreprise ne sera pas suspendue « à l'insu de son plein gré ». Véritable rasoir à plusieurs lames, la réponse graduée prévoit au moins deux avertissements. Par ailleurs, elle aura la possibilité de faire appel de la décision dans un délai de douze jours, en faisant valoir ses arguments avec débat contradictoire et droit à la défense.
Me Laurence Tellier-Loniewski, du cabinet Alain Bensoussan, s'interroge sur l'attitude à venir des juridictions. « Un juge peut être sensible au fait qu'une suspension de l'accès porte gravement préjudice à l'activité professionnelle. Mais il peut aussi estimer qu'une entreprise a les moyens de mettre en place un dispositif de sécurisation. »
3. Quelles sont les solutions de sécurisation ?
La Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet, plus connue sous le nom d'Hadopi, créera prochainement un label de certification pour les solutions de sécurisation. Une consultation publique est en cours. Pour Thierry Dor, cette mise en conformité concerne avant tout les petites structures. « Pour elles, la loi Création et internet peut être une incitation supplémentaire à s'équiper, au-delà de l'intérêt économique à limiter la bande passante et éviter un usage non professionnel abusif d'internet. » Le coût des solutions d'entrée de gamme (de 100 à 200 euros) étant à leur portée.
Des fournisseurs d’accès mécontents
Dans une lettre adressée à la fin juillet au ministre de la Culture et rendue publique par La Tribune, Orange, Free, Numericable et Bouygues Telecom ont fait savoir qu'ils n'effectueront pas les opérations d'identification des adresses IP incriminées sans compensation financière. Dans un premier temps, ils entendent les facturer sur la base du tarif pratiqué pour une réquisition judiciaire, soit 8,50 euros par requête. Une fois que le processus sera automatisé, « le coût diminuera de manière sensible ».
Le 13 août, le fournisseur d'accès associatif FDN a déposé un recours en référé au Conseil d'Etat demandant la suspension du décret qui décrit la procédure de sanction de l'abonné. Une procédure qui pourrait retarder l'envoi des premiers e-mails d'avertissement.
La réponse graduée
* Constatation d'un téléchargement illégal par les ayants droit de la musique et du cinéma. Saisie de l'Hadopi qui vérifie les éléments transmis.
* Premier avertissement par e-mail envoyé au titulaire du compte internet. En l'absence de nouveaux faits sur une période de six mois, les données sont supprimées.
* Second avertissement par courriel et lettre recommandée. Nouvelle période probatoire de douze mois.
* Notification par la Haute Autorité en cas de nouvelle constatation, puis envoi d'une lettre recommandée avec accusé de réception.
* Délibération de l'Hadopi, qui transmet ou non le dossier de l'abonné au Parquet.
* Décision du juge.

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