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L’informatique de l’assurance maladie sur le billard

La Cour des comptes se préoccupe de l’état de santé du système d’information de la Caisse d'assurance maladie. Absence de stratégie et de gouvernance, qualité défaillante des applications, dispersion des équipes… le diagnostic est sans appel.
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Appelez les urgences ! La lecture du check-up de la Cour des comptes sur l'un des plus grands systèmes d'information de France donne le tournis. Au service de quelque 50 millions d'assurés et ayants droit, l'informatique de la branche maladie du régime général serait victime de tous les maux.
 

L'Etat coresponsable

Le rapport commence pourtant bien, en dédouanant en partie la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS). La multiplication des textes de loi et des modifications tarifaires du régime de santé l'obligent à assurer « dans l'urgence des modifications souvent complexes. » « Pressée par des échéances irréalistes, la CNAMTS met parfois en service des fonctionnalités sans assez respecter normes de test et de validation. »
Introduite au 1er janvier 2008, la franchise de 50 cents sur les médicaments a donné lieu à des défaillances lésant un grand nombre d'assurés. « La méconnaissance à tous les niveaux de l'Etat des contraintes informatiques provoque des perturbations dont le coût et les effets, y compris pour les usagers, ne sont pas mesurés. Les études d'impacts devraient intégrer de façon systématique une analyse de ces contraintes techniques. »

Pilotage à vue

Entre 2006 et 2008, plus du quart des crédits ouverts sont restés inutilisés.
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Mais « ces défaillances de l'Etat » n'ont pas été compensées par la CNAMTS. La rue Cambron pointe des faiblesses dans le pilotage des projets. La direction déléguée des systèmes d'information assure en permanence la maîtrise d'œuvre de 130 à 200 projets importants – nouvelles applications ou refontes majeures. Cette DDSI apporte aussi chaque année plus de 2 000 modifications significatives aux applications utilisées, notamment tarifaires. Un tel volume de travail appelle une planification et un suivi particulièrement attentifs. Si elle s'est dotée d'un outil d'évaluation en 2009, la DDSI, au printemps de cette même année, n'avait pas encore de vision directe de sa capacité de production. « Il fallait recouper plusieurs documents pour esquisser une vue globale des calendriers, du reste à faire et des interdépendances entre les projets. »
Sur la base de 220 jours ouvrés par agent, le retard était alors estimé à 60 années-informaticiens ! « Un consultant de la CNAMTS soulignait que près de 70 % des projets en cours de réalisation présentaient un retard de livraison, certains dépassant vingt-quatre mois. Le problème est aggravé par les mises inopinées en file d'attente pour faire place à une urgence imprévue et non programmée. »
Dans le même temps, la Cour nous apprend qu'entre 2006 et 2008, plus du quart des crédits ouverts – soit plus de 200 millions d'euros – sont restés inutilisés. « Les causes de cette sous-consommation ont été moins des prévisions budgétairement irréalistes que l'incapacité à mener la modernisation des systèmes au rythme prévu ainsi qu'à toujours bien encadrer à cet effet les travaux confiés à l'extérieur. »

Une qualité prise à défaut

Si la planification et le pilotage progressent avec l'adoption récente de normes et de standards, le chantier semble immense. « Jusqu'à 20 versions actualisant une même application sont parfois développées en parallèle (et non pas de manière séquentielle). » Il en résulte d'incessantes mises à jour, répliquées dans chacun des neuf centres de traitement de l'information (CTI). « Une application peut ainsi traiter au cours de son existence jusqu'à des milliers de milliards d'euros, tout en subissant fréquemment des mises à jour inégalement robustes, et cela dans un système d'information hétérogène et insuffisamment structuré. »
La qualité des applications ne peut être aujourd'hui garantie affirme la Cour. « Des centaines de changements par an sont opérés sans aucune approbation formelle et les versions mises en production ne sont pas toujours celles qui ont été approuvées. Quant aux outils de gestion de configurations, ils diffèrent selon les plates-formes. » Les systèmes obsolescents n'ont pas toujours été l'objet d'une étude coûts/avantages de leur maintien.
La sécurité est aussi sujette à caution. La CNAMTS n'a plus de dispositif de sauvegarde externe depuis 2003 et ne s'est que récemment dotée d'un plan national de continuité d'activité. En 2009, elle ne remplissait pas intégralement 18 % des objectifs de contrôle ISO 27002.

Des effectifs disséminés

La répartition des agents de la seule DDSI
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L'homogénéité des pratiques est rendue d'autant plus difficile que les équipes sont très fortement dispersées. Les quelque 3 366  informaticiens de la branche sont répartis entre plus de 150 villes ou sites au sein des caisses nationale, régionales et primaires. Si la maintenance et la sécurité des quelque 100 000 postes de travail du réseau justifient une partie de ces effectifs, « certains d'entre eux continuent à travailler seuls, à des centaines de kilomètres des équipes, souvent fractionnées, auxquelles ils appartiennent. »
Des regroupements interrégionaux ont été menés au niveau des infrastructures mais ceux des ressources humaines n'ont été que partiellement menés « par crainte de risques sociaux mais aussi par manque de volonté et de vision stratégique. » La plupart des sites existants résultent de la reconversion des services mécanographiques des années 60 !
Non seulement la mobilité géographique est inexistante – seuls deux informaticiens ont changé de site en 2008 – mais le fichier de compétences et de carrières ne porte que sur un quart des troupes. Le volume de formation professionnelle continue est, lui, très inférieur à la moyenne. « La DDSI pallie ses insuffisances de moyens en hébergeant en permanence et à grands frais près de 200 salariés de prestataires extérieurs. Elle manque aussi d'un nombre similaire d'informaticiens de haut niveau pour atteindre ses objectifs stratégiques. »

Changement de DSI

Rapport de cause à effet  ? Au cœur de l'été, Yves Buey, polytechnicien de 48 ans, a été nommé directeur délégué des systèmes d'information en remplacement d'Alain Folliet qui redevient, lui, DSI de la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf). Poste qu'il occupait avant son arrivée à la CNAMTS en 2005.
Ancien sous-directeur des systèmes d'information à la Direction générale de la comptabilité publique du ministère de l'Economie, Yves Buey est entré à la Caisse nationale en décembre dernier pour préparer le schéma directeur des systèmes d'information de la branche maladie 2010-2013. Bonne chance !

7 AVIS SUR CET ARTICLE
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Avis sur «L’informatique de l’assurance maladie sur le billard»

 

Pas surpris

de Nacyl , posté le 18 septembre 2010 à 16h28
A force de vouloir faire toujours mieux, toujours plus vite avec toujours moins de moyens avec, à la tête, des gens qui ne se rendent pas compte des implications des décisions qu'ils prennent et si on rajoute le fait que les systèmes d'informations sont encore vus comme des "centres de coûts", on arrive à ce résultat.
Il y a un moment où il faut bien comprendre que de s'appuyer sur "des gens qui savent", ne suffit pas.
Pour prendre des décisions judicieuses, il vaut mieux avoir pratiqué un peu soi-même.
De plus, à force de faire appel à des sociétés extérieurs, l'entreprise (publique ou privée ça ne fait aucune différence) se retrouve confrontée à une sorte d'amnésie qui la conduit généralement à réinventer la roue et/ou à méconnaître ce qui se passe en son sein.

Un constat de plus, rien de bien nouveau.
Quand on sait la difficulté qu'il y a à faire bouger les entreprises de taille importante, on se dit que ça risque de ne pas changer très vite.
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Cumul emplois

de Cartouch77 , posté le 18 septembre 2010 à 17h50
Je me suis souvent demandé comment l'agent comptable de la CNAMTS pouvait cumuler ce poste avec celui de Responsable de l'informatique ?
le système informatique de la Cnamts avec ses Cetelic a été à une époque à la pointe de la technique (Tour Héron Building- Paris 1 - Paris 2) mais l'arrivisme et la politique très présents dans l'institution ce n'est guère positif.
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Informaticien?

de UnPseudo , posté le 21 septembre 2010 à 15h32
Ah ? Il y a des informaticien dans l'assurance maladie ?
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INFORMATICIEN

de Kramnik , posté le 21 septembre 2010 à 16h51
Eh oui, il y a des informaticiens.
Souvent mal employés mais de trop bons professionnels qui ont l'amour de leur métier. A l'heure actuelle, le pouvoir politique veut vraiment mettre main basse sur la sécu. Que deviendra t'elle dans 5 ans ? Une assurance pour les pauvres !!
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Informaticien?

de UnPseudo , posté le 21 septembre 2010 à 17h53
Je demande juste parceque je suis informaticien dans une CPAM mais pas dans la grille salariale des informaticiens... ca serait trop compliqué d'être payé en tant que tel, m'enfin, le débat n'est peut être pas là...

Mais j'ose à peine débattre, il y aurait tellement plus de critiques a faire que celles exprimées dans ce rapport de la Cour des Comptes.
Dans tous les cas, ca sera oublié avant Noël :)
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Appel à témoins

de Xavier Biseul , posté le 22 septembre 2010 à 10h24
Merci pour vos commentaires. Employés, prestataires informatiques de la l'Assurance Maladie, n'hésitez pas à venir témoigner - de façon anonyme ou non. contact : x.biseul@01informatique.fr
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Formations

de le sportif , posté le 01 novembre 2010 à 10h01
Formation informatique à la CPAM de NICE est pratiquement inexistante ou remplacée par des transfert de compétence inutile!!!

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